De retour chez lui, à Montreuil, l’ouvrier terrassier Flaminio Maures croise un ami à qui il raconte sa découverte dans les entrailles d’un immeuble de la rue Mouffetard qu’il détruit depuis plusieurs jours. Le copain observe cette ribambelle de jetons dorés salis par le plâtre. Intrigué, il lui assure qu’il s’agit de pièces d’or et envoie Flaminio chez le bijoutier voisin. De l’or pour sûr, des louis d’or à l’effigie de Louis XV même...
L’ouvrier n’en revient pas et file au commissariat de Montreuil exposer sa découverte. D’abord incrédules, les agents de police se rendent sur place, rejoints par l’entrepreneur, l’ingénieur en chef de la ville de Paris et un huissier. De nouveaux étuis oblongs sont mis à jour et 1 800 nouvelles pièces sont trouvées. Ajoutées aux 330 que possède chaque ouvrier, le butin s’élève à environ 5 000 pièces d’or soit, selon la première estimation de l’huissier, 2 millions de francs, au bas mot. Sans compter les quelques pièces égarées par les enfants des terrassiers qui, pour certaines, ont fini leur journée dans un distributeur automatique de la station de métro Robespierre contre de menus carrés de chocolat. L’huissier pose alors la question de la succession de ces 30 kilos d’or. Un parchemin abîmé par le temps sorti d’un des murs va livrer une réponse. À la fine plume, ces quelques mots : "Moi sieur Louis Nivelle, écuyer, conseiller, secrétaire du roy, je lègue ma fortune entière à ma fille Anne-LouiseClaudeNivelle ". Si cette dernière n’en sut jamais rien, le travail de recherche des descendants peut enfin commencer. L’huissier entame alors un relevé des pièces trouvées, les généalogistes se mettent au travail, la police garde l’immeuble devenue mine d’or, les commerçants surfent sur la vague pour vendre leurs articles, seuls trésors accessibles aux modestes chalands.
Ce sont très exactement 83 héritiers d’Anne-Louise Nivelle qui ont été contactés, dont le sous-gouverneur de la Banque de France, organisme qui conserve le trésor durant la Seconde Guerre mondiale. En mars 1952, une vente aux enchères à Drouot rapporte 25 millions de francs, à partager entre les héritiers, la ville de Paris, propriétaire de l’immeuble, et les ouvriers terrassiers, pris de convulsions de joie et considérés comme inventeurs du plus grand trésor de Paris.



