[Industry Story] Trésor public 1 - Le magot de la rue Mouffetard

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Rue Mouffetard, c’est au pied du mur qu’on voit le magot. .

Au 51-53 rue Mouffetard, les coups de pioches déchirent les murs. La Ville de Paris veut faire place nette et moderniser les vieux bâtiments. Flaminio Mores frappe avec entrain ce mardi 24 mai 1938 quand un long rouleau de toile tombe à ses pieds. Intrigué, l’ouvrier terrassier alerte ses collègues et éventre l’objet dont s’échappe des dizaines de piécettes dorées.

"Des médailles" croient-ils. Alors la dizaine d’hommes vient frapper au marteau le pan de mur recouvert de plâtre et découvre cinq autres fourreaux placés derrière des travées creusées dans la pierre.

Deux siècles plus tôt, l’affaire des convulsionnaires du cimetière Saint-Médard agite la capitale. François de Paris meurt le 1er mai 1727. Le diacre janséniste de la paroisse, réputé pour son dévouement aux pauvres et sa miséricorde poussée à l’extrême, attriste les fidèles. D’aucuns le pensent être un saint. Capable par conséquent de tous les miracles. Les processions sur sa tombe se multiplient et les prodiges tant attendus se produisent : une femme recouvre l’usage de son bras, certains ne semblent pas souffrir des tortures qu’ils s’infligent, des malades pris de longues convulsions guérissent presque instantanément... Sous prétexte de dévotion intense, certains s’adonnent même à des pratiques dénudées que la morale réprouve. On se dénude, on s’exhibe, on se frotte, on simule. Le spectacle régulier de ces malades attire tous les curieux, jusqu’à la noblesse et la police royale de Louis XV. Inquiet, le roi fait fermer le cimetière de ces jansénistes qu’il juge hérétiques. Mais certaines personnalités haut placées soutiennent ces actions, comme Louis Nivelle. Ce notable, secrétaire du roi et fils d’un célèbre avocat au Parlement de Paris, loue un immeuble à quelques pas du cimetière, rue Mouffetard. Il organise là de nombreuses séances secrètes de convulsions virant parfois au sadomasochisme. Se sentant menacé par la police royale, il quitte l’appartement familial pour celui de la rue Mouffetard où il cache sa fortune et un parchemin sur lequel il cède ses biens à sa seconde fille. Avant de disparaître sans laisser de trace.

Euphoriques, les ouvriers de la rue Mouffetard s’amusent de leur découverte, se frottent les mains, partagent les piécettes et rentrent chez eux. Ils ne savent encore qu’ils viennent de mettre au jour un fabuleux trésor...

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