[Industry Story] Choc de simplification - Maurice Lauré, père de la TVA

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Avec la TVA, Maurice Lauré a eu de la suite dans les idées.

Maurice Lauré délaisse un peu sa famille le 15 avril 2001. Il profite de ce dimanche de Pâques au tison pour relire les épreuves de son dernier ouvrage avant impression. Dans "Les impôts gaspilleurs", il répond aux questions de deux spécialistes de l’économie et de la finance et dénonce les taxes qu’il juge inutiles.

S’il est interrogé, c’est parce que ce haut fonctionnaire est à l’origine de la taxe sur la valeur ajoutée.

Prisonnier dans un camp d’officiers allemand en 1940, Maurice Lauré potasse, entre ses tentatives d’évasion, un doctorat de droit. Après la guerre, il participe à la création de la direction générale des Impôts et en devient, à seulement 35 ans, le directeur adjoint. Diplômé de Polytechnique et juriste de haut niveau, il planche sur une simplification de la fiscalité. Pour cela, il s’inspire des réflexions menées dès 1919 par l’industriel allemand Georg Wilhelm von Siemens, puis des travaux de l’économiste américain Thomas S. Adams qui militait pour une taxe professionnelle.

Lauré compte remettre à plat la machinerie fiscale et administrative en supprimant le système de taxes en cascade qui interviennent à toutes les étapes de la production et de la commercialisation, dommageables pour les entreprises et leurs sous-traitants. Son idée consiste à créer un impôt unique, qui ne varie pas selon le nombre d’intermédiaires. Chacun est taxé sur sa propre valeur ajoutée et les entrepreneurs reversent leur solde positif au Trésor public ou se font rembourser s’il est négatif. Presque invisible, il est au final payé par le consommateur.

Lauré soumet son projet au président de la Commission des finances. Emballé, Pierre Mendès France y voit une extrême simplicité dans son utilisation et un contrôle auprès des sociétés fraudeuses facile à organiser. Le 10 avril 1954, le président René Coty annonce la naissance officielle de la TVA. Dans un premier temps, seuls 300 000 industriels et grossistes y sont assujettis. En 1966, il reste au nouveau ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing de l’étendre aux commerçants, artisans, transporteurs et exploitants agricoles.

À l’origine d’une taxe réputée injuste pour son taux fixe, Maurice Lauré fait pourtant des émules un peu partout dans le monde. Et devient une référence que l’on consulte. Seulement, il ne verra pas la sortie de son ouvrage prévue à l’automne. Ce 15 avril est son dernier dimanche.

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