[Industry Story] Atomes crochus - Le Centre d'études nucléaires de Saclay, œuvre d'un triumvirat

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Le Centre d’études nucléaires de Saclay, œuvre du triumvirat Joliot-Curie, Dautry et Perret.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la nécessité de créer un Commissariat à l’énergie atomique, et avec lui une cité française de l’atome, se fait jour. Un enjeu scientifique et politique. Le physicien Frédéric Joliot-Curie, gendre de Pierre et Marie Curie, en devient le haut-commissaire. Le ministre de l’Armement Raoul Dautry, en supervise la vision politique. Reste à trouver le troisième homme, l’architecte.

En 1939, Dautry fait travailler Auguste Perret pour bâtir l’usine de la Société centrale des alliages légers. Hangars, ateliers, usines... l’architecte a derrière lui une longue carrière de concepteur de bâtiments industriels. S’y ajoutent de grands projets comme le Mobilier national et le musée des Travaux publics. Sa recette, un matériau unique et tout nouveau, le béton, associé à des préceptes simples : ossature tramée, quête de durabilité et recherche de la beauté. Parfois décriés, car considérés comme répétitifs, ces principes séduisent Dautry, qui lui confie la reconstruction du Havre, puis la création d’une cité de l’atome aux portes de Paris. Le Commissariat à l’énergie atomique est le dernier chantier de l’architecte de 74 ans. Perret doit travailler dans l’urgence pour ce projet jugé capital dès 1945. Le 23 mars 1948, un premier plan du "petit Versailles de l’atome" est livré. Laboratoires des accélérateurs, des techniciens, du cyclotron, centrale thermique, administration, cantine... Une vingtaine d’édifices s’alignent dans un axe est-ouest sur un terrain de 127 hectares, mélangeant les types classique et industriel. Deux tranches sont prévues, l’une technique, l’autre scientifique. L’incertitude des débuts, les projets scientifique et architectural étant menés en parallèle, l’échéance, la baisse du budget et des grèves sur le chantier rendent la tâche de Perret complexe. Mais il s’appuie sur ses valeurs architecturales fortes pour poursuivre sans faille la construction de la cité.

Le départ de Joliot-Curie en 1950 et la mort de Dautry l’année suivante signent la fin du triumvirat et de la prédominance des questions architecturales dans le projet. En février 1954, quand Auguste Perret meurt à son tour, seize de ses bâtiments sont construits. Le Centre d’études nucléaires de Saclay a tué ses pères, il peut désormais devenir adulte.

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