L’Usine Nouvelle.- Emmanuel Macron a annoncé vouloir faire un grand inventaire des ressources minières du territoire français. D’où vient cette idée ?
Christophe Poinssot.- Réussir la transition énergétique et écologique requiert des quantités très importantes de métaux. Aujourd’hui nous sommes intégralement dépendants des importations, car la France n’a plus d'activité minière, à quelques rares exceptions qui ne concernent pas des métaux. Or nous ne sommes pas dépourvus de ressources. L’objectif de l’inventaire est de connaître bien plus précisément les ressources que l’on a dans notre sous-sol pour, à partir de là, envisager une exploitation en France pour les ressources qui le permettraient. Et reconquérir ainsi une partie de l’autonomie industrielle et de notre souveraineté économique qui nous fait défaut aujourd’hui.
Cela veut dire que nous ne savons pas ce qui existe sous nos pieds ?
Le BRGM a réalisé un inventaire entre 1975 et 1995, mais ce dernier n’a concerné que 20% du territoire national et n’a pas été mené sur les zones déjà concernées par des permis d’exploration. Ce sont pourtant les plus prometteuses ! A l’époque, il n’y avait pas non plus de techniques géophysiques : nous n’avons ausculté que l’extrême surface, en moyenne sur les 100 premiers mètres de profondeur, voire jusqu’à 300 mètres à certains endroits... Alors que l'on saurait exploiter aujourd'hui des ressources présentes à 1 000 ou 1 500 mètres de profondeur.

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Enfin, nous ne regardions à l’époque qu’un nombre limité de métaux [22 éléments chimiques, ndlr], alors qu’aujourd’hui plus d’une cinquantaine sont d’intérêt. C'est le cas du lithium : nous ne l’avons jamais vraiment cherché car nous n’en avions pas besoin à l’époque. Alors que ce que nous dit la géologie, c’est qu’a priori il devrait y avoir pas mal de lithium dans notre sous-sol. Il est donc important de savoir où il y en a en concentration importante et quels gisements pourraient être exploitables dans des conditions économiques, environnementales et sociétales acceptables.
Quels sont les endroits les plus intéressants ? Emmanuel Macron a parlé de lithium et de cobalt pour les batteries. On entend aussi parler du potentiel du cuivre dans le Rhône…
Les endroits propices sont globalement les vieilles montagnes : le massif central, le massif armoricain en Bretagne, le cœur de la chaîne pyrénéenne et de la chaîne alpine, les Vosges… Ce n’est pas un hasard si ces zones correspondent aux grandes régions minières françaises. Il faudrait entrer dans un niveau de détail précis pour voir ce qui peut être trouvé, et où. On connaît bien sûr déjà des gisements avérés (qui ont parfois été partiellement exploités dans le passé) ou potentiels, mais la distance est longue entre un gisement et une mine et il est important de ne pas brûler les étapes. *
Il y a une dimension sociétale forte en parallèle de la technique : tout le monde doit prendre conscience qu’il nous faut des ressources pour assurer la transition énergétique. Il n’est plus possible de dire "les mines polluent en Afrique mais chez nous, cela doit rester propre". Il faut assumer les conséquences de la transition énergétique, mais avec des activités minières aux meilleurs standards sociétaux et environnementaux. Les mines de demain auront un impact beaucoup plus limité que dans le passé, même s’il ne sera jamais à zéro. Et les projets doivent être coconstruits dès le départ avec les acteurs locaux. En prenant le temps du dialogue, de la pédagogie, du débat. On a vu en Bretagne le cas du lithium de Tréguennec, qui a créé l’émoi alors que personne n’envisageait d’exploiter ce métal dans une zone de biodiversité à préserver.
Par ailleurs, notons que la France a beaucoup d’anciennes mines, que le BRGM connaît bien car nous les gérons pour le compte de l’Etat. On y trouve encore beaucoup de ressources. On peut donner comme exemple le germanium, sur lequel la Chine a pris des mesures qui lui permettent de restreindre fortement ses exportations. Si l’on regarde les matériaux déjà excavés, broyés, et qui constituent aujourd’hui des tas de stériles dans les anciennes mines françaises, on y trouve l’équivalent d’une année de production mondiale de germanium. Soit 300 tonnes, qui pourraient être récupérées sans avoir à refaire des trous.
A quoi ressemblera la campagne d’inventaire minier sur le terrain ?
Refaire un inventaire nécessite plusieurs étapes. La première est une phase de prospection stratégique, celle qui vient d’être annoncée par le président de la République. D’abord on fait de la géophysique aéroportée, avec des avions et des hélicoptères dotés de capteurs, qui passent à basse altitude pour mesurer le champ magnétique, gravimétrique, la radioactivité naturelle… Cela permet de préciser la structure du sous-sol et d’identifier des anomalies. Cette phase s’accompagne aussi d’une campagne de prélèvements géochimiques dans les ruisseaux et rivières, qui donnent des informations sur la composition des roches présentes dans le bassin versant. Ainsi, il est possible d’identifier les zones où on soupçonne que pourraient exister des concentrations importantes de métaux.
La deuxième étape est alors la prospection tactique, réalisée en général par des entreprises : il s’agit d’aller explorer sur le terrain. Mais cela nécessite un permis d’exploration et de recherche, afin de réaliser des mesures plus précises, éventuellement des sondages ou des forages... Cela permet de confirmer ou infirmer le potentiel, puis dans un deuxième temps de quantifier les ressources disponibles et la part qui pourrait être extraite. C’est après toutes ces étapes, qui durent au moins une dizaine d’années, que peut être envisagé un projet minier.
La dernière campagne a duré à peu près 20 ans… Avez-vous déjà une feuille de route et un budget ?
Nous dialoguons avec l’Etat et nous sommes en train de quantifier le coût que cela représenterait pour chacun des massifs intéressants. Les arbitrages ne sont pas rendus à ce jour quant à l’ampleur de cet inventaire, son coût et sa durée. Il faudra plusieurs années bien sûr, mais tout dépend de l’effort qu’on veut lui consacrer. Le Critical raw materials act, en cours de discussion au niveau européen, prévoit qu’on remette à jour un inventaire tous les 5 ans. Cela donne un ordre de grandeur. Il est aussi possible de rappeler que la motivation principale est de mener la transition énergétique : on ne peut pas attendre 20 ans, et nous devrons être astucieux pour aller au plus vite vers des cibles pertinentes.



