L'étape est importante. Un peu moins d’un an après son annonce, la certification « Incorporation de matières plastiques recyclées » devient officielle. Non-obligatoire, cette certification pourrait bien, dans un contexte législatif visant à augmenter la part de plastique recyclé dans les produits, être imposée par les donneurs d’ordre à leurs fournisseurs.
Cette certification s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE), l'organisme certificateur, et le Centre technique industriel de la plasturgie et des composites (IPC), qui représente les professionnels de la plasturgie. Organisme de certification indépendant, le LNE est accrédité selon les normes ISO 17021 et ISO 17065. Depuis mercredi 19 janvier, toutes les entreprises intervenant dans la transformation plastique peuvent s’inscrire sur le site internet du LNE. Les premiers audits débuteront en mars. Plus de 4 000 entreprises ayant la plasturgie comme cœur de métier sont concernées. Ce nombre est potentiellement beaucoup plus important en y ajoutant l’ensemble des sociétés intégrant cette activité.
La fin de l’auto-déclaration ?
Environ deux mois seront nécessaires à l’organisme pour réaliser les différents audits et délivrer la certification. Cette dernière attestera du volume annuel de résines recyclées utilisées par un site de production. Elle garantira aussi les pourcentages de MPR incorporés dans les produits. Jusqu’à présent, seule l’auto-déclaration faisait foi. Avec cette certification, les entreprises pourront apporter la preuve de leurs dires. « On pourra croire ces valeurs », assure Gilles Dennler, directeur de la recherche d’ICP. Des informations cruciales à plus d’un titre.
Tout d’abord, vis-à-vis de Bruxelles. « C’est la genèse », indique Gilles Dennler. En 2019, de nombreux plasturgistes européens avaient rejoint la Circular Plastic Alliance (CPA). Ils s’étaient engagés, volontairement, à réincorporer 10 millions de tonnes de MPR à horizon 2025 - l’Europe en consomme près de 50 millions de tonnes. Ils avaient en outre, promis d’auditer ces valeurs. Les industriels français, qui représentent 10% de la plasturgie européenne, pourront donc bientôt rassurer la Commission européenne et les ministères français sur le million de tonnes de MPR qu’ils comptent réintégrer.
Rassurer le donneur d'ordres
En France, la certification rassurera aussi les donneurs d’ordre et les consommateurs sur la nature du produit. Le réemploi de MPR est une des priorités de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec). Récemment, plusieurs décrets d’application ont été publiés fixant des objectifs d’intégration de recyclé. L’un d’entre eux prévoit que les bouteilles pour boissons de type PET contiennent 25% de recyclé en 2025 et 30%, tous plastiques confondus, en 2030. Un autre concerne les acheteurs de la commande publique qui doivent s’assurer que certains produits contiennent un pourcentage issu du réemploi ou du recyclage.
Enfin, cette certification apportera une aide précieuse à Citeo. L’éco-organisme, qui attribue des bonus sur les éco-contributions lorsque les emballages contiennent du recyclé, « avait quelques difficultés à vérifier que tout était avéré », convient Gilles Dennler. Construite pour répondre aux attentes de Bruxelles, cette certification permet à la France de se démarquer de pays voisins comme l’Espagne et l’Italie, déjà bien outillés, mais qui devront probablement modifier leur référentiel pour répondre aux demandes de la CPA.



