Tout seul on va plus vite. Ensemble on va plus loin. Les acteurs de la filière emballages (metteurs sur le marché, fabricants de machines, organisations professionnelles…) ont fait cause commune autour des enjeux d’économie circulaire le 15 décembre au ministère de l’Economie à Bercy (Paris), dans le cadre d’un colloque organisé par le Symop et le Conseil national de l’emballage (CNE).
Face aux enjeux de reconquête industrielle et de transition écologique, la ministre déléguée en charge de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, a qualifié la filière « d’avenir » pour la France. L’expertise tricolore est reconnue, dans la fabrication du conditionnement bois et plastique. Au niveau européen, les industriels sont positionnés à la première et la deuxième place de ces productions. Avec des activités peu délocalisables, ces entreprises sont génératrices d’emplois. En 2019, la production d’emballages a représenté un chiffre d’affaires de 18 milliards d’euros en France.
Des activités en pleine transformation, poussées par les politiques françaises et européennes en faveur de l’environnement. En septembre 2021, le texte climat et résilience a succédé à la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020. Il vise, entre autres, à rendre les plastiques 100% recyclables en 2025. A l’échelle de l’Europe, le paquet économie circulaire, le pacte européen sur les plastiques jouent aussi dans cette transformation. Le traitement des déchets (plastiques surtout), leur recyclage et leur réincorporation, sont au cœur des problématiques des industriels.
Echange de bonnes pratiques
C'est le cas de Coca-Cola Europacific Partners France. Arnaud Rolland, le directeur RSE France de l’embouteilleur de boissons, a égrainé les initiatives du groupe pour réduire sa consommation de matière vierge et atteindre le net zéro carbone d’ici 2040. Allègement de contenant, remplacement des films de regroupement par du carton, le porte-parole a insisté sur l’intégration croissante de polyéthylène recyclé (rPET) dans les bouteilles, tout en déplorant « le manque de gisement ».
Chez Lactalis, le travail vise à rendre les pots de yaourt en polystyrène (PS) plus circulaires. 16 milliards de pots sont produits en France avec cette résine chaque année. Une matière bon marché dont l'inconvénient est d'être très peu recyclée. Seule quatre tonnes trouvent des débouchés. A tel point qu’elle pourrait être interdite en l’absence d’une filière de recyclage. Une fatalité que le groupe laitier souhaite éviter. Lactalis, qui explore l’alternative du polyéthylène téréphtalate (PET) au Royaume-Uni, compte sur la technologie de recyclage chimique développée depuis deux ans par Michelin avec la start-up Pyrowave. Cette innovation devrait permettre, d’ici à 2025, au géant des produits laitiers et à ses partenaires du consortium PS25, de réutiliser les pots en boucle fermée. Une solution qui évitera à l’industriel de renouveler son parc machine et lui permettra d’économiser entre 250 et 450 millions d’euros.
« La mise en commun d’expériences est un levier pour fiabiliser les technologies de demain », s’est félicitée Carol Poltorak, packaging engineering director de L’Oréal. Le groupe de produits cosmétiques s’est engagé à proposer 100% de ses emballages en plastique recyclé ou biosourcé d’ici à 2030. Pour y parvenir, L’Oréal a rejoint de nombreuses sociétés innovantes (Carbios, Loop Industrie, Purecycle, Lanzatech, The paper Bottle company). « On croit beaucoup à la dépolymérisation », a reconnu Brice André, Global VP Sustainable Packaging & Development.
Le défi du traitement des déchets
Mais pour atteindre ces objectifs, encore faut-il améliorer la gestion et le traitement des déchets. « Jusqu’à présent, nos efforts ont totalement été insuffisants », a concédé Jean-Louis Chaussade, ancien président de Suez et auteur d’un rapport sur l’économie circulaire, à propos de la gestion des déchets. « Si rien n’est fait, en 2040, entre 40 et 50 millions de tonnes de déchets supplémentaires viendront s’ajouter aux 100 millions de 2020 », a indiqué l’ancien industriel.
« Toutes nos usines de tri, d’incinération devront être agrandies et modernisées, voire spécialisées », a prévenu l’expert qui a aussi pointé du doigt un paradoxe français, qui incite à produire toujours plus de matière recyclée sans s’assurer des débouchés. « C’est très bien de pousser l’offre, mais si on n’a pas travaillé sur la demande, on va avoir beaucoup d’offres mais pas de demande », a insisté Jean-Louis Chaussade. Pour rendre l’économie circulaire plus efficace en France, l’industriel met en avant trois recommandations : « Faire un prix en croisant l’offre et la demande. Elargir la gouvernance des éco-organismes à l’ensemble des acteurs de l’économie circulaire. Et développer la traçabilité pour instaurer la confiance ».
Trois nouvelles filières de recyclage avant 2025
La multiplication des projets de R&D, ces dernières années, atteste de la mobilisation des entreprises sur la question de l’économie circulaire. Les industriels sont pressés. L’urgence concerne la mise en place de nouvelles filières de recyclage. Outre les emballages en polystyrène, les pots et barquettes en PET ainsi que les films et sacs dans un dérivé de polyéthylène restent problématiques. Des avancées sont en cours, a assuré Sophie Genier, directrice des services recyclage de Citeo, dont les équipes travaillent avec des partenaires à la définition des conditions techniques, technologiques et économiques pour industrialiser ces filières industrielles avant 2025.
La société Pellenc ST, fabricant d’équipements de tri optique, était justement là pour présenter les avancées dans le domaine du traitement des déchets. « Le tri, c’est 90% de la recyclabilité », a indiqué Antoine Bourely, le co-fondateur de la société. Cette étape pourrait gagner en efficacité grâce à HolyGrail 2.0. Prévue pour une industrialisation en 2022, la technologie, qui utilise le filigrane numérique (imprimé sur papier ou gravé sur plastique), fournit la carte d’identité de l’emballage. La lecture d’un code barre, invisible à l’œil nu, permet de connaître la composition du contenant, son origine ou encore son aptitude au contact alimentaire… Un atout crucial. En France, 45% des plastiques consommés se retrouvent dans les emballages, dont un grand nombre au contact alimentaire. Mais après un recyclage mécanique, très peu sont autorisés à être à nouveau au contact des aliments.
Ces informations sont donc précieuses pour travailler en boucle fermée. Une fois la solution industrialisée, elles pourraient fortement améliorer la circularité de certains emballages comme ceux constitués de plastique complexe. Avec un taux de pureté de 98% en bout de ligne, le prototype présenté par l’entreprise à Copenhague (Danemark) offre de belles perspectives. Le fruit d’un travail collectif : 130 entreprises et organisations européennes ont participé au projet. Un exemple à suivre pour une filière dont les acteurs peinent encore souvent à travailler ensemble.



