Le projet HolyGrail 2.0 vise un tri optimal pour recycler en boucle les emballages plastiques alimentaires

Un filigrane numérique imprimé sur les emballages pour augmenter la qualité du tri et le recyclage des emballages plastiques agréés contact alimentaire. C’est le projet HolyGrail 2.0 qui regroupe 130 entreprises européennes, dont le français Pellenc ST qui a réalisé la machine de tri pilote capable de lire ces informations.

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HolyGrail 2.0
Le projet HolyGrail 2.0 est testé à Copenhague avec une machine de tri développée par Pellenc ST.

En pleine polémique sur les plastiques non recyclés, après des documentaires à charge comme celui de Cash Investigation, le projet HolyGrail 2.0 propose une solution pour aller plus loin dans le tri et le recyclage des plastiques. Piloté par l’Association des industries de marque (AIM) avec la participation de 130 entreprises et organisations européennes, ce projet vise à évaluer si la technologie du filigrane numérique intégré dans les emballages et lu sur une machine de tri équipé d’une caméra permet d’améliorer le tri et par conséquent le taux de recyclage. Un prototype est entré en phase 2 à Copenhague depuis fin septembre, avec une machine de tri pilote Mistral+ de la société française Pellenc ST, équipée d’une caméra pour lire le filigrane.

Séparer les emballages alimentaires et non alimentaires

De la dimension d’un timbre-poste, le marqueur filigrane Digimarc, invisible à l’œil nu, est placé sur l’emballage. Il peut contenir un identifiant unique, mais aussi le nom du fabricant, le type de résine plastique, la composition des multicouches et le caractère contact alimentaire ou non. "Aujourd’hui, ce qui est demandé aux citoyens c’est un meilleur geste de tri dans les bacs jaunes, mais l’objectif c’est aussi qu’il soit accompagné d’un geste industriel, analyse Eric Westerhoff, directeur marketing de la société Pellenc ST. Le graal, ou le véritable objectif, c’est de pouvoir travailler en boucle fermée et de réutiliser le plastique pour le même usage."  C'est à dire refaire des emballages alimentaires - et non des pots de fleurs ou du mobilier urbain - avec des emballages alimentaires post-consommation.

L’écoconception est évidement la base, il faut concevoir des produits qui peuvent être triés et recyclés. Mais pour les plastiques complexes, il faut aussi continuer à innover sur le tri automatique. "Aujourd’hui, les machines trient très bien les matières et les couleurs, mais ne peuvent pas faire la distinction entre un emballage alimentaire et non alimentaire", précise-t-on chez Pellenc ST. Or, pour avoir un recyclage en boucle fermée, il faut arriver à les séparer car on ne peut pas fabriquer une bouteille de lait avec une bouteille de détergeant, même bien nettoyée. La législation interdit d’incorporer plus de 5% de matière issue d’un emballage non alimentaire dans un emballage alimentaire.

Tests industriels en France en 2022

La solution HolyGrail 2.0 a l’avantage de ne pas demander un investissement très important. "Sur les emballages imprimés (70 à 80% des emballages), il suffit de changer le fichier d’impression de l’imprimeur, explique Antoine Bourely, directeur scientifique chez Pellenc ST, qui pilote le programme HolyGrail 2.0. Nous n’avons pas besoin de remplacer nos machines de tri. Nous avons développé un module additionnel pour lire les filigranes. Nous "rétrofitons" nos machines de la gamme Mistral+."

Aujourd’hui, un seul pilote fonctionne, jusqu'à fin décembre, dans l’usine de traitement des déchets de la ville de Copenhague au Danemark. "C’est un test semi-industriel, précise Antoine Bourely. Nous avons testé 260 types de packaging, 125 000 unités mélangées à 5 tonnes de déchets. L’objectif est d’atteindre un taux de plus de 95% et nous avons obtenu une moyenne de 97%. On avait un gros doute sur les produits flexibles, mais cela s’est bien passé."  Auparavant, entre février et septembre 2021, Pellenc ST avait développé un prototype. La prochaine étape, en 2022, sera de passer des tests industriels. "Nous allons travailler l’an prochain sur trois sites en France chez Paprec, Suez et Indorama pour la régénération, mais également en Allemagne, indique Eric Westerhoff. Si tout le monde se met d’accord sur l’industrialisation, elle pourrait intervenir au plus tôt en 2023 ou 2024."

Pellenc ST teste l’intelligence artificielle

Si la preuve technique est faite, il faut encore obtenir la normalisation. Il faudra bien une année pour la mettre en place. Pellenc ST ne se focalise pas sur une seule technologie et cherche d’autres pistes pour améliorer le recyclage des plastiques. "Nous travaillons également sur une solution avec de l’intelligence artificielle (IA), annonce Antoine Bourely. Elle est basée sur le machine learning. Il faut une phase d’apprentissage pour la machine de tri, qui doit reconnaître les différents emballages. Nous sommes là sur une traçabilité extrêmement pointue." Les premiers sites pilotes pour ce tri dopé à l'IA devraient voir le jour également en 2022, avec différents cas d’usage (tri de câbles électriques, bouteilles, barquettes…). Qui a dit que le tri et le recyclage des plastiques n’avançait pas?

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