C’est un "tsunami" selon l’Unsa, l’un des syndicats chez IBM France. L’entreprise se prépare à lancer son PSE le plus massif jamais entrepris en France. Il sera présenté officiellement au CSEC (Comité social et économique central) le 16 décembre 2020. A ce stade, le nombre de postes à supprimer se situe dans une fourchette de 1 180 à 1 385, ce qui représente près du quart de l’effectif total actuel. Le chiffre précis pourrait être communiqué aux organisations syndicales lors du prochain CSP (comité social paritaire) prévu le 8 décembre 2020. Des discussions sur l’accompagnement social de ce projet ont déjà eu lieu lors des CSP du 12 et du 20 novembre 2020.
Inédit par son ampleur
"Ce projet est nouveau par la méthode puisque la direction a commencé à parler des mesures d’accompagnement social avant de l’avoir présenté au CSEC, explique à L’Usine Nouvelle un délégué CGT qui souhaite rester anonyme. C’est aussi inédit par son ampleur. Le PSE le plus important était celui lancé en 2013 pour la suppression de 700 postes. La CGT a réussi à le faire annuler par la justice en appel."
La direction justifie son projet par la nécessité d’adapter les compétences à l’évolution des métiers conformément à l’accord Gpec (Gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences) signé en juillet 2018 par la direction avec les syndicats Unsa, CFDT et CFTC mais pas la CFC CGC ni la CGT. "Elle se sert souvent de cet accord pour justifier ses suppressions d’emplois ", accuse la CGT.
L’activité services informatiques logée dans le département GTS (Global Technology Services), en perte de vitesse à cause de la migration des entreprises vers le cloud, sera la plus touchée, avec près de 40 % des suppressions de postes envisagées. Le reste se répartit sur les autres départements de l’entreprise avec pour chacun 120 à 170 postes.
Pas de licenciements secs
L’objectif de la direction est d’éviter les licenciements secs. Deux mécanismes sont en discussion au sein du CSP pour l’accompagnement social du PSE : les départs en pré-retraite et les départs volontaires. Les candidatures devraient être ouvertes le 16 décembre 2020. "Il y aura assez de volontaires, prévoit la CGT. Les salariés vivent dans un tel stress qu’ils cherchent par tous les moyens de partir. Nous n’allons pas nous opposer à ce plan. En revanche, nous allons nous battre pour qu’il ait des embauches compensant les départs. Sinon, les salariés, qui restent, se retrouveraient surchargés de travail."
Pour sortir du marasme dans lequel l’entreprise est plongée depuis 2012, IBM a annoncé son intention de se scinder en deux sociétés distinctes. D’un côté, NewCo dans l’activité en déclin de services d’infogérance. De l’autre, RemainCo dans les activités porteuses de cloud hybride, data et intelligence artificielle. "Le projet de PSE vise à rendre la mariée plus belle pour vendre NewCo, suspecte la CGT. Ce qui restera d’IBM sera RemainCo." NewCo et RemainCo sont les noms provisoires des deux futures sociétés.
Il est loin le temps où IBM comptait des dizaines de milliers de salariés en France. "A mon entrée dans l’entreprise il y a 20 ans, on était plus 10 000 salariés, rappelle un délégué CGT. Nous sommes tombés aujourd’hui en dessous de 5 000. Et avec le projet actuel, IBM France devrait finir l’année prochaine aux environs de 3 000. C’est une immense catastrophe sociale."



