IBM va se scinder en deux.
D’une coté, les activités porteuses dans le cloud, l’analytique, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Elles resteront du ressort du futur IBM. De l’autre, les services en déclin de gestion d’infrastructure informatique. Elles tomberont dans la corbeille d’une société séparée au nom provisoire de NewCo. C’est la décision choc que le directeur général Arvind Krishna a annoncée aux investisseurs le 8 octobre 2020. La Bourse applaudit le projet avec un gain de 12 % de l’action.
IBM subit une double peine
Depuis 2012, IBM peine à sortir du marasme. C’est que le cloud est venu remettre en cause le modèle de vente de matériels, logiciels et services qui faisait sa prospérité. " IBM subit une double peine, explique à L’Usine Nouvelle Franck Nassah, analyste au cabinet teknowlogy. Parce que les entreprises vont vers le cloud, elles lui achètent moins de matériels et moins de logiciels, et en lui achetant moins de matériels et logiciels, elles lui achètent moins de services aussi."
Or ce sont les services qui faisaient les choux gras d’IBM. Ils font du groupe la première entreprise de services du numérique (ESN) dans le monde. Mais du fait de la cannibalisation par le cloud, ils ne représentent plus que la moitié du chiffre d’affaires du groupe, contre près des deux tiers il y a huit ans. Le poids de ses activités historiques l’a contraint à une stratégie prudente dans le cloud. Ceci explique son retard dans ce domaine nouveau où il est devancé par Amazon, Microsoft, Salesforce, Google et même Oracle, selon le cabinet IDC.
Le cloud ou la mort
En se séparant des services de gestion d’infrastructure, IBM espère retrouver sa liberté pour déployer une stratégie plus agressive dans le cloud hybride, une démarche combinant cloud privé et plusieurs clouds publics qui tend à devenir la norme dans les grandes entreprises. " Il n’a pas d’alternative, souligne Franck Nassah. Soit il va vers le cloud, soit il disparaît. Il a des compétences, un savoir-faire et des clients, et l’acquisition récente de Red Hat lui offre un bon socle technique pour réussir. Il peut rattraper son retard. Microsoft a réussi à le faire. " Arvind Krishna estime recentrer l’entreprise sur une opportunité de marché de 1 000 milliards de dollars.
Selon les chiffres actuels, l’activité du futur IBM pèse 59 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre 19 milliards de dollars pour NewCo. Les deux sociétés suivront des chemins séparés mais conserveront des liens étroits. " C’est normal, estime Franck Nassah. Les gens de NewCo sont ceux qui connaissent le mieux les solutions d’IBM. Ils sont les mieux placés pour les gérer chez les clients. Il y aura des synergies évidentes entre les deux entités. "
Echec de la scission de HP
Le projet reste néanmoins risqué. La scission de HP en 2016 hante les investisseurs, car elle est loin d’avoir produit les résultats escomptés. Et le marché du cloud est verrouillé par les leaders. " Les entreprises ne changent pas de cloud tous les deux ans, affirme Franck Nassah. Il sera difficile pour IBM de les déloger de chez Amazon, Microsoft ou Google. "
Mark Holder, analyste financier au cabinet de conseil en investissement Stone Fox Capital, reste sceptique et il le dit dans une note publiée sur le blog boursier Seeking Alpha. Il craint que le projet ne se traduise par des pertes d’énergie, alors que le groupe reste englué dans de graves difficultés. " Une grande préoccupation est que l'équipe de direction va passer l'année suivante concentrée sur la scission, au lieu de se concentrer sur les initiatives de croissance, craint-il. Les employés qui ne font pas partie de groupes productifs devraient être lentement transférés pour prendre en charge les initiatives de cloud hybride par rapport à une restructuration massive qui maintient IBM dans l'ornière actuelle de chaises longues toujours remuantes. " Comme quoi Arvind Krishna, qui a pris les rênes du groupe en avril 2020, a du pain sur la planche. Il a choisi de prendre son temps pour boucler son projet de scission à la fin de 2021. " IBM est une grosse structure, fait remarquer Franck Nassah. Il faut beaucoup de temps pour scinder ne serait-ce que le système d'information et le système de reporting."



