IBM a publié le 21 janvier ses résultats 2019. Le chiffre d’affaires sort en baisse de 3,1% à 77,1 milliards de dollars, le plus bas en 23 ans. C’est la septième année de recul en 8 ans. Depuis le pic de 2011, Big Blue a perdu 30 milliards de dollars de revenus, près de 30% de son chiffre d’affaires, et ce en dépit de nouvelles opportunités comme le big data, le cloud, l’intelligence artificielle ou la cybersécurité.
Amazon, première nouvelle vedette
La chute est vertigineuse. Elle illustre l’ampleur du bouleversement provoqué par la révolution du numérique. Le vétéran de l’informatique d’entreprise IBM est éclipsé par une flopée de nouveaux acteurs en grand boom.
Le cabinet Synergy research en identifie quatre, qui s’imposent désormais comme des poids lourds incontournables du marché. Trois d’entre eux ont réussi à augmenter leur chiffre d’affaires annuel de plus de 10 milliards de dollars en 10 ans.
Amazon en est la vedette incontestable. Le géant américain de l’e-commerce a fait son entrée dans l’informatique d’entreprise en 2006 via Amazon Web Services, son bras armé dans le cloud d’infrastructure. Un marché estimé à près de 100 milliards de dollars en 2019 et dont il est le roi avec une part de 33% du gâteau, le double de celle du numéro deux, Microsoft, selon Synergy Research. Avec moins de 5%, IBM profite peu de ce nouveau pactole quasiment inexistant il y a dix ans. En seulement une décennie, Amazon a gonflé son revenu dans l’informatique d’entreprise de près 34 milliards de dollars, un montant supérieur au chiffre d’affaires de HPE, un autre acteur historique de ce marché depuis plus de 80 ans, qui peine, lui aussi, à briser le cycle infernal de la morosité.
Huawei dans la cour des grands
La deuxième plus forte croissance revient à Huawei Technologies. Le champion chinois de la high-tech s’est fait connaitre d’abord par ses équipements de réseaux avant d’amplifier à partir 2012 son empreinte dans l’informatique d’entreprise par les serveurs, les logiciels d’infrastructure ou encore le cloud. Son chiffre d’affaires annuel sur ce marché a augmenté d’environ 33 milliards de dollars en dix ans selon Synergy Research, le propulsant dans la cour des grands aux cotés de Dell, HPE et Cisco, mais devant IBM ou Lenovo.
Salesforce remporte le titre de troisième nouvelle grande star. Considéré comme l’inventeur du modèle de logiciel à la demande (SaaS pour Software as a service), cet éditeur 100% cloud a augmenté son chiffre d’affaires annuel d’environ 16 milliards de dollars en dix ans, devenant le cinquième éditeur mondial de logiciel derrière Microsoft, Oracle, IBM et SAP. Et l’objectif de son président-fondateur Marc Benioff est de détrôner l’allemand SAP dans les logiciels de gestion d’entreprise. Un vrai tremblement de terre en perspective.
Microsoft, un modèle de transformation
Synergy Research n’oublie pas Google. Le géant de l’internet s’impose comme un fournisseur majeur de services de communication et de collaboration avec sa solution G Suite, concurrente de l’offre Office 365 de Microsoft, et de services cloud d’infrastructure, où il est troisième derrière Amazon et Microsoft. L’augmentation de son chiffre d’affaires dans l’informatique n’a pas encore atteint les 10 milliards de dollars en 10 ans, mais elle s’en approche. Elle est estimée à 9 milliards de dollars.
Tous les acteurs historiques du marché n’ont pas pâti de la révolution du numérique. Certains ont su en tirer leur épingle du jeu en se transformant. C’est le cas de Microsoft, qui a accru son chiffre d’affaires annuel d’environ 50 milliards de dollars en 10 ans, la plus forte croissance sur le marché de l’informatique d’entreprise, mais aussi de Dell (+31 milliards de dollars grâce à l’acquisition en 2016 d’EMC et de VMware), de Cisco (+17 milliards de dollars grâce à des acquisitions structurantes et une diversification dans le logiciel et les services de sécurité) ou encore d'Adobe Systems (+8 milliards de dollars grâce à un virage vers le modèle du logiciel à la demande). Comme quoi, il n’y a pas de fatalité. On peut survivre à la révolution du numérique et même en profiter. A condition de se transformer. Microsoft est le modèle en la matière.



