Réduire la dépendance américaine aux sources étrangères dans l’approvisionnement en graphite technique de haute pureté, c’est l’objectif de la start-up technologique durable Homeostasis. Fondée en 2022, elle a annoncé avoir bouclé un financement de pré-amorçage de 600 000 dollars. En septembre 2024, le département du commerce de l'État de Washington lui avait accordé 700 000 dollars au titre de la loi sur l'engagement climatique en vigueur dans l'État, situé dans l'ouest du pays.
« Le CO2 ne doit pas être un déchet », a déclaré Julien Lombardi, cofondateur et directeur scientifique d'Homeostasis, dans un communiqué. « Nous pouvons renforcer notre infrastructure énergétique en transformant l'excédent de carbone en une matière première abondante. » L'autre cofondateur de la startup, et p-dg, Makoto Eyre a souligné : « Le marché du graphite est aujourd'hui confronté à des risques géopolitiques, à une offre volatile et à des prix élevés. Les États-Unis ont besoin d'une source de graphite fiable, nationale et abordable. »
Car la technologie développée par Homeostasis vise à transformer le dioxyde de carbone atmosphérique par minéralisation aqueuse. Le CO2 de l’air est extrait sous forme de carbonates grâce à une solution aqueuse d’oxyde métallique. Ces carbonates subissent ensuite une réduction électrochimique, pour produire de l'oxygène gazeux, du carbone solide et un composé de capture qui devra subir une nouvelle étape d’élimination.
Un graphite très convoité
Le carbone piégé est ensuite transformé en graphite. Indispensable dans de nombreuses branches des technologies de pointe, l’industrie américaine conserve une très forte dépendance vis-à-vis des importations, la Chine dominant largement le marché. Dans un communiqué daté d’avril 2024, la Maison Blanche précise même que cette matière se retrouve préservée par l’augmentation des droits de douane imposée par le président américain Donald Trump. Au sein de l’Union européenne, le graphite naturel fait partie de la première liste sur les matières premières critiques, publiée en 2011, bien avant d’autres composés chimiques comme le lithium (2020) ou le nickel et le manganèse (2023).
Utilisé dans les centrales nucléaires, la production d'acier, l’industrie de la défense ou encore les batteries…, le graphite (carbone cristallin) reste un matériau actif essentiel constitutif des anodes des batteries lithium-ion qui représente environ 25 % de leur masse, en moyenne.
Capturer les émissions des entreprises
Outre l'impératif stratégique d'acquérir du graphite, de nombreuses organisations industrielles cherchent à capturer leurs émissions de CO2 sur place. Complexité d’installation ou problématique du stockage à long terme, Homeostasis vise à dépasser les problématiques des technologies existantes en proposant une solution facilement déployable.
« En discutant avec les clients qui souhaitent capturer les émissions, nous avons constaté que les points problématiques se résument au risque géopolitique, au temps de développement du projet, au délai de mise en œuvre du produit et au coût », a déclaré Makoto Eyre. « Notre technologie résout tous ces problèmes en synthétisant des matériaux essentiels à partir du CO2. Nous créons une solution nationale, rapide à déployer et peu coûteuse au goulot d'étranglement des matériaux à base de carbone ».
Le business plan d'Homeostasis consiste dans un premier temps à vendre ses systèmes à des clients industriels à la recherche d'une technologie d'élimination du carbone. À terme, la start-up souhaite déployer cette technologie dans ses propres installations, soit pour éliminer le carbone de sources industrielles, soit pour le capter dans l'air. La start-up a d’ores et déjà développé un prototype d'appareil et vise à recruter des clients pour des déploiements de projets pilotes plus tard cette année ou début 2026.



