Tous les pays auront droit aux nouvelles taxes américaines, mais certains plus que d’autres. Le président Donald Trump a présenté mercredi 2 avril son plan très attendu pour les droits de douane dit réciproques. Toutes les importations aux Etats-Unis seront frappées d’au moins 10% de droits de douane, à partir du samedi 5 avril. Cependant, des taux de taxes plus élevés vont être appliqués individuellement à certains partenaires commerciaux à partir du mercredi 9 avril, et les exceptions sont nombreuses. L'administration Trump a détaillé des taux différents pour une soixantaine de pays en plus des Vingt-Sept.
20% pour l'UE, 34% pour la Chine
D’abord, l’Union européenne (UE) va être visée par des droits de douane de 20%, et la Chine 34%. Pour Pékin, ces taxes se cumuleront aux mesures déjà mises en place, pour atteindre 54%, a précisé la Maison Blanche. Les Etats-Unis vont également prélever 10% sur les produits britanniques, 24% sur les japonais, 25% sur les sud-coréens 31% pour les suisses, ou encore 46% pour les produits vietnamiens. Le taux maximal de 50% concerne le Lesotho. Lorsqu'elles seront effectives, le taux moyen des droits de douane américains s'établira entre 20% et 25%, selon l'université de Yale, un niveau jamais vu depuis plus d'un siècle.
«C'est notre déclaration d'indépendance économique», a déclaré Donald Trump depuis un pupitre installé dans le jardin de la Maison blanche pour une cérémonie à l'occasion de ce qu'il a appelé le Jour de la Libération, le «Liberation Day». Jeudi 3 avril, les 25% de taxes supplémentaires sur les voitures importées aux Etats-Unis sont devenues effectives, et devrait être progressivement suivies par des droits de douane de même ampleur sur les pièces détachées.
Plusieurs catégories de produits exemptés
Dans la foulée, la Maison Blanche a publié une longue annexe de 37 pages, détaillant les catégories de produits non couverts par les droits de douane réciproques. L’acier, l’aluminium et les pièces automobiles déjà taxés ne sont pas sujets à des mesures supplémentaires. Le cuivre, les semi-conducteurs, le bois et divers produits pharmaceutiques sont aussi exemptés, mais devraient faire l’objet de taxes spécifiques dans les prochaines semaines si l’on en croit les précédentes déclarations de la Maison Blanche.

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Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
Enfin, «l’énergie et certains minéraux qui ne sont pas disponibles aux Etats-Unis» sont aussi préservés, précise le communiqué officiel. Malgré une volonté de renouveau minier, l’industrie américaine reste très dépendante des importations de nombreux métaux, souvent indispensable dans les technologies de pointe. L’annexe inclut ainsi un très grand nombre de minerais, concentré miniers et métaux sous différentes formes chimiques (cobalt, zinc, tungstène, titane, vanadium, antimoine, germanium, zinc, gallium, graphite…), une grande quantité de produits pétroliers et de composés chimiques et quelques produits électroniques. Plusieurs éléments précieux sont également exemptés, parmi lesquels l’or, l’argent, les platinoïdes, l’uranium ou les coraux.
En France, l'aéronautique et la chimie exposées
Les réactions des Etats et des industries pleuvent, entre menaces de réplique et demandes d’accords commerciaux. Même si certains parviennent à échapper aux mesures, ou si des négociations s’engagent pour les lever d’ici quelques jours (comme l’ont obtenu le Canada et le Mexique en février), le grand flou entretenu par Washington aura un coût pour l’économie mondiale. Les bourses européennes et asiatiques ont ouvert en fort repli suite aux annonces.
Emmanuel Macron a espéré que le locataire de la Maison Blanche «pourra revenir sur cette décision» et va réunir ce jeudi 3 avril les «représentants des filières impactées» par les droits de douane. Selon lui, «il y a une forme de paradoxe à voir les principaux alliés des Etats-Unis être les premiers taxés». Si les entreprises françaises sont moins exposées que les italiennes, les allemandes ou les irlandaises, certaines filières restent vulnérables. Les usines automobiles françaises ou la construction ferroviaires sont assez peu exposées, tandis que l’aéronautique et le spatial tricolore ont beaucoup plus à perdre. Les Etats-Unis représentent aussi un marché majeur pour la cosmétique, la maroquinerie ou encore la pharmacie et la chimie.
Les échanges mondiaux remodelés
De façon détournée, les droits de douane à l’entrée du marché américain pourraient plus généralement reconfigurer tous les échanges mondiaux de biens. Les exportateurs, notamment asiatiques, qui ne trouveront plus preneurs aux États-Unis vont chercher de nouveaux marchés, en particulier européens. Pour les secteurs déjà déstabilisés par les surcapacités chinoises, cela représenterait une nouvelle concurrence.
Le risque est plus grand encore pour les vins et spiritueux. Les États-Unis ont représenté leur premier débouché à l’export et une fermeture du marché américain serait difficile à compenser pour la filière par d’autres marchés. D’autant plus que les producteurs sont menacés par une surtaxe de 200% en cas de taxe du bourbon américain dans la riposte commerciale de l’UE. En effet, la Commission européenne a promis de répondre à ces mesures en deux volets, d’abord à la mi-avril puis à la fin du mois, mais sa présidente Ursula von der Leyen a assuré qu'il n'était «pas trop tard» pour négocier.
Avec Solène Davesne et Nathan Mann



