Micron Technology, plus grand fabricant américain de puces mémoires et troisième mondial derrière les sud-coréen Samsung et SK hynix, est plongé au cœur de la guerre des puces qui fait rage entre les Etats-Unis et la Chine. Ses produits commercialisés en Chine vont faire l’objet d’une enquête du point de vue de la sécurité nationale. C’est ce que la Cyberespace Administration of China (CAC), l’équivalent de l’Anssi en France, a annoncé le 31 mars. Le but affiché est de s’assurer qu’ils ne comportent pas de risques cachés pour la sécurité nationale, comme des portes dérobées du cyberespionnage américain.
Cette mesure sonne comme une riposte de Pékin aux dernières restrictions d’exportation des technologies de puces par les Etats-Unis vers la Chine. Le choix de la cible n’est pas le fruit du hasard. Micron Technology n’est pas un fournisseur incontournable. Il peut être remplacé par des fournisseurs alternatifs comme Samsung ou SK hynix.
Composants banalisés
Les puces mémoires sont des semi-conducteurs banalisés. Contrairement à des circuits logiques, comme les microprocesseurs, elles ne comportent pas d’intelligence susceptible d’être détournée à des fins de cyberespionnage. Elles se contentent de stocker des données. Du moins en théorie. Car la mémoire est associée à un circuit de contrôle qui pourrait, lui, comporter une porte dérobée donnant un accès non autorisé aux données stockées.
En octobre 2022, les Etats-Unis ont durci les restrictions d’exportation des technologies de puces vers la Chine, les étendant pour la première aux puces mémoires. Ces mesures ont eu pour effet de stopper net le développement des deux fabricants émergents chinois dans le secteur : CXMT dans les mémoires Dram et YMTC dans les mémoires flash 3D. Les Etats-Unis ont en plus placé YMTC sur leur liste noire (Entity List) au motif qu’il fournit ses puces à l’armée chinoise et à des entreprises sous embargo américain comme Huawei ou HKVision.
Victime collatérale
Ce n’est pas la première fois que Micron Technology subit les représailles de la Chine face à la politique des Etats-Unis dans les semi-conducteurs. En 2018, il a été contraint de retirer du marché chinois 26 de ses produits accusés de violer des brevets d’UMC, un fondeur taïwanais de puces et partenaire stratégique de Jinhua, une start-up chinoise dans le développement et la fabrication de mémoires Dram. Cette mesure intervient après la décision des Etats-Unis de placer Jinhua sur leur liste noire.
Dans cette guerre des puces, Micron Technology apparaît comme une victime collatérale. Il est vu par les analystes comme le fabricant de puces mémoires le plus vulnérable. Si la Chine ne représente que 11% de son chiffre d’affaires, il dispose dans le pays d’une usine de test, d’assemblage et d’encapsulation. Il voit l'émergence des chinois CMXT et YMTC comme une menace pour sa survie à long terme.



