Analyse

Freiner le solaire sur toiture : une (mauvaise) réponse aux prix négatifs et aux panneaux chinois

Le gouvernement a annoncé vouloir recentrer ses objectifs de photovoltaïque sur toitures, officiellement pour favoriser l’autoconsommation et les panneaux made in Europe. Le solaire ferait en réalité les frais d'un manque de soutien à l'électrification des usages et de l'industrie, et d'un retard dans les investissements de flexibilité.

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Installation panneaux solaires
Le gouvernement met un coup de frein au soutien des projets solaires sur toits.

Le gouvernement rétropédale sur le solaire. Le 13 février, il a mis en consultation un projet d’arrêté modifiant le soutien au développement du photovoltaïque sur bâtiments, hangars et ombrières. Les nouvelles règles proposées, rétroactives au 1er février, ravive chez les acteurs de la filière le traumatisme du moratoire de 2010, qui avait stoppé net le développement de la filière solaire en France.

Avec cette refonte «radicale», «plus aucun projet de moins de 500 kWc ne sera viable économiquement en 2025», alerte le Syndicat des énergies renouvelables. Elle «met un coup d’arrêt brusque au développement d’un segment majeur du solaire photovoltaïque», notamment celui du solaire sur les bâtiments agricoles. Une décision d’autant plus surprenante que la loi d’accélération des énergies renouvelables du 10 mars 2023 oblige les possesseurs de grandes toitures et de parkings à les couvrir de panneaux solaires.

Favoriser l'autoconsommation

En réduisant le tarif de rachat du surplus d’électricité produit par les particuliers de 12,7 à 4 centimes d'euros et en réduisant de 40% la prime, le gouvernement veut aussi freiner les ardeurs des particuliers désireux de mettre des panneaux sur le toit de leur maison et les inciter à l’autoconsommation. Un mauvais signal alors que «le solaire résidentiel est bien souvent la première étape vers l’électrification des usages et l’adoption d’une pompe à chaleur ou d’un véhicule électrique», explique le spécialiste de la rénovation énergétique Effy.

Officiellement, le gouvernement justifie ce «recentrage» des objectifs solaires par la nécessité de lutter contre la déferlante de panneaux chinois à bas coût. «Nous œuvrons pour que ce soutien soit source de retombées industrielles locales, avec l’introduction de critères permettant de favoriser l’offre industrielle française et européenne», explique Marc Ferracci, ministre de l’Industrie et de l’Énergie, dans un communiqué. L'autre justification est budgétaire. Le "fort dynamisme" du solaire sur bâtiments finirait par peser trop lourd sur la dépense publique. Un nouveau tarif d’achat sera défini à partir de 2026 et sera réservé «aux projets faisant l’objet d’un approvisionnement résilient européen».

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Dans son NZIA (Net Zero Industry Act, sa loi sur l’industrie verte), l’Europe veut en effet fixer des seuils dans les projets aidés pour ne pas subventionner la concurrence chinoise. Mais rien n’est calé, et encore faudrait-il que l’Europe produise assez de panneaux photovoltaïques. Or, la gigafactory de panneaux français d’Holosolis, qui vient d’obtenir son permis de construire, entrera en service au mieux mi-2027. On n’a en revanche plus de date pour celle de Carbon, d’abord promise pour mi-2025, puis pour mi-2026. Le gouvernement aurait donc pu attendre un peu.

Une électrification des usages ratée

La principale (et véritable) raison de ce brutal coup de frein sur le solaire, c’est qu’il produit trop et pas au bon moment, alors que la consommation d’électricité ne reprend pas aussi vite qu’anticipé dans les scénarios énergétiques. L’électrification de l’industrie, du transport et du chauffage patine, entraînant la multiplication des périodes de prix négatifs sur le marché et obligeant EDF à arrêter certaines centrales nucléaires. Pour le dire simplement, le solaire fait de l’ombre au nucléaire. Il faut donc le stopper, tant que l’on n’a pas investi dans de nouveaux outils de flexibilité, notamment du stockage par batterie. Or, là aussi, le secteur est dominé par des acteurs étrangers. De plus, les consommations industrielles pilotables, comme celle de l’hydrogène par électrolyse, tardent à venir, faute d’un soutien à l’usage, pourtant prévu dans la stratégie française.

Dans l’urgence, au risque de manquer à nouveau d’électricité alors que les nouveaux réacteurs nucléaires n’arriveront pas avant 2040 et les grands parcs éoliens avant 2035, le gouvernement a décidé de sacrifier le solaire. S'il avait eu plus de volonté et de constance politique à soutenir la demande d'électricité pour décarboner le bâtiment et les transports (par exemple en ne faisant pas de MaPrime Renov ou du leasing social pour l'achat de véhicules électriques des variables d'ajustement), et à pousser les producteurs d'électricité verte à investir dans le stockage, on n'en serait pas là. Mais rien est perdu, Il est encore temps d'inclure dans la feuille de route énergie 2025-2035 des objectifs ciblés de consommation et de flexibilité.

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