Faut-il instaurer des quotas de filles dans les classes préparatoires scientifiques ?

Alors que la France peine à féminiser les carrières scientifiques, l’instauration de quotas en classes préparatoires pourrait être une mesure à effet rapide, et a priori efficace, sous certaines conditions. Les écoles d'ingénieurs pourraient suivre.

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Elèves ingénieurs
En 2023 en CPGE scientifique, moins d'un élève sur trois est une femme.

Début 2024, la directrice générale de la prestigieuse École Polytechnique Laura Chaubard estimait dans une interview aux Echos qu’il serait “légitime” d’instaurer des quotas de filles dans les classes préparatoires scientifiques. Même si pour l’heure, rien n’est acté, cette position avait déjà été soutenue par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Elle serait également à l'étude au ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche, selon les déclarations de la ministre Sylvie Retailleau lors d'une audition à l'Assemblée nationale en mai 2023.

En 2023, selon les chiffres publiés par la plateforme Parcoursup, le taux de mixité en CPGE scientifique atteignait les 31,5%. Il faut cependant souligner que les classes de MPSI (maths, physique, sciences de l'ingénieur) ne sont composées que d’environ 24% de femmes, alors qu'en BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre), elles représentent environ 68% des admis. Aucun objectif chiffré sur la part de filles, ni la segmentation par spécialité, n’a pour l’instant filtré, mais il pourrait s’aligner sur les 40% de la loi Copé-Zimmermann (le quota imposé dans les conseils d'administration des entreprises) selon la présidente de Polytechnique.

Cette discrimination positive permettrait de lutter contre la sous-représentation des femmes dans les carrières scientifiques, et ainsi de lever certains stéréotypes de genres qui pèsent encore lourdement sur la profession d’ingénieur. «Les jeunes femmes réussissent très bien au lycée, mais se censurent sur leurs capacités à poursuivre vers des études scientifiques», remarque Thomas Maurer, directeur de Centrale Lille. L’instauration de quotas leur prouverait qu’elles sont attendues dans ces filières, tout en leur assurant de ne pas se retrouver entourées quasi exclusivement d’hommes, comme c’est actuellement le cas dans certaines classes.

Parallèlement, «le niveau ne baissera pas, assure Joël Bianco, proviseur du lycée Louis-le-Grand et président de l'Association des proviseurs de lycées à classes préparatoires aux grandes écoles (APLCPGE). En plus des meilleures filles, nous garderons les meilleurs garçons, pour qui l’admission sera un peu plus sélective.»

Il faut un peu forcer les choses pour renverser le rapport de force

—  Joël Bianco, proviseur du lycée Louis Legrand et président de l'Association des proviseurs de lycées à classes préparatoires aux grandes écoles (APLCPGE)

Une solution directe

L’instauration de quotas fait évidemment débat, notamment sur le caractère égalitaire ou non d’une telle mesure. Reste qu’aujourd’hui, à l’heure où la France a besoin de plus en plus d’ingénieurs, et notamment d’ingénieures, la mixité dans les études scientifiques progresse très lentement. Des mesures plus volontaristes, et plus rapides semblent donc nécessaires : «les différentes actions de sensibilisation ont des effets qui mettent du temps à se traduire, explique Thomas Maurer, et nous avons besoin de solutions plus directes, qui permettront de mettre en place un cercle vertueux.» Interventions dans les écoles, les collèges, les lycées, campagnes d’informations, mise en valeur des rôles modèles… L’importance de ces dispositifs n’est pas à remettre en cause, mais «force est de constater que cela ne suffit pas, remarque Joël Bianco. Il faut un peu forcer les choses pour renverser le rapport de force, tout en conservant ces actions de sensibilisation en amont, qui sont indispensables».

De plus, si l’instauration de quotas pourrait être un bon signal, le suivi des élèves l’est tout autant : «Il faut d’abord bien sélectionner ces jeunes femmes, et s’assurer ensuite qu’elles restent dans la compétition : il ne faudrait pas qu'elles réussissent moins bien que leurs camarades masculins, au risque de renforcer le stéréotype», remarque Elyès Jouini, professeur à Université Paris Dauphine-PSL et directeur de la Chaire Femmes et Science.

Après les classes préparatoires, les écoles d'ingénieurs ?

Au delà des classes préparatoires, quid de quotas dans les écoles d'ingénieurs  ?  Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, lors de la présentation du budget au Sénat le 23 novembre 2023, affirmait : «la France se doit aussi de féminiser ses écoles d'ingénieurs : je suis pour les quotas dans ces écoles.» Il a déjà inscrit dans le contrat d'objectif et de moyens 2023-2027 des écoles de l'institut Mines-Telecom qui sont sous la tutelle de son ministère, une cible de recrutement de 30 % de jeunes femmes dans les cohortes d'élèves ingénieurs. Pour l'instant la CDEFI, la conférence des directeurs d'écoles d'ingénieurs ne s'est pas prononcée. Ni sur des quotas dans les classes préparatoires, encore moins au sein des écoles d'ingénieurs. La proposition ne fait visiblement pas consensus dans cette instance, qui préfère garder le silence. 

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