Est-ce enfin l’heure du cuivre? Les cours des derniers mois sur le LME, la place de marché londonienne des métaux qui fait référence, peuvent en donner l’impression. Fin mai, la tonne de cuivre livrée le jour même s’est négociée à un prix record, de près de 11 000 dollars. Début juillet, après une petite baisse en juin, les cours restent proches des 10 000 dollars. Bien loin des 8000 à 8500 dollars auxquels se négociait la tonne de métal rouge au second semestre de 2023.
15 000 dollars la tonne en 2025 pour Goldman Sachs
Cela a suffi pour susciter les passions, y compris spéculatives. En juin, l’entreprise canadienne Sprott a lancé un fonds de 100 millions de dollars pour acheter et stocker du cuivre pour le compte d’investisseurs. Un symbole du rôle de star de la transition énergétique de ce métal rouge conducteur d’électricité hors pair (il n’est battu dans le domaine que par l’argent) et auquel beaucoup prédisent un futur radieux. En mai, la puissante banque américaine Goldman Sachs – connue pour ses prédictions très, voire trop, optimistes sur le sujet – pariait ainsi sur des cours à 12 000 dollars la tonne en fin d’année, puis à 15 000 dollars en 2025 ! Encore plus ambitieux, le trader français Pierre Andurand, un nom bien connu dans le monde du pétrole, a fait du cuivre une nouvelle priorité et avance le chiffre de 40000 dollars la tonne dans les prochaines années !
Comment expliquer cet engouement ? «Les fondamentaux du cuivre sont solides», rappelle Yves Jegourel, professeur titulaire de la chaire économie des matières premières au CNAM et senior fellow au Policy center for the new south, à Rabat. Alors que les besoins sont voués à augmenter, la situation géologique n'est pas rassurante. «Les gisements majeurs de cuivre sont loin d’être fréquents et trouver du minerai est de plus en plus compliqué», explique le cofondateur de l’Institut CyclOpe. Un symbole : désormais, les industriels qui extraient du minerai de cuivre sont en situation de force par rapport aux fondeurs qui le transforment en métal, qui ont multiplié les usines pour cela en Chine, note l'expert. Des problèmes peuvent aussi émerger sur le plan social et environnemental, comme l'a rappelé le cas de la mine géante de Cobre Panama, dont l’arrêt imposé à l’entreprise First Quantum fin 2023, après d’importantes manifestations, est à l'origine des tensions sur le marché.
«Il y a beaucoup d’incertitudes»
Reste que la prédiction des prix est un exercice très controversé. Au-delà des effets spéculatifs forts sur le marché du cuivre, deux logiques s’entrechoquent et peuvent parfois jouer l'une contre l'autre, explique Yves Jegourel. «A court terme, le cuivre est porté par la transition énergétique et on peut attendre une dynamique haussière, mais à long terme, c’est la macroécomie chinoise qui joue.» La banque Citi, en ce sens, parie sur une hausse avec des cours à 12 000 dollars la tonne en 2025, qui seraient portés par des décisions fortes attendues lors de la troisième session pleinière du Parti communiste chinois, un événement quinquennal crucial dans la vie économique du pays, qui se tient cette année du 14 au 18 juillet.

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Bien plus conservateur, Fitch base ses notations sur un prix moyen de 8 600 dollars cette année, et de 8 400 dollars l’année prochaine. «La croissance exubérante des prix du cuivre n’est pas durable», argumente Angelina Valavina. Pour l’analyste spécialisée dans les métaux au sein de l’agence de notation britannique, la demande mondiale de cuivre est touchée par le ralentissement économique chinois et n’augmente que de 2 à 3% par an. Face à cela, «les plans des grands acteurs miniers, qui investissent dans le domaine, suffisent pour y répondre», au moins à court terme, juge-t-elle.
Argument supplémentaire : «le marché est très équilibré, avec des déficits ou des surplus de l’ordre de 100 000 tonnes – soit moins de 1% de la demande globale – prévus dans les années à venir», avance l’experte pour expliquer sa prudence. Bien sûr, «il y a beaucoup d’incertitudes» et une accélération de la transition énergétique pourrait faire gonfler les prix, car une mine de cuivre n'ouvre pas en un claquement de doigts reconnaît-elle. Mais des substitutions technologiques ou encore l’élection potentielle en novembre de Donald Trump – dont on peut attendre des décisions à l’encontre de la protection du climat – à la présidence des Etats-Unis, peuvent à l'inverse limiter la demande, souligne l'analyste.
Face aux contestations sociales des mines, aux risques politiques et aux évolutions technologiques, l'incertitude reste présente à plus long terme, même si les experts s'accordent sur le fait le cuivre manquera à la fin de la décennie. Aujourd'hui de l'ordre de 30 millions de tonnes, «la demande en cuivre devrait atteindre entre 39 et 44 millions de tonnes par an en 2035, avec un déficit de l'offre évalué entre 13 millions et 2,7 millions de tonnes manquantes sur le marché à cette date», chiffrait Christophe Poinssot, le directeur général délégué du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) à l'occasion d'une présentation lors du World Materials Forum (WMF), surnommé le "Davos des matériaux" qui s'est tenu à Paris le 11 juillet. Le premier cas de déficit est un "scénario extrême", qui peut être réduit via l'adoption de leviers de recyclage, de sobriété ou d'écoconception. En raison de l'investissement et du travail nécessaire pour obtenir des permis, «ouvrir une mine de cuivre est un très gros pari pour les entreprises minières», ajoutait Rebecca Gordon, directrice exécutive du cabinet CRU Consulting pour qui «le marché doit davantage signaler qu'il faut des nouvelles capacités et que la demande arrive». L'avertissement du monde minier est clair : l'atonie des prix en raison de dynamiques de court terme risque mettre en danger sa capacité à investir, et donc à répondre à des besoins futurs.



