L’entrée en vigueur progressive de la nouvelle réglementation environnementale RE2020, qui intègre l’ensemble du cycle de vie des matériaux de construction, ne profite pas qu'à de nouveaux matériaux particulièrement innovants. D'indémodables classiques tirent aussi leur épingle du jeu, comme la pierre de taille. C’est, du moins, la conviction de Marc Verrecchia, président du groupe Verrecchia. Créée en 1990 et basée à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), cette entreprise de 100 personnes opère en Ile-de-France, en Provence-Alpes Côte d’Azur et autour de Bordeaux (Gironde).
“La pierre de taille est passée du statut de matériau oublié à celui de matériau d’avenir. Elle offre une vraie climatisation naturelle grâce à son déphasage (le temps que met la chaleur pour pénétrer à l'intérieur d'un bâtiment, NDR) et sa forte inertie. Dans les trois régions où nous opérons, les matériaux sont extraits à moins de 100 kilomètres des chantiers. La pierre est réutilisable, y compris à un horizon de 100 ans. Depuis 32 ans, nous n’avons jamais ravalé un bâtiment à la façade en pierre de taille !”, aligne, entre autres arguments, Marc Verrechia.
Le confort d’été, nouvel argument
Le spécialiste met en avant les propriétés intrinsèques de la pierre, épaisse de 23 à 25 centimètres. Que ce soit pour la maçonnerie de mur double (en grès des Vosges), la pierre mince attachée (en pierre calcaire ferme de Bourgogne), les revêtements de voirie en pavés (en granit de Bretagne) et la maçonnerie de mur massif (pierre tendre du bassin parisien).
La pierre de taille protège notamment bien de la chaleur extérieure. “Avec du béton, la chaleur rentre dans une pièce en moyenne à partir de midi, et plutôt à partir de 17 heures avec la pierre de taille”, indique Marc Verrecchia. Le dirigeant évacue par ailleurs les questions liées à l’impact de l’exploitation des carrières. “Nous avons toutefois besoin de peu d’énergie grise pour extraire, et nous coupons ‘à sec’, sans eau ou alors avec de l’eau recyclée en permanence”, explique-il. Le groupe n’est pas exploitant de carrières, mais possède des parts dans plusieurs exploitations.
Un surcoût limité
Au regard des exigences de la réglementation thermique RT2012, le surcoût d’un bâtiment d’habitation en pierre de taille est estimé à 15% par rapport à une construction classique en béton ; par rapport à la RE2020, 5% de plus ; et à des niveaux similaires, voire moindres, lorsque les seuils réglementaires applicables à partir de 2030 entreront en vigueur.
“Les clients sont prêts à payer de 3% à 5% de plus par rapport à des immeubles béton classiques pour les avantages de la pierre de taille, dont la pérennité”, assure le chef d’entreprise, qui indique souhaiter rester proche du prix des logements traditionnels, quitte à perdre un point de marge. Il en veut pour preuve sa réussite en Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus pauvres de France. Les conséquences du contexte économique actuel ne semblent guère l’affecter. “Nous n’avons pas d’inflation de prix exponentielle, puisque la matière première est française. En région parisienne, la pierre est extraite à moins de 40 kilomètres de certains chantiers. Les coûts de transport sont toutefois orientés à la hausse.”
Ces dernières années, la plus grosse difficulté a consisté, selon lui, à convaincre les maires de la bonne tenue, dans le temps, de la pierre. Les immeubles sont constitués de béton, de planchers béton ou bois-béton, et de pierre en façade. Des éléments de protection, tels que des couvertines en aluminium ou du zinc, sont ajoutés sur certains éléments.
Le bois, nouvel allié “bas carbone”
Prochaine étape pour Verrecchia, l'intégration de la pierre dans un univers multi-matériaux. Le groupe a ainsi entamé une collaboration avec l’entreprise Mathis, spécialisée dans la construction bois, “afin d’être encore meilleurs que les futurs seuils environnementaux.” Dans son fief de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), un immeuble de 28 500 mètres carrés regroupant des logements, des équipements publics et des commerces, conçu par l’architecte Jean-Michel Wilmotte et le bureau d’études de Franck Boutté, grand prix de l’urbanisme 2022, est ainsi en chantier. Pierre de taille à l’extérieur et structure intérieure en bois vont caractériser cet ouvrage dont les points les plus hauts s’élèveront à 49,9 mètres. L’Office du tourisme de Versailles (Yvelines) bénéficiera, lui aussi, d’un bâtiment construit sur le même principe.
Une cellule de recherche sur les matériaux a également été créée en interne. Des capteurs ont été installés dans des appartements pour mesurer l’effet de l’addition des matériaux en matière de bien-être et d’économies d’énergie. Pierre de taille, bois, chanvre, fibre d’herbe et mélange coton-lin-chanvre sont ainsi passés au crible. Un prisme environnemental qui doit aussi permettre aux jeunes générations de s’investir dans le secteur du bâtiment : via son fonds de dotation, le groupe Verrecchia finance la formation d’une trentaine de jeunes par an, chez les Compagnons du Devoir, pour des postes de tailleurs de pierre.



