Enquête

Face au risque incendie, de nouveaux réflexes à adopter pour les industriels

Les sinistres survenus chez Lubrizol et OVH ont rappelé aux industriels la nécessité de renforcer la sécurité incendie de leurs usines. Passage en revue des nouvelles pratiques à adopter.

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OVH à Strasbourg après l’incendie du 10 mars 2021. Depuis, un plan sécurité de 30 millions d’euros a été adopté.

Faire preuve «d’hyperrésilience», tel est le nouveau leitmotiv d’OVHcloud. Pas étonnant quand on sait que 70 % des entreprises disparaissent dans l’année qui suit un sinistre majeur lié à un incendie. Pour le géant de l’hébergement informatique, l’enjeu consiste à rassurer ses clients (1,6 million dans plus de 140 pays) sur sa capacité à protéger leurs données. Inauguré début septembre, le nouveau datacenter de Strasbourg (Bas-Rhin) se veut un modèle du genre, avec des salles isolées dont les maçonneries doivent offrir une résistance au feu de deux heures. Les structures contenant les batteries, les générateurs et les transformateurs ont été déportées à l’extérieur du bâtiment. Les données brutes seront sauvegardées dans un autre datacenter.

Des mesures prises à la suite du déclenchement par l’hébergeur d’un plan sécurité de 30 millions d’euros, après l’incendie de son site strasbourgeois en mars 2021, au cours duquel 120 000 services numériques avaient été interrompus, affectant 65 000 clients. Plus de 33 millions d’euros avaient été consacrés au dédommagement des clients lésés.

Si cette nouvelle génération de data centers concerne seulement OVHcloud – dont la conception des infrastructures diffère de celle de ses concurrents – d’autres secteurs sont soumis à un renforcement des règles de prévention décidées par le législateur, à l’instar de la chimie. Un nouvel arsenal de mesures décidé en réaction au sinistre intervenu en 2019 à l’usine Lubrizol de Rouen (Seine-Maritime). Sur ce site classé Seveso, 10 000 tonnes de produits chimiques avaient brûlé, dont un peu moins de la moitié chez un prestataire logistique voisin. «Sans ces produits présents ensemble, l’incendie n’aurait pas été de cette ampleur, précise Gaëlle Dussin, l’experte en sécurité des sites de la fédération professionnelle France Chimie. Disposer d’un état des stocks permet de couvrir l’intégralité des matières présentes sur un même site et d'évaluer le potentiel complet de danger, une aide précieuse pour les pompiers.»

Intégrer les services de secours

Cartographier les risques, accroître la fréquence des exercices… Autant de mesures qui peuvent être prises durant l’exploitation de sites industriels, mais qui ne suffisent pas forcément à contrer le danger. Soumise à une forte sinistralité (les incendies représentent 56% des accidents dans le secteur), l’industrie papetière doit renforcer ses mesures de prévention émanant non pas du législateur, mais des assureurs. «Il y a un accroissement des clauses contractuelles dans les polices d’assurance, à la suite d’une hausse de la sinistralité, ainsi que des difficultés liées à l’équilibre des compagnies», observe Nicolas Gelée, le responsable du département prévention de Verspieren. Ce courtier en assurances compte de nombreux clients dans le packaging.

Les défaillances matérielles y représentent 46 % des causes d’incendie, devant les manquements humains (25 %). Éloignement des palettes et des bennes d’au moins dix mètres des zones de production, formation d’environ un quart de l'effectif chaque année aux moyens d’extinction et réalisation d’études des atmosphères explosives sont recommandés par les experts de Verspieren. Des contrats Responsabilité civile «atteinte à l’environnement» peuvent aussi être souscrits car 42 % des accidents de l’industrie du papier-carton concernent des rejets de produits dangereux. Le risque incendie doit aussi être pris en compte lors de la conception d’un bâtiment. «La réglementation impose des règles de stabilité au feu, avec des valeurs selon la nature de l’exploitation. Il faut isoler les bâtiments, les locaux, et définir la nature des risques en fonction de cette nature», décrit Mehdi Hedidar, le directeur technique au cabinet de conseil BTP Consultants.

Une démarche adoptée par David Roussier, le directeur général de la distillerie Warenghem, à Lannion (Côtes-d’Armor). Connue pour son whisky Armorik, l’entreprise (25 personnes, 2 000 hectolitres d’alcool pur par an) a fait construire, en 2018, un bâtiment constitué de deux chais. Sa conception a nécessité deux ans de travail. Informés du projet dès son origine, les pompiers locaux ont échangé avec leurs homologues de la région de Cognac (Charente), riches d’une expérience plus forte en la matière, et un cabinet d’architectes ayant déjà travaillé sur des projets similaires a été sélectionné. La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement a été mise dans la boucle. «Le liquide présente un risque important. Il peut s’enflammer rapidement», explique David Roussier. Les murs sont en béton cellulaire, sans structure métallique comme auparavant. Des cloisons coupe-feu de quatre heures ont été installées, ainsi qu’une réserve de mousse, d'eau et un étouffoir, qui ont doublé le coût du bâtiment. Une règle demeure, «en cas d’alerte, tout le monde doit sortir. Le stock peut brûler, mais il faut sécuriser les équipes.»

Un principe inscrit dans le code du travail. «Il faut s’assurer que l’évacuation se fasse dans des conditions maximales de sécurité. Il s’agit d’une obligation de résultat, avec les moyens que vous souhaitez. Cela se déploie avec des largeurs de dégagements en fonction du nombre de personnes amenées à les utiliser», rappelle Benoît Sallé, expert d’assistance-conseil en incendie-explosion à l’Institut national de recherche et de sécurité. Des équipements de désenfumage peuvent aussi être installés. Les trappes de toit s’adaptent désormais à la sobriété énergétique. «On peut piloter une usine en ventilation naturelle, tout en respectant la réglementation incendie», souligne Jean-Marie Caous, le directeur technique de Bluetek, un fabricant spécialisé. De surcroît, des produits permettent de s’adapter à la nouvelle réglementation environnementale RE2020. Exemple avec des dômes équipés de brise-soleil, pour bénéficier d’un bon compromis entre l’apport de lumière et la chaleur en été. Un argument de plus pour moderniser ses équipements. 

Dans la chimie, un nouveau cadre réglementaire

Renforcer la maîtrise du risque incendie, mieux gérer les accidents, disposer d’une meilleure information du public et de l’administration sur les matières stockées et renforcer la coopération entre établissements voisins, tels sont les objectifs poursuivis par les nouvelles dispositions réglementaires post-Lubrizol. Des mesures en vigueur depuis le début de l’année 2021, avec des échéances jusqu’en 2027. La conception des rétentions des liquides a été redimensionnée. La détection incendie est désormais obligatoire en extérieur, en plus des lieux fermés. Les composés émis en cas d’incendie doivent, eux, préalablement être listés. Une grille d’analyse de leurs risques doit être disponible. Pour accompagner les industriels, France Chimie a notamment conçu une plateforme d’e-learning. #

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3712 - Novembre 2022

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