Face à la multiplication des épidémies, trois labos sur les rangs pour vacciner les cheptels français

Les épidémies se suivent ces derniers mois, la maladie dite de la langue bleue a suivi l'épisode de grippe aviaire pour s’attaquer aux cheptels français de bovins et surtout d’ovins. Trois laboratoires européens sont sur les rangs pour livrer des millions de doses.

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CZV
Le laboratoire espagnol CZV est sur les rangs pour fournir des doses au cheptel bovin.

Un Français, un Allemand et un Espagnol. Voilà la nationalité des laboratoires qui fournissent des doses face aux trois principales épidémies qui s’abattent sur les élevages nationaux. Parmi elles l'on compte la maladie dite de la langue bleue ou fièvre catarrhale (FCO) de sérotype 3 et de sérotype 8 pour les ovins et les bovins, l’influenza aviaire pour les volailles, canards en premier lieu, sans oublier la MHE (Maladie hémorragique épizootique). Cette dernière a défrayé la chronique ces derniers mois, ciblant là encore les vaches, pour qui la rentrée rime avec arrivée du vaccin.

Céva, le représentant français

Car qui dit maladies qui afflux de doses. Céva Santé animale, le héraut national de l’histoire, va continuer à fournir 44% des doses pour l’influenza aviaire, d’après les résultats du dernier appel d’offre achevé fin août. Le laboratoire, qui réalise plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, se présente comme le numéro 2 mondial de la vaccination des volailles. Les doses de vaccins contre l’influenza sont produites à Libourne (Gironde), avec un adjuvant acheminé depuis l’Allemagne.

S’il ne s’est pas positionné sur la fièvre catarrhale, historiquement la chasse gardée de certains concurrents, Céva commence à fournir les premières doses de son remède à la MHE en ce mois de septembre. Pour la maladie de la langue bleue justement, c’est le laboratoire espagnol CZ Vaccines qui a été chargé de fournir 4 millions de doses de son Bluevac au cheptel bovin. Elles sont produites en Espagne, du côté de O Porriño, qui se trouve aussi être le siège social du groupe au sud de Saint-Jacques de Compostelle.

Boehringer sur tous les tableaux

Le reste des sérums injectés aux animaux des élevages nationaux revient au laboratoire allemand Boehringer Ingelheim. Ce géant à plus de 25 milliards d'euros de chiffre d'affaires, est connu en France pour avoir repris en 2017 Merial, la division santé animale de Sanofi. À l’époque déjà, les principaux laboratoires au niveau mondial se délestaient de leurs activités les moins rentables, se recentrant notamment sur les médicaments innovants à destination de l’homme. Boehringer en avait alors profité pour se consolider sur ce segment entre santé humaine et santé animale. 

L’Allemand produit à la fois 56% des doses destinées aux volailles françaises (grâce à une usine située au Mexique), mais aussi plusieurs centaines de milliers de doses du sérum Bultavo3 (via un sous-traitant en République tchèque). Ce produit vise à protéger le cheptel ovin de la fièvre catarrhale. Ce vaccin est particulièrement critique. Matthieu Mourou, porte-parole de l’ordre national des vétérinaires, rapporte que le taux de mortalité sur les moutons en Belgique et aux Pays-Bas, pays européens d’où s’est propagé l’épidémie, était de l’ordre de 10% avant la vaccination. Le laboratoire souligne toutefois qu’il dispose de quatre sites de production en France, qui exportent les trois quarts de ce qu’ils produisent.

Des doses disponibles sur le terrain

Quant au terrain, les doses y semblent trouver le chemin des élevages sans encombre. L’impulsion donnée par l’État français donne de la visibilité aux industriels. Ainsi, les autorités sont impliquées dans le financement des campagnes de vaccination : Pour l’épidémie de la langue bleue, la vaccination est prise en charge dans les six régions où la maladie est la plus répandue. La délivrance rapide des fameuses «AMM», les autorisations – temporaires – de mise sur le marché, a fait le reste, comme le souligne José Ramon de Jesus, directeur commercial chez CZ Vaccines. Résultat, «Il faut entre 24 et 72H pour recevoir les vaccins», remonte Matthieu Mourou.

Si le démarrage de la campagne de vaccination des cheptels bovins et ovins a pu être compliquée, en raison de l’afflux de commandes en pleine période de congés cet été, les trois laboratoires indiquent n’ont pas plus de problèmes à fournir les quantités de doses. «C’est un enjeu de planification, pas de capacité intrinsèque : pour commander les intrants, il faut respecter certains délais qui ne sont pas ceux des appels d’offres, résume Sylvain Comte, responsable marketing «volaille» chez Céva santé animale. Nous devons être capables de produire des millions de doses subitement. Nous construisons désormais des stocks pour répondre à ces demandes ponctuelles.» Le laboratoire français ne cache pas que les premiers mois de production ont été compliqués.

Les laboratoires apprennent à Anticiper les besoins du marché

Chez Boehringer au contraire, on indique qu’une planification bien orchestrée de la production a permis d’éviter les goulets. «Nous avons pris le pari de commencer la production des vaccins contre la FCO de sérotype 3 avant même l’autorisation temporaire de mise sur le marché, explique Arnaud Bolon, responsable technique «ruminants». L’épidémie est arrivée en septembre 2023. Dès le mois de mai, nous avions des vaccins sur le terrain. Il y a un savoir-faire, car certes ces vaccins inactivés ne sont pas révolutionnaires d’un point de vue technique, mais il fallait les adapter à ce nouveau sérotype.»

En effet, la fièvre catarrhale est une maladie connue depuis le début des années 2000. Si plus de 30 sérotypes circulent dans le monde, le numéro 8 dominait la classe jusqu’alors : il a fallu adapter les vaccins au sérotype 3 désormais présent en Europe. À noter que Boehringer rapatrie une partie de la production de son vaccin dédié au sérotype 8, jusque-là effectuée aux États-Unis, en France.

Des épidémies à la pelle?

Reste maintenant à savoir si les laboratoires devront augmenter leurs capacités à l’avenir au cas où le nombre de maladies devenait plus important. Les professionnels notent que l’influenza et la fièvre catarrhale sont connues depuis longtemps. «Intensification de l’élevage fait que les maladies routinières n’ont pas tendance à disparaitre, souligne Sylvain Comte. On voit apparaitre un nombre croissant de maladies émergentes, ce qui est aussi lié à l’amélioration des outils de détection.» Autre facteur qui plaide en faveur d’une plus grande occurrence de ces maladies, «l'intensification des échanges entre humains et animaux», pointe Thomas Delquigny, responsable aviaire chez Boehringer. 

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