Face à la grande distribution, producteurs de pommes et industriels de la compote font front commun

Face à une baisse de 18 % de la production française de pommes, les transformateurs de fruits, soutenus par les producteurs, souhaitent faire passer leurs hausses tarifaires auprès des distributeurs.

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Compote de pommes
Les prix de la compote de pommes pourraient légèrement augmenter.

Les Français sont les plus gros consommateurs européens de compotes. Une spécificité que ne manquent pas de rappeler les producteurs, engagés dans un bras de fer avec les centrales d’achat de la grande distribution, à l’occasion des négociations commerciales. Leur souhait : répercuter des hausses tarifaires consécutives à une progression des prix des pommes (jusqu’à 60 % pour la variété Golden et 50 % pour les pommes bicolores sur la période septembre-octobre-novembre par rapport à la moyenne à dix ans).

"Il faudrait a minima que les distributeurs acceptent la hausse de cette matière première, qui représenterait environ 100 euros par tonne, soit 10 centimes du kg ou 1,5 sur une gourde de compotes ou 5 centimes sur un pack de quatre produits", estime Josselin Saint-Raymond, directeur de l’Association nationale pommes-poires (ANPP).

"Les consommateurs français veulent des produits origine France. Les distributeurs ont joué le jeu pendant la crise sanitaire en mettant en avant des produits locaux. A eux de poursuivre l’effort", estime, dans le même élan, Christian Divin, président de la Fédération des industries des aliments conservés.

Un manque de pommes françaises

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En cause, une baisse de 18 % de la production française de pommes, à 1 361 000 tonnes de pommes. Il s’agit de la deuxième plus faible récolte de la décennie. "Il y a une alternance naturelle du verger : après une année forte de production, il y a toujours une année plus faible, mais l’absence de froid à l’hiver 2019-2020 ainsi qu’une sécheresse et une canicule à l’été 2020 ont affecté le développement des fruits. Cela a toutefois permis d’avoir une qualité gustative exceptionnelle pour la pomme fraiche", commente Josselin Saint-Raymond.

L’enjeu dépasse les seuls producteurs de fruits : les compotes représentent 67 % du chiffre d’affaires des transformateurs (1,3 milliard d’euros au total), devant les confitures et marmelades (26 %) et les fruits en conserves (7 %). 574 000 tonnes de fruits transformés sont vendus par an. 50 % du marché de la compote (800 millions d’euros de ventes en grandes et moyennes surfaces, et 200 millions d’euros en restauration hors-foyer) est réalisé avec des recettes 100 % pommes, le solde étant représenté par des compotes dont les recettes sont à hauteur de 80 % de pommes en mélanges.

82 % des pommes françaises sont habituellement vendues sur le marché frais, et 18 % des pommes sont écartées et transformées en compotes ou en jus. "Il y a une disponibilité de 175 000 tonnes qualité compotes, là où il en faudrait 200 000", poursuit le directeur de l’ANPP. Les transformateurs importent pour leur part 15 % de pommes par an, selon les campagnes – un chiffre pourrait passer jusqu’à 25% ou 30%. Pour les industriels, la Pologne constitue la première source d’approvisionnement à l’international. Un pays dont la production s’est accrue de 500 000 tonnes cette année, tandis que les récoltes ont diminué en Europe de l’Ouest.

Le bio, prochain chantier

Dans ce contexte, producteurs et industriels français, qui souhaitent désormais parler d’une même voix, appellent à veiller à la bonne santé de la filière. "Il est nécessaire de développer une filière française performante d’approvisionnement de pommes. Nous utilisons des écarts de tri, notamment hors-calibres ou visuellement moins intéressants) pour valoriser la totalité des pommes d’un verger", rappelle Christian Divin.

Cette politique en faveur du Made in France permettrait, selon les industriels, d’augmenter la part du bio (10 % des volumes produits actuellement, une part qui a doublé en cinq ans) en finançant les investissements nécessaires. Autre cheval de bataille, côté producteurs : la mise en avant systématique de l’origine sur les emballages.

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