Face à la chute de la consommation de lait bio, les producteurs français se diversifient

Les industriels du secteur sont dans l'obligation de se réinventer face à la baisse de la consommation de lait bio. Leur stratégie passe notamment par la montée en gamme et la diversification de leur offre. 

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Les producteurs de lait bio se mobilisent face à la baisse de la consommation.

-10% pour le lait liquide, -5% sur les fromages, -4% sur les yaourts, -5% sur le beurre, -12% sur la crème...Depuis le début de l'année, les chiffres de la consommation de produits laitiers bio sèment la panique chez les producteurs de lait bio. Après des années de croissance à deux chiffres, la consommation semble marquer le pas depuis quelques mois.

« Les volumes de laits conditionnés et yaourts bio vendus seraient même repassés en dessous des volumes écoulés au premier semestre 2019 », note l'institut de l'élevage (Idele) dans son bulletin mensuel de septembre 2021.

Ralentir la production

La situation est d'autant plus tendue qu'en parallèle, la production de lait bio continue d'augmenter. « La collecte atteint désormais 1,1 million de litres de lait, avec 4 000 producteurs et 240 000 têtes, soit 7% du cheptel français », rappelle Antoine Auvray, économiste au CNIEL (Centre national interprofessionnel de l'économie laitière).

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Conséquence des conversions entamées par les agriculteurs en 2019 : 250 000 nouveaux litres de lait bio supplémentaires sont attendus sur le marché. « C'est l'équivalent de la production annuelle de notre coopérative qui va arriver sur notre marché entre 2021-2023 », constate Sébastien Courtois, administrateur chez Sodiaal.

De quoi faire craindre aux industriels une dévalorisation de leur production. Face à ce risque, nombreuses sont les entreprises, à l'image de Sodiaal, à refuser les toutes nouvelles conversions en bio. « L'objectif est d'attendre que le marché se rééquilibre pour qu'il puisse absorber les nouvelles en attendant la reprise de la consommation », confirme le responsable de la première coopérative laitière française.

Nouveaux relais de croissance

Au-delà de la question de la production, les industriels laitiers travaillent sur la question des débouchés. Objectif : proposer de nouvelles opportunités aux producteurs de lait bio en diversifiant les produits dans lesquels il peut être incorporé. « Jusqu'à présent, l'essentiel de la production de lait bio passait dans le lait et l'ultra-frais », observe Antoine Auvray.

Chez Sodiaal, 80% de la production est valorisée dans le lait. « Il nous faut développer notre offre sur d'autres marchés », valide Sébastien Courtois. Parmi les pistes de réflexion : l'augmentation de l'offre de fromages bio ou encore celles de poudres de lait infantile. « Ces segments peuvent représenter des relais de croissance pour nos producteurs » veut croire le dirigeant.

Une stratégie que les bons résultats de la petite coopérative Biochamps, en Ariège, semblent valider. Avec un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros, cette dernière s'est diversifiée dans les yaourts et les produits à base de lait végétaux et de chèvres. « Cela nous permet de nous différencier des offres de la grande distribution et de tirer notre épingle du jeu », se félicite Thierry Renard, cogérant de la structure aux 45 salariés.

Inventer le bio d'après

Bonne rémunération des producteurs, respect du bien-être animal...Pour se démarquer des produits bio vendus dans la grande distribution, les entreprises sont également de plus en plus nombreuses à afficher leurs engagements sociétaux. « Pour exister, nous devons imaginer la bio d'après », confie Thierry Renard, dont l'entreprise s'est engagée sur la voix du commerce équitable et celle de la transformation douce, c'est-à-dire sans homogénéisation, microfiltration ou congélation du lait.

« Cela a nécessité un investissement de 25% supplémentaire, et une adaptation de notre organisation industrielle. Mais cela nous permet de nous adresser directement aux besoins des consommateurs pour des produits plus sains et plus de transparence », justifie le gérant.

De son côté, Sodiaal, vient de lancer le cahier des charges « le bio pré de vous » avec des engagements sur la période de pâturage, sur l'origine de l'alimentation animale et sur le bien-être animal. « Nous souhaitons aller plus loin que le cahier des charges européen du bio », explique Sébastien Courtois. Reste à savoir si cela sera suffisant pour recréer de la valeur dans la filière.

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