Reportage

Les ingrédients du fabricant de produits laitiers Triballat-Rians pour réussir sa transition écologique

L'ETI familiale Triballat-Rians, connue pour ses faisselles et ses desserts vient de lancer le programme "laiterie familiale engagée". L'objectif ? Embarquer toutes ses parties prenantes dans la transition écologique grâce à la mise en place d'indicateurs clefs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, améliorer le bien être animal et les conditions de travail des salariés.  Reportage.

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L'atelier de chèvres affinés de la laiterie Triballat Rians

Du regard, Anne Sophie Desreaux cherche ses quatre vaches Jersiaises. "Nous les avons achetés récemment parce qu’elles produisent du lait de meilleure qualité, avec plus de matières grasses" explique l’agricultrice d’une trentaine d’années. Installés à Menetour Ratel, en plein cœur du Berry, Anne Sophie Desreaux et son mari sont à la tête d’un troupeau d’une cinquantaine de têtes. "Cela peut sembler peu, mais c’est notre choix", se défend le couple qui a repris l’exploitation familiale en 2011. Au total, 400 000 litres de lait sont produits annuellement sur la ferme. "Nous vendons la totalité à Triballat- Rians" précise Anne Sophie Desreaux. Comme la majorité des 450 autres agriculteurs, essentiellement située entre la Nièvre et le Cher, le couple travaille avec l’ETI berrichone depuis plusieurs générations. L'entreprise, qui réalise un chiffre d'affaires de 280 millions d'euros, transforme 100 millions de litres de vache par an et 50 millions de litres de chèvre.

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Anne Sophie Desraux dans son étable Anne Sophie Desraux dans son étable

"La force de notre modèle, c’est d’avoir des agriculteurs fidèles et impliqués", se félicite Dominique Vernaux, responsable de l’amont agricole de l’entreprise. Pas étonnant, dès lors, que le plan de transition écologique de Rians-Triballat s’appuie pour grande part sur ce réseau d’agriculteurs. Au sein du groupe de travail "laiterie familiale engagée" créée en 2020 pour soutenir les différents projets de l’entreprise en matière de RSE, deux agriculteurs sont d’ailleurs présents. "Pour que cette transformation soit cohérente, nous avons à cœur d’embarquer toutes nos parties prenantes" ,se défend Hugues Triballat, le PDG de l’entreprise et héritier de la famille fondatrice.

Le projet, dont l’un des objectifs est de réduire de 15% les émissions de gaz à effet de serre après une réduction de 51% déjà réalisée depuis 2006, se base notamment sur une adaptation des pratiques de l’élevage.  "Nous nous sommes fixés des indicateurs clairs comme l’alimentation française des animaux pour supprimer les importations notamment de soja étranger, ou un travail sur la longévité de vie des animaux", détaille Dominique Vernaux. Si le premier critère n’inquiète pas le couple Desreaux, qui est totalement autonome sur son exploitation grâce notamment à la production de foin, le deuxième indicateur reste encore à travailler. Pour cela, les agriculteurs comptent notamment sur des formations dispensées par Triballat Rians comme celle dédiée à l’éthologie. 

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Le troupeau de vaches de l'exploitation Triballat-Rians Le troupeau de vaches de l'exploitation Triballat-Rians

"Certaines exploitations sont moins avancées, mais l’objectif de ce programme est de nous adresser à tout le monde et de proposer des solutions adaptées à la réalité de chacun de nos éleveurs", explique Hugues Triballat. Ainsi, si l’agroforesterie est un des indicateurs pris en compte dans le plan "laiterie familiale engagée", l’application de ce critère dépendra aussi de la localisation de l’exploitation. "Il faut avant tout être cohérent" ,ajoute Dominique Vernaux "c’est pour ça que nous nous fixons des objectifs sur le temps long pour pouvoir intégrer tous nos partenaires".

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Un audit sera réalisé tous les deux ans dans l’ensemble des fermes pour vérifier l’état d’avancement des progrès. En parallèle, les émissions carbone de chacune des fermes seront évaluées via le label Cap 2ER. L'ensemble des éléments donnera une note sur 100,  "l’objectif est que l’ensemble des fermes partenaires obtiennent plus de 85 d’ici à 2030" précise Dominique Vernaux.

Si les agriculteurs sont au cœur du projet de Triballat-Rians, ils ne sont pas les seuls impliqués. L’outil industriel bénéficie également de modernisation. Dans l’atelier de "chèvres affiné", l’un des plus grands du groupe d’où sortent notamment les fameux chavignol, l’approvisionnement en énergie est assuré à 70% par des énergies renouvelables. "Nous avons également été l’une des premières entreprises à installer, dès 2009, une chaudière biomasse sur le site", s'enthousiasme Hugues Triballat, "elle nous a déjà permis de baisser de 85% notre consommation de gaz naturel." 

L'atelier "chèvre affiné" de l'entreprise Triballat-RiansTriballat Rians
L'atelier "chèvre affiné" de l'entreprise Triballat-Rians L'atelier "chèvre affiné" de l'entreprise Triballat-Rians

Coté emballages, l'entreprise s'est fixé pour objectif de réduire sa consommation de plastique de 250 tonnes d'ici à 2030. Pour cela, elle mise notamment sur les emballages en bois, couramment utilisés pour le fromage. "Nous allons passer à 100% d’emballages en bois ou en papier certifié FSC-PEFC d’ici 2025 de manière à atteindre les 100% d’emballages recyclables", détaille Hugues Triballat.

D'autres engagements comme la réduction de la liste des ingrédients des desserts, l'approvisionnement avec des œufs plein air dès 2025, le passage à 100% de biocarburants pour sa flotte de camions dans les quatre ans, viennent compléter l'arsenal mis en place par Triballat Rians pour atteindre ses objectifs.

Des mesures qui nécessitent des investissements. Peu habitué à communiquer, le dirigeant se fait timide sur le sujet. "Être une entreprise au capital 100% détenu par la famille nous aide à prendre ce genre d'engagements", glisse, tout de même, Hugues Triballat. Une situation qui permet, sur les questions de RSE, à l'ETI berrichonne de tenir la dragée haute aux géants de l'agroalimentaire comme Danone et Nestlé. 

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