Plus de deux mois après la décision du tribunal de commerce de Lyon – préférant l’offre du groupe chinois Wanhua, via sa filiale hongroise BorsodChem, à la proposition des salariés – pour la reprise de la plateforme chimique de Vencorex (Isère), un nouveau projet baptisé « Exalia » a été mis sur la table. L’entrepreneur grenoblois Olivier Six, aux côtés d'investisseurs locaux et d'acteurs du territoire – les mêmes acteurs à l’origine de la première proposition avortée – remontent sur le ring. « Nous n’allons pas seulement redémarrer l’usine, mais en faire l’une des usines les plus modernes, les plus efficientes, et les plus décarbonées d’Europe », clame Olivier Six, p-dg d’Orio.
« Dès janvier 2025, nous sommes entrés en contact avec Olivier Six pour travailler sur la première proposition de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), faute de réponse satisfaisante de la part des industriels et de l'État », explique Séverine Dejoux, déléguée CGT chez Vencorex. « Puis nous avons continué à travailler en petit comité, en lien avec une cinquantaine d’anciens salariés impliqués dans la première proposition. »
Remise en service, modernisation et sécurisation des approvisonnements
Concernant la reprise du chimiste isérois Vencorex par BorsodChem, pour un prix de cession de 1,2 millions d'euros auquel s’ajoute une enveloppe de 19 M€ d’investissement sur le site d’ici à 2027, seulement 54 emplois, en lien avec l’activité tolonates, éléments chimiques nécessaires à la fabrication de peintures et de vernis, sur les 450 que comptait le site, avaient été conservés. La transformation du sel en chlore, soude, hydrogène et sel ultra-purifié, en cours sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix depuis 1897, ont été arrêtées à la suite du dépôt de bilan de Vencorex en septembre 2024.
Par le biais d’un regroupement de sociétés majoritairement détenues par le groupe industriel grenoblois Orio Industrie, l’ambition première sera de relancer « le cœur de la chimie grenobloise, le chlore, la soude, et l’acide chlorhydrique, avec le sel des mines de Hauterives », précise Olivier Six. « Le redémarrage de la plateforme est prévu d’ici à septembre 2027, l’idée sera de profiter des deux années d’arrêt pour moderniser les outils de production. » Les mots d’ordre : remise en service, modernisation et sécurisation. Le plan prévoit notamment la construction d’une nouvelle unité de compression du chlore à très haut rendement ou encore la remise en état et la modernisation du saumoduc, pipeline de 83 km reliant Hauterives à Pont-de-Claix servant à l’approvisionnement en sel.

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Le projet prévoit la reprise des actifs industriels non cédés à BorsodChem. Séverine Dejoux précise que « la plateforme chimique de Pont-de-Claix fait l’objet de discussion avec le liquidateur pour la cession ». En ce qui concerne la saline de Hauterives, détenue par société Chloralp, filiale de Vencorex, qui possède aussi le saumoduc, des négociations sont en cours dans l’optique d’un transfert de titres.
Pour mener à bien le projet de remise en service/modernisation – qui se déroulera en trois phases – l’opération nécessitera dans un premier temps un investissement de 60 M€ dans les deux ans. Un tiers proviendra du groupe Orio et de fonds d’industriels régionaux, un tiers d’emprunts et un tiers de subventions. « Nous avons déjà eu des engagements de principe de collectivités et de la Région et nous souhaitons nous appuyer sur des dispositifs prévus par l’État pour la décarbonation des sites industriels », précise Olivier Six. Au fur et à mesure des deux années de travaux, le projet prévoit 250 emplois directs et indirects d’ici à 2027. « Nous ne sauverons pas notre industrie grenobloise en s’occupant de la désindustrialisation tout seul », déclare Christophe Ferrari, président de la métropole de Grenoble, qui interpelle régulièrement sur une aide concrète à apporter sur le dossier Vencorex.
Penser la chimie du futur
Cependant, la production de chlore et de soude reste difficile en Europe. Selon les données de l’association Euro Chlor, branche du Cefic qui suit l’évolution de ces deux composés chimiques, les taux de capacité dans les usines ont oscillé entre 65 % et 75 % sur les trois premiers mois de l’année, des taux à peine meilleurs que l’année précédente, avec des coûts fixes qui, eux, continuent de grimper. « Nous redévelopperons une industrie électro-intensive en nous déchargeant des normes, en particulier sur les énergies. Les instances politiques ne doivent plus penser à l’industrie lourde et électro-intensive comme une industrie qui fonctionnerait en vase clos sur le sol européen, mais comme à des secteurs d’activités en proie aux marchés mondiaux », explique Olivier Six. Si la concurrence étrangère tend à asphyxier l’industrie chimique ces derniers temps, l’entrepreneur grenoblois mise sur une production, en premier lieu limitée, à destination d’un marché régional du sud de la France, voire du sud de l’Europe.
« Sur la partie soude, en s’adressant à des marchés locaux, nous devrions éviter d’être impactés par la concurrence en provenance des marchés chinois, en destinant notre production principalement au traitement des eaux et aux filières alimentaires », détaille Olivier Six. « Sur le chlore, nous nous adressons aussi principalement à des clients locaux – Framatome en premier lieu – avec des quantités plutôt limitées. » Pour la première étape, l’activité restera focalisée sur la vente de sel, de soude et de chlore, avec des installations à 60 % de leur capacité.
« Même si nous nous trouvons dans le bas du cycle aujourd’hui, il ne faut pas se limiter à la situation de 2025, catastrophique pour l’industrie chimique, pour présager de l’avenir de la filière, sinon, on peut fermer d’ores et déjà un grand nombre d’usines. Il faut mettre en place dès aujourd’hui une chimie d’avenir plus décarbonée, pour soutenir notamment la future reprise de certaines industries comme le bâtiment », détaille Olivier Six. La visite du ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, sur la plateforme de Pont-de-Claix fin juin ou le récent plan de la Commission pour sauver la chimie européenne sont de « bons signaux » pour l’entrepreneur grenoblois, qui espère maintenant voir les mots se concrétiser par des actes.



