Ce sont près de 154 postes sur les 344 de son site de Jarrie, en Isère, que le chimiste de spécialité français Arkema prévoit de supprimer, d’ici à la fin 2025. Seront arrêtées les unités de chlore, soude, chlorure de méthyle et fluides techniques. Tandis que seront sauvegardées 190 postes dans la production de chlorate, qui aboutit ensuite à la formulation de perchlorate et d’eau oxygénée – trois composés chers à l’industriel qu’il continuera de fabriquer sur place. Au total, les arrêts représentent entre 100 000 et 130 000 tonnes par an – entre 37 % et 43 % de la production totale, en fonction des années –, ramenant désormais la capacité totale du site à environ 170 000 t/an.
Ce « projet de recentrage », comme l’a qualifié le groupe, est une conséquence directe de la mise en redressement judiciaire de Vencorex par son propriétaire, le groupe pétrochimique thaïlandais PTT GC, en septembre 2024. Une liquidation prochaine qui a provoqué une réaction en chaîne au sein de l’écosystème industriel isérois. Car, jusqu’à présent, Vencorex fournissait Arkema, via sa plateforme chimique de Pont-de-Claix, en sels de haute pureté qui alimentaient son électrolyse chlore-soude, permettant ensuite de fabriquer le chlorure de méthyle et les fluides techniques. Approvisionnement qui a pris fin depuis octobre 2024.
Au départ, la difficulté n’était pas tant de trouver des sels au même degré de pureté que de les trouver aux volumes particulièrement importants auxquels Arkema les consommait (plus de 100 000 t/an, une quantité non disponible sur le marché, selon le groupe). « Depuis fin novembre, on a étudié la solution d’acheter du sel avec un niveau de pureté moindre et de mettre en place une étape de purification », nous a expliqué Caroline Bastien, directrice de la business unit Hydrogene Peroxides. « Cela n’a pas été possible par manque de temps. Il nous aurait fallu trois à quatre ans pour mettre en place un tel projet d’investissement, et PTT GC a refusé d’étendre la période d’observation, qui ne durera que six mois. Après quoi, Vencorex sera liquidé, à partir de fin mars. Un acteur de cette taille mis en liquidation aussi vite – six mois –, c’est du jamais vu », a-t-elle ajouté.
Une logique industrielle et économique
Pour ce qui est de l’électrolyse chlorate, Arkema est parvenu à trouver une source alternative de sels dont les spécifications conviennent. « 190 postes seront conservés en s’appuyant sur des lignes produits dans lesquelles on va continuer d’investir, avec des perspectives de développement », a détaillé la directrice. « Car, outre la logique industrielle, les activités que l’on conserve suivent aussi une logique business : elles sont pérennes et à forte rentabilité », a-t-elle poursuivi.

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Le perchlorate est un composé clé dans la formulation du propergol solide des propulseurs de lanceurs spatiaux, comme le lanceur Ariane 6 : il fournit l’oxygène nécessaire à la combustion autonome dans l’espace. Quant à l’eau oxygénée – produit très recherché pour son faible impact environnemental et ses applications vertueuses –, elle est utilisée pour ses propriétés oxydantes dans les procédés du traitement de l’eau et des effluents gazeux, ainsi que dans le recyclage des batteries.
Du côté des produits abandonnés, le chlorure de méthyle alimentait la production de silicones, tandis que les fluides techniques étaient de deux types : les fluides caloporteurs et les fluides diélectriques employés dans les condensateurs et les transformateurs pour assurer l'isolation électrique. « Ce qui restait des niches, dans lesquelles on subissait tout de même la concurrence de producteurs chinois », a précisé la directrice, appuyant un peu plus cette logique business.
Ainsi, l’activité historique du site – production de chlore-soude – prend fin, après plus de cent ans de fonctionnement. Fondée en 1916, l’installation iséroise a d’abord fourni du chlore et du chlorure de chaux destinés aux besoins de la défense nationale, lors de la Première Guerre mondiale.



