[Édito] Pour ou contre la nationalisation de Vencorex ?

Des représentants syndicaux d'Arkema, associés à un collectif transpartisan d’élus locaux et nationaux, demandent une nationalisation temporaire de Vencorex, le temps de trouver une solution pérenne. Le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, préfère s'engager sur une aide à la revitalisation avec l'appui de l'État, tandis qu'Arkema a définitivement acté la fermeture de la plus grosse unité d'électrolyse de Jarrie. Mais le bras de fer continue…

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Vue générale du site de Vencorex à Pont-de-Claix.

« La nationalisation de Vencorex n’est pas réaliste et a été rejetée par l’État », affirme le groupe Arkema, qui a été lourdement impacté par la défaillance de la plateforme de Pont-de-Claix, en Isère, et l’arrêt d’un approvisionnement en sel d’électrolyse hautement purifié. Pourtant, des représentants du personnel du groupe chimique, associés à un collectif transpartisan d’élus locaux et nationaux, n’en démordent pas : ils demandent une nationalisation temporaire de Vencorex, le temps de trouver une solution pérenne pour la zone, à l’image de la nationalisation des Chantiers de l’Atlantique, en 2018. Ils réclament que le Premier ministre se saisisse du sujet, alors que leur dernière réunion avec le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, le 28 janvier dernier, n’a pas fait bouger les lignes. Ainsi, pourraient être évitées quelque 450 suppressions d’emplois chez Vencorex, ainsi que les 154 sur la plateforme d’Arkema à Jarrie, qui a arrêté son électrolyse chlore-soude, dans sa partie sud. Amputée de près de la moitié de ses effectifs, Jarrie sera réduite à la production de chlorate de sodium et d’hydrogène (via sa deuxième électrolyse dans la partie nord), de perchlorate et d’eau oxygénée, ce qui acte sa sortie du chlore, du chlorure de méthyle ou encore des fluides caloporteurs.

Une menace pour la souveraineté de la France évoquée

Mais au-delà de ce premier impact de Vencorex sur Jarrie, les partenaires sociaux et les élus dénoncent un effet domino bien plus large, évoquant une menace pour la souveraineté de la France dans les domaines du nucléaire, du spatial et de la défense. Selon eux, sans le chlore de Jarrie, Framatome ne pourra plus fabriquer ses éponges de zirconium utilisées dans le nucléaire, avec des intrants 100 % français. Peu décidé à redémarrer son électrolyse, Arkema répond que Framatome peut être livré en chlore par un autre producteur français.

Puis, syndicats et élus rappellent que le perchlorate est utilisé dans la propulsion des lanceurs d’ArianeGroup et des missiles M51. Pour ces derniers, l’homologation de perchlorate sur la base d’un autre sel (celui de l’allemand Qemetica) coûterait 2 milliards d’euros à travers le lancement de quatre missiles tests. « Nous sommes en discussions avec ArianeGroup sur le programme d’homologation du perchlorate sur la base du sel Qemetica », répond Arkema, en insistant sur la sensibilité et la confidentialité du dossier. Syndicats et élus évoquent, par ailleurs, un coût du sel multiplié par trois pour faire fonctionner l’unité de chlorate. Information qu’Arkema ne commente pas. « Nous avons des stocks de sel suffisants et commençons à recevoir des volumes de notre nouveau fournisseur de sel », explique seulement le chimiste. En revanche, Arkema s’inscrit en faux sur le fait que l’on se préparerait à une catastrophe écologique en arrêtant de puiser du sel dans la mine d’Hauterives (Drôme), qui approvisionnait Vencorex, comme l'annoncent syndicats et élus. « Les puits de la mine de sel peuvent être fermés sans conséquence sur l’environnement. Ces procédures d’arrêt durent en revanche plusieurs dizaines d’années », argumente Arkema.

Une nationalisation chiffrée à 150 M€

En attendant, des experts auraient chiffré autour de 150 M€ le coût d’une nationalisation, montant considéré comme faible au regard des coûts potentiels de réhomologation dans le spatial ou la défense, de fermeture de mine ou de dépollution de sites. Aussi syndicats et élus poursuivent leur lutte pour éviter une « catastrophe industrielle, économique et sociale », qu’ils considèrent comme suspendue à un « choix politique ». L’épisode de la liquidation de Vencorex, et de ses effets collatéraux, n’a donc pas encore trouvé son épilogue.

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