Si l'argent est votre principale motivation au travail, prenez des euphorisants avant de lire cet article. L'Association pour l'Emploi des Cadres (Apec) vient de publier le baromètre 2020 de la rémunération des cadres, dans lequel elle revient sur les évolutions observées en 2019 et esquisse les évolutions possibles pour cette année. Et la tonalité n'est pas joyeuse : "en 2020 la crise devrait fragiliser les composantes de la rémunération". Cette phrase est le titre de la partie du baromètre consacré aux évolutions à venir.
Des variables effacés
Pour appuyer sa démonstration, l'Apec prend en compte l'ensemble des éléments qui affectent la rémunération globale d'un cadre : les augmentations individuelles, mais aussi le variable, l'intéressement et la participation ou encore les possibilités de mobilité interne qui s'accompagnent souvent d'une évolution salariale positive.
La part variable est devenue essentielle dans le package de rémunération. "En 2019, 54 % des cadres percevaient une part variable. La médiane de cette rémunération variable était de 5000 euros, ce qui représentait 10 % du salaire total". En cas de crise économique, cet élément du "package salarial" est touché car les indicateurs sur lesquels elles reposent le sont. Une prime sur objectif ou une commission sur chiffre d'affaires est plus difficile à décrocher en période de croissance ralentie ou de contraction de l'activité.
Mobilités Impossibles
Pour la participation et l'intéressement, le raisonnement est le même. Ces éléments de rémunération dépendent des performances de l'entreprise. Or "pour certains cadres, ce surplus de salaire est significatif : respectivement 5 et 8 % des cadres touchent plus de 3 000 euros d'intéressement ou de participation par an. En outre, le montant de l'intéressement est notamment en hausse constante depuis 2010". Pour donner du poids à son analyse, l'Apec rappelle qu'à la suite de la crise financière de 2009, la participation avait baissé de 15 % et l'intéressement de 3 %.
L'impact de la crise sur la rémunération des cadres sera d'autant plus forte que ces derniers pourront moins changer de poste, au sein ou en dehors de leur entreprise. Pour mémoire, indique l'Apec, "en 2019, 45 % des cadres n'ayant pas connu de mobilité ont été augmentés". Autrement dit, la fidélité à son employeur ne paie pas toujours. A l'inverse, 69 % des cadres ayant changé d'entreprise ont été augmenté. L'augmentation médiane de ces aventuriers est de 12 %. 67 % de ceux qui ont préféré la mobilité interne ont été augmentés pour une hausse médiane de 5%.
Menace du chômage
Derrière ces données globales, l'Apec rappelle qu'il existe de fortes disparités en fonction de l'âge. Les jeunes cadres sont plus souvent augmentés et peuvent plus facilement changer de poste dans leur entreprise ou en dehors de celle-ci. Les cadres expérimentés sont donc ceux qui risquent le plus d'avoir le sentiment d'être sacrifiés par la crise économique.
Cette question est d'autant plus centrale que l'Apec termine sa note sur le nombre de cadres au chômage. Ce dernier devrait augmenter au cours des mois qui viennent pour les cadres, qui avaient été relativement épargnés, le taux de chômage étant de 3,4 % en 2019. Or, l'Apec a noté par le passé que les cadres qui retrouvent un emploi après une période de chômage voient parfois leur salaire diminuer. C'était le cas de 28 % des cadres en poste ayant connu une période de chômage. La rémunération est restée stable pour 25 % des cadres ayant été touchés par le chômage. Connaître le chômage n'est pas neutre en matière de rémunération des cadres.



