A Veyrins-Thuellin, dans le Dauphiné, l’usine de Sigma, filiale de Poma, fabrique les télécabines pour la montagne et pour la ville. Dans la cour, une partie de la production attend de quitter l’Isère pour rallier, après un long périple en bateau, Saint-Domingue, en République dominicaine, où elle équipera les deuxième et troisième lignes du téléphérique urbain. D’autres rejoindront les stations de sport d’hiver des Alpes et des Pyrénées. Dans le bâtiment principal, une quinzaine de personnes travaillent dans le bureau d’études équipé depuis de nombreuses années d’un procédé en 3D pour la modélisation des cabines pour Poma, mais aussi pour Leitner, autre filiale de la société mère HTI.
Au total, cette usine produit la moitié des télécabines vendues dans le monde. De ce site industriel sortent chaque année 1 200 à 1 500 cabines, sans oublier les roues géantes d’observation comme celles de Shenzhen, en Chine, et Dubai, dans les Émirats arabes unis. Poma possède trois autres filiales (Sacmi, Semer et Comag), dont les sites sont concentrés en Isère, en Savoie et en Haute-Savoie. Depuis l’origine, quand Jean Pomagalski, le fondateur de Poma, installe en 1936 le premier téléski à L’Alpe d’Huez (Isère), l’activité n’a pas quitté la région. Cet ingénieur et ancien résistant a construit ensuite le premier télésiège en 1955.
Trois ans avant sa disparition, en 1966, il livre ses premières cabines à la station de ski de Val-d’Isère et à celle de Queenstown, en Nouvelle-Zélande. Toujours en Isère, le premier téléphérique urbain est installé, entre le fort de la Bastille et Grenoble, en 1976. Mais c’est au début des années 2000 que cette activité de l’entreprise prend son envol, essentiellement en Amérique du Sud (Colombie, Chili, Brésil, Équateur…) et plus récemment à Namur (Belgique), Toulouse et Saint-Denis de La Réunion.
De 110 à 200 salariés à Veyrins-Thuellin
Dans le premier atelier, équipé en machines de découpe laser et de pliage, l’usinage de grandes pièces est assuré à partir des éléments fournis par les sous-traitants. « Sur le site, 110 personnes sont employées en CDI, indique Wissam El Moukahal, le directeur général de Sigma. Mais durant les périodes de forte activité, entre mai et octobre, l’effectif monte à 200 avec les intérimaires. » Les ouvriers travaillent essentiellement l’aluminium, destiné à la structure, et le polycarbonate pour les parties vitrées.
Dans un atelier adjacent, des opérateurs assurent la déformation des poteaux avant le montage de l’ossature de la cabine, qui est ensuite transportée dans un autre bâtiment pour subir le sablage et la préparation avant la peinture au pistolet. À l’extérieur, un salarié protège les parties peintes pour le passage d’une seconde couleur. Pour l’étape suivante, les cabines rejoignent l’une des deux lignes d’assemblage. Les toits puis les sols sont rivés. Commence alors la pose du mécanisme des portes, des parties vitrées, des banquettes… Une batterie de tests conclut le procédé avant que les cabines rejoignent leur destination finale.
Pascal Guittet Cette cabine est prête à être expédiée à Saint-Domingue, en République dominicaine. Elle équipera les deuxième et troisième lignes du téléphérique urbain. © Pascal Guittet
« Poma emploie 1 300 personnes, dont 890 en France, mais ce chiffre double si l’on inclut les sous-traitants, dont la majorité est dans la région », précise Fabien Felli, qui a pris la présidence du directoire de Poma en juin. Cet ingénieur, passé par Matra, Thales et EADS avant de rejoindre l’entreprise en 2011, ne regrette pas d’avoir quitté de grands groupes pour une ETI. Son maître mot : « Voir loin et s’entourer de gens compétents pour assurer la pérennité de l’entreprise. »
40 % du marché mondial des transports urbains
Le groupe Poma a su prendre le virage des transports urbains au début du siècle et détient aujourd’hui 40 % du marché mondial, « un marché de niche », souligne le président. Si l’activité a pâti de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine, les projets de téléphérique à Antananarivo (Madagascar) et Oulan-Bator (Mongolie) ne sont pas abandonnés. Ajaccio et Grenoble devraient avoir le leur en 2024 ou 2025 et Bordeaux et Nice ont lancé des études.
« Nous avons la chance d’être en France, un pays moteur et leader en Europe du transport urbain sur câble. » Aujourd’hui, Poma réalise un tiers de son activité dans ce secteur, un autre tiers pour la montagne et le dernier sur les loisirs et autres projets spéciaux, comme le démonstrateur de téléphérique de transport de déchets nucléaires pour le futur site d’enfouissement Cigéo. L’innovation est un fil conducteur, comme le démontrent le partenariat avec Michelin pour concevoir un bandage breveté avec des matériaux biosourcés, le concept de gare Life pour réduire l’empreinte carbone et la nouvelle version de moteurs à entraînement direct DirectDrive, qui permet de réduire la consommation d’énergie de 8 % et le bruit de 15 décibels.
Une ETI d’envergure internationale
- 332 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021
- 1 300 salariés, dont 890 en France
- Présente dans 90 pays
- 22 filiales
- Plus de 8 000 appareils installés



