Les concurrents se marquent à la culotte. Le lendemain de l’annonce de Pfizer sur le démarrage des essais cliniques d’un rappel spécifique contre le variant Omicron du vaccin Comirnaty (Pfizer/BioNTech), Moderna a lui aussi enclenché, le 26 janvier, des essais sur son propre rappel vaccinal contre Omicron. La course entre les deux champions des vaccins anti-Covid à ARNm se poursuit, même après 2 milliards de doses distribuées en 2021 dans le monde par Pfizer/BioNTech et un peu plus de 800 millions de doses du Spikevax de Moderna. Les ambitions sont doublées en 2022, puisque Pfizer/BioNTech vise 4 milliards de doses produites cette année, quand Moderna s’organise pour atteindre un seuil de 2 à 3 milliards.
Un schéma plutôt à 4 doses
La nouvelle course au rappel Omicron marque quelques différences intéressantes sur les modalités des essais cliniques. Pfizer et BioNTech travaillent sur trois cohortes, rassemblant au total 1420 participants. 615 d’entre eux sont des personnes vaccinées avec deux doses de leur Comirnaty et recevront, 3 à 6 mois après la seconde dose, une, voire deux doses du rappel spécial Omicron. 600 autres vaccinés - déjà avec trois doses - recevront, 3 à 6 mois après leur dernière injection, une quatrième dose avec le vaccin adapté à Omicron. Enfin, 205 participants non-vaccinés recevront trois doses du vaccin formulé après l'émergence d'Omicron.
Moderna table sur 300 participants en deux cohortes. La première concerne des personnes ayant reçu deux doses du Spikevax et recevront une dose du rappel adapté au variant Omicron 6 mois après leur seconde injection. L’autre cohorte porte sur des personnes doublement vaccinées avec Spikevax, mais ayant aussi reçu une troisième dose en rappel. Trois mois après cette troisième injection, elles recevront une dose du rappel spécial Omicron.
Avis négatif pour une 4e dose en France, pour le moment
Pfizer/BioNTech et Moderna sont ainsi alignés sur un schéma principal à quatre doses. Or, la nécessité d’une quatrième dose n’est pas acquise. En France, le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale vient tout juste de rendre un avis plutôt négatif. Pour le moment. Il estime dans son rapport que, à « l’exception des personnes sévèrement immunodéprimées », les « données disponibles n’appellent pas actuellement à la mise en place d’un second rappel vaccinal » car « une seconde dose de rappel vaccinal n’apporterait pas de bénéfice individuel significatif ». Le Conseil s’inquiète même d’un « effet contre-productif » pour la campagne vaccinale actuelle, car appeler à un second rappel « pourrait être interprété comme un signal d’inefficacité de la vaccination par l’opinion et ainsi induire un risque de désengagement à l’égard d’une vaccination perçue comme trop fréquente ».
Quelques pays engagés sur la 4e dose
Les doutes sur la quatrième dose ne sont pas cantonnés à la France. Les questions agitent tous les pays ayant largement accès aux vaccins anti-Covid, car ceux à revenus moyens ou faibles n’ont souvent pas encore obtenu suffisamment de doses pour compléter un premier schéma vaccinal. Parmi ceux où l’accès est abondant, Israël est le plus en avance sur la quatrième dose, qui vient d’être autorisée aux personnes de plus de 18 ans à risques.
Le dernier avis du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale note une absence de consensus sur la nécessité de cette seconde dose de rappel, mentionnant en particulier que le comité israélien d’experts sur la pandémie y est favorable tandis que le comité consultatif sur la sécurité des vaccins y est opposé. En Europe, depuis la mi-janvier, la Hongrie autorise la quatrième dose sur avis médical, et le Danemark et l’Espagne la proposent aux personnes les plus vulnérables. Enfin, fin 2021, le Chili a décidé d’ouvrir dès février la possibilité d’une quatrième dose, d’abord pour les personnes à risques et exposées, avant un élargissement à l’ensemble de la population, résument les auteurs du rapport.
Le problème de la vitesse de propagation des variants
Au-delà des doutes sur une quatrième dose en général, la question de la pertinence de mettre au point des rappels spécifiques à Omicron se pose en raison de la vitesse de propagation de certains variants. Aujourd’hui, Omicron, estimé toutefois comme moins dangereux, s’est imposé en France en seulement une poignée de semaines, après plusieurs mois de domination du variant Delta, lequel avait lui-même supplanté les premiers variants très rapidement à partir du printemps 2021. En Afrique du Sud, Omicron avait atteint une position dominante en seulement 15 jours. Récemment, un sous-variant d’Omicron, le BA.2 commence à poser problème. Le 20 janvier, le Statens Serum Institut, organisme sanitaire sous l’égide du ministère danois de la Santé, s’alarmait de la propagation du sous-variant Omicron BA.2. La dernière semaine de 2021, il ne représentait que 20% des infections Covid-19 au Danemark mais a bondi jusqu’à 45% dès la deuxième semaine de janvier. Sa propagation s’amplifie aussi en Norvège, en Suède et au Royaume-Uni.
Pfizer/BioNTech et Moderna estiment pouvoir disposer de leurs rappels spécifiques face à Omicron à partir de mars. Est-ce que ce sera suffisant si le BA.2 supplante Omicron ? Et est-ce que cela aura du sens si, dans quelques mois, un autre variant s’impose? Personne ne peut le prédire. Dans ce contexte, outre son classement à l'arrivée, c'est la pertinence même de la course des deux leaders des vaccins ARNm au rappel Omicron que l'on questionne...



