Eramet se renforce dans le lithium... en rachetant sa propre mine ! Jeudi 24 octobre, le jour de la publication de ses résultats trimestriels et malgré un résultat en baisse notable (-18% par rapport au même trimestre en 2023), le champion minier français a annoncé prendre possession intégralement de la mine et de l’usine de lithium de Centenario, qu’il opère en Argentine.
L’actif, décrit comme de classe mondiale, doit démarrer sa production dans les prochaines semaines. Il était auparavant détenu à 49,9% par le chinois Tsingshan (qui travaille en partenariat avec Eramet dans le nickel indonésien) entré dans le projet en 2021, à un moment où Eramet ne pouvait investir seul. Ce n'est désormais plus le cas, puisque le rachat a lieu le jour même, à un prix de 699 millions de dollars (650 millions d’euros), payés cash par le français.
Montée en puissance en 2025
«Cette décision stratégique nous permet de libérer tout le potentiel de notre gisement de classe mondiale de Centenario et est prise au bon moment, dans un contexte de bas de cycle pour les prix du lithium», défend la PDG d’Eramet, Christel Bories, dans un communiqué de presse. Dans un appel avec des analystes, la dirigeante a expliqué qu'Eramet profite des marges financières dégagées ces dernières années pour reprendre complètement la main sur cet actif, dans lequel Tsingshan était entré en tant que «partenaire financier».
Situé à 3000 mètres d’altitude dans les Andes argentines, le complexe minier de Centenario mise sur une technologie innovante, dite d’extraction directe du lithium (ou DLE), un type de filtration qui doit améliorer la récupération du métal, qui se trouve dissous dans des saumures pompées depuis les profondeurs.

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La production démarre à peine, et doit atteindre 1000 tonnes de carbonate de lithium en 2024, avant de monter en puissance en 2025. Précurseure sur le DLE, l’usine d’Eramet peut sur le papier extraire et raffiner 24000 tonnes de carbonate de lithium (une forme chimique utilisée dans les batteries) par an, soit de quoi produire 600000 voitures. Ses performances réelles seront scrutées par l’industrie du lithium, très attirée par l’extraction directe mais qui s’interroge encore sur son efficacité à l’échelle industrielle.
Pas de phase 2 tout de suite
Eramet insiste sur le contrôle que lui apporte cette opération sur le gisement, qui pourrait produire plus de 75000 tonnes de carbonate de lithium par an après l’installation de capacités industrielles supplémentaires, et que le groupe peut développer à sa guise et à son rythme. Le champion français souligne que l'opération s'est faite en bonne entente avec Tsingshan, qui se diversifie vers les batteries, mais n’aimait pas la position de partenaire minoritaire. Le rachat s’est fait avec une petite marge par rapport à l’investissement réalisé par Tsingshan dans le projet Centenario (619 millions de dollars). Un bon prix, a défendu Christel Bories, alors que le géant anglo-australien Rio Tinto a récemment déboursé 6,7 milliards de dollars pour acquérir le géant du lithium Arcadium, qui possède aussi des mines en Argentine.
«Nous considérons que cette acquisition dans le lithium a du sens stratégique et n'est pas surpayée», juge Maxime Kogge, analyste chez ODDO BHF dans une note publiée en fin de journée. Au-delà de l'usine, Eramet rachète aussi le potentiel du gisement de Centenario et de celui, adjacent, d'Arizaro,. L'analyste écrit que l’opération rachat «intervient à un moment délicat pour le groupe», qui cherche à faire des économies face aux performances en baisse de son manganèse gabonais et de son nickel indonésien. En augmentant sa dette, Eramet limite aussi sa capacité d'investir dans d'autres projets de croissance, alors que son grand projet de raffinerie de nickel pour batterie, qu'il portait en Indonésie avec BASF, est tombé à l'eau en début d'année. Le groupe a d'ailleurs annoncé, toujours mercredi 24, la suspension de son projet de recyclage de batteries à Dunkerque.
Ainsi, l'investissement dans la "phase 2" du projet Centenario, qui devait permettre de tripler la production du projet et aurait apporté des économies d'échelles, est aussi réévalué et n'interviendra pas avant 2026, a déclaré Christel Bories devant les analyses financiers. «Ce choix d'ajourner la phase 2 est un peu contre-intuitif, car l'extension aurait eu un retour sur investissement plus rapide que le rachat de la part de Tsingshan», note Maxime Kogge, d'ODDO BHF. Pour Eramet, il s'agit aussi de discipline, alors que les prix du métal roi des batteries restent désespérément bas, à 11600 $ la tonne en moyenne au troisième trimestre 2024. Une situation qui ne remet pas en cause l’intérêt à long-terme du métal blanc pour l'électrification du monde, juge Eramet, qui cherche aussi du lithium au Chili et souligne la taille et la qualité de son gisement argentin.



