Éolien en mer, des usines mais pas encore de filière française

Avec trois usines d’éoliennes en mer, la France peut revenir dans l’industrie des énergies renouvelables. Reste à consolider la filière, lancée il y a plusieurs années mais coupée dans son envol par une évolution des conditions d'appels d'offres pour les parcs éoliens offshore.

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Éoliennes GE à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) - Juin 2016
L'usine General Electric de nacelles d'éolienne à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique).

C'est un paradoxe industriel dont la France a le secret. Pas une éolienne en mer visible sur ses côtes, hormis un prototype flottant à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). En revanche, déjà deux – et bientôt trois – usines d’éoliennes sur son territoire, sur les onze en Europe.

General Electric a réussi à maintenir un minimum d’activité sur son site de nacelles de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), construit dès 2014. Grâce à un investissement de 50 millions d’euros des collectivités locales normandes, le groupe a aussi choisi Cherbourg (Manche) pour installer la nouvelle usine de pales d’éoliennes de sa filiale LM Wind Power. Et des investissements publics ont convaincu Siemens Gamesa de construire une usine de pales et de nacelles d’éoliennes offshore sur le port du Havre (Seine-Maritime).

GE comme Siemens Gamesa tiennent ainsi des engagements industriels pris en 2011 et 2012 par leurs filiales respectives, Alstom Énergie et Areva Wind, intégrées en 2015. "L’État et les collectivités locales ont su mettre en place les infrastructures pour accueillir nos usines dans les zones portuaires", observe Steven Curet, le président de GE Offshore Wind France.

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Ces engagements, Alstom et Areva les avaient pris afin de décrocher les contrats pour les premiers parcs éoliens en mer français. "Les cahiers des charges de 2012 et 2013 comprenaient trois critères de sélection, pondérés à 40 % pour le prix de l’électricité, à 40 % pour les conditions industrielles et à 20 % pour l’intégration du projet dans son environnement écologique et humain", rappelle Anne Georgelin, la responsable de la filière énergies marines au Syndicat des énergies renouvelables (SER).

En clair, pour gagner, les opérateurs et leurs partenaires devaient produire en France. Malgré les retards des projets dus aux recours, une partie des usines promises a été construite. Une partie seulement. En 2012, Alstom promettait d’en construire quatre.

Une filière française complète... ou presque

Le critère de production locale a ensuite disparu des appels d’offres. Le parc de Dunkerque (Nord) a été attribué au mieux-disant – EDF – en termes de prix d’électricité. Un pari risqué, car trois usines ne font pas une filière. Les Chantiers de l’Atlantique ont investi 20 millions d’euros dans une unité de production de sous-stations électriques à Saint-Nazaire en 2014 et l’italien Prysmian produit pour la France et l’export ses câbles offshore dans ses sites de Gron (Yonne) et Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne).

À Dunkerque, Dillinger France (600 salariés) exporte la quasi-totalité de sa production de plaques et de tôles d’acier pour la fabrication d’éoliennes en Europe.

Selon Étienne Pourcher, le coordinateur national de l’Observatoire des énergies de la mer, "la France a la spécificité d’avoir toute la filière". Enfin presque. Les mâts de nos éoliennes viendront, au mieux, d’Espagne. Les câbles, que Nexans fournira pour le parc de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), seront produits en Norvège. Une grande part des milliers de composants des turbines de GE arrivent de Chine.

Et les équipements électriques des sous-stations, que fournit General Electric aux Chantiers de l’Atlantique, ne seront bientôt plus fabriqués en France. Sans parler des fondations. Pour le parc de Saint-Nazaire, Eiffage les construit à Anvers (Belgique), et pour Saint-Brieuc, l’espagnol Navantia les fabrique dans son pays, mais en finalisera l’assemblage à Brest (Finistère).

Une rude concurrence extra-européenne

"Il manque forcément quelques briques. La France n’est pas un pays de l’offshore", rappelle Frédéric Grizaud, le directeur énergies marines des Chantiers de l’Atlantique. Cela pourrait changer avec un marché promis à un fort développement. En France, 1 gigawatt sera lancé tous les ans à partir de 2024, et en Europe, la Commission européenne vise 60 gigawatt­heures d’éolien posés en 2030 et 300 en 2050, contre 12 aujourd’hui.

De nouveaux acteurs français se positionnent déjà, comme Orange Marine pour la pose des câbles, Naval Énergies pour les fondations flottantes et Piriou pour la construction de navires de maintenance – il en faut deux ou trois par parc. "La France a le potentiel pour être demain le deuxième, voire le premier du marché européen continental, devant l’Allemagne. Le Royaume-Uni serait troisième", veut croire Frédéric Petit, le directeur business développement de Siemens Gamesa Renewable Energy France.

Mais la concurrence s’annonce rude. "La menace des extra-Européens est réelle. Ils possèdent déjà 20 % du marché des sous-stations", observe Frédéric Grizaud. Malgré le retard des premiers projets français, "la filière française est en train de se structurer, observe Cédric Le Bousse, le directeur des énergies marines d’EDF Renouvelables et président de la commission éolien en mer du SER. À travers ses projets, EDF cherche à lui donner de la visibilité pour lui permettre de se développer."

L’électricien y travaille et a organisé des rencontres entre de potentiels sous-traitants français et ses fournisseurs de rang 1. L’enjeu est important. La Commission européenne parle de 800 milliards d’investissements nécessaires pour atteindre ses nouveaux objectifs. Et d’ici à 2028-2030, la construction des parcs français créera jusqu’à 19 000 emplois, a calculé le SER. De quoi motiver quelques vocations et diversifications d’activités.

Les énergies marines en France en 2019

  • 3 064 emplois
    dont 2 690 dans l’éolien (+ 1 000 attendus en 2020)
  • 452 millions d’euros de chiffre d’affaires,
    dont 69 % à l’export et 96 % dans l’éolien
  • 2,7 milliards d’euros investis depuis 2017

Source : Observatoire des énergies de la mer

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