Leur passion pour les sciences leur a permis de vaincre tous les obstacles… C’est un des enseignements de l’enquête OpinionWay pour Elles bougent, publiée lundi 23 septembre, menée auprès de plus de 6000 femmes techniciennes ou ingénieures, actives ou étudiantes. Les obstacles, toujours nombreux, les découragent d’endosser des carrières scientifiques : en dépit de deux décennies d’efforts pour féminiser le métier d’ingénieur, la part des femmes stagne toujours dans cette profession, autour de 24% selon l’enquête annuelle d’Ingénieurs et scientifiques de France. C’est à peine mieux en écoles d’ingénieurs, où les filles représentent près d’un tiers des effectifs, 29%, un taux inchangé depuis dix ans.
Celles qui se sont lancées dans des études ou carrières scientifiques ont en commun d’avoir connu, à l’école, une passion pour les maths ou matières scientifiques (c’est le cas de 88% d’entre elles). Trois femmes sur quatre se sont engagées dans des carrières scientifiques en raison de leurs bons résultats dans ces matières, un tiers par attrait pour un secteur d’activité spécifique comme le BTP ou l’aéronautique.
Découragées de faire des études scientifiques
Mais 82% d’entre elles ont été confrontées, durant leurs études, à des stéréotypes de genre. «Les filles sont moins compétentes que les garçons en maths» a été entendu par 42% d’entre elles. «Les filles ne sont pas faites pour les maths», par 36%, plus souvent par les techniciennes que par les ingénieures. On a même parfois (pour 21% d’entre elles) cherché à les dissuader de s’engager dans des études scientifiques, leurs professeurs plus que leurs parents.
Est-ce que ça change ? Les étudiantes d’aujourd’hui, au moins, sont-elles moins exposées à ces propos anachroniques que leurs aînées ? 86% des étudiantes actuelles ont entendu des stéréotypes de genre, contre 81% des actives. Elles sont plus nombreuses que les femmes actives à estimer que les métiers du numérique et de l’industrie sont difficiles d’accès pour les femmes. 65% des femmes actives de moins de 25 ans estiment que l’industrie est moins accessible aux femmes qu’aux hommes, contre 46% des plus de 50 ans. Les étudiantes ressentent plus souvent que les femmes actives (à 63% contre 53%) un syndrome de l’imposteur, et 63% ont peur de ne pas réussir (contre 53% des femmes actives).
Quelques progrès au fil des générations
Mais, ouf, les étudiantes ne sont que 17% à avoir été dissuadées de suivre des études scientifiques, contre 23% des actives. Celles qui ont choisi l’industrie l’ont fait à 16 ans et demi en moyenne, contre 18 ans pour les femmes actives. Elles se sentent plus soutenues par leur entourage que ne l’ont été leurs aînées. Et ont trouvé plus de rôles modèles sur leur chemin et ont plus souvent échangé avec des femmes ingénieures.
Les propositions de l’association Elles bougent pour plus de femmes dans l’industrie visent logiquement la lutte contre les stéréotypes de genre dès l’école et la multiplication des rencontres avec des femmes ingénieures et autres femmes scientifiques. Quant aux entreprises, il est attendu d’elles qu’elles luttent plus fortement contre les inégalités salariales et les freins à la promotion des femmes, qu’elles développent le mentorat et les réseaux féminins internes. Que celles qui le font le fassent savoir : une étudiante sur deux veut que les entreprises aillent plus loin.
Mardi 24 septembre, L'Usine Nouvelle décerne ses Trophées des femmes de l'industrie. Les portraits des candidates sont à découvrir ici.



