A Charly (Rhône), un espace de travail partagé occupe une "maison des champs", ancien domaine d’un banquier et négociant en soie lyonnais, Melchior Philibert, racheté par la mairie. "Ici, on se sent chez soi. Le calme en plus. L’esprit des lieux est propice à la concentration", constate Céline Passot, animatrice de l’association du domaine Melchior, qui gère ce coworking périurbain. La bâtisse de la fin du XVIIe siècle, classée à l’inventaire des Monuments historiques, incite à la distanciation. Des traces de fresques murales remises au jour lors de sa restauration cohabitent avec des meubles Ikea. Une salle de réunion donne sur un parc de sept hectares qui domine le village perché. Une vingtaine d’adhérents est domiciliée à cette adresse feutrée.

Après avoir attiré à ses débuts, en 2016, beaucoup d’indépendants, le coworking de Charly, à une quinzaine de kilomètres de Lyon, séduit depuis un an et demi davantage de salariés.
Responsable commercial de Rolf Kind, entreprise métallurgique allemande de 85 salariés, Benoît Forien se pose deux jours par semaine dans l’une de ses salles. Il apprécie ce nomadisme. "Ne pas avoir de bureau dédié, ça ne me manque pas. C’est un état d’esprit", observe cet ancien salarié sédentaire. Souvent en déplacement professionnel, il se rend une à deux fois par mois en Allemagne. Pas davantage. "Ici, on est plus responsable, plus créatif, plus productif", estime-t-il. Pour un coût mensuel de 150 euros. Sans stress. Entre midi et deux, il s’évade. Court dans les collines alentour.

Autre salarié abonné du domaine Melchior, Stéphane Appéré est en phase avec la volonté de bien-être au travail affichée par sa société, Takabio, située à Angers (Maine-et-Loire), qui commercialise des enzymes alimentaires produits au Japon. "Cela fait six mois que je n’ai pas vu physiquement mes collègues. Ça ne me manque pas", relève le directeur commercial, qui passe 30 % de son temps de travail à Charly. "Ici, au moins, je ne suis pas tenté d’aller manger dans le frigo", renchérit Jean-François Rocher, installé à quelques mètres, qui loue un bureau à demeure.
Tout comme ce consultant en e-commerce, Christine Noël recherchait un espace fermé pour préserver la confidentialité de ses échanges professionnels. Un "endroit avec une âme". Présente un jour à un jour et demi par semaine, surtout le soir et parfois le samedi matin, elle tient à séparer ses deux vies, professionnelle et personnelle. Directrice des ressources humaines à temps partagé, elle compte des clients fidèles, des entreprises industrielles de toute taille qui n’ont pas de service ad hoc ou sont à la recherche d’une aide ponctuelle. Pendant le confinement, elle a travaillé deux fois plus, a même recruté à distance. À Charly, elle peut aussi entreposer sa documentation juridique et recevoir certains dirigeants de société en toute discrétion.
Confiance et esprit d’équipe
Héritier et patron du fabricant de porcelaine culinaire Revol, Olivier Passot fréquente "de temps en temps" cet espace de coworking proche de son domicile. Qui lui a surtout permis d’ "élargir le champ des possibles" du recrutement pour des postes dans les domaines du marketing, du commercial, du digital. "La nouvelle génération veut bien travailler pour une entreprise comme Revol, mais pas faire deux heures de route par jour pour se rendre à notre siège à Saint-Uze, dans la Drôme." Quatre à cinq salariés télétravaillent ainsi à Charly. "Cela ne me pose aucun problème, à partir du moment où la confiance est là", indique le dirigeant, qui pratique depuis longtemps ce management à distance avec ses équipes aux États-Unis. Mais Olivier Passot n’est pas partisan d’un travail complètement "dématérialisé, déshumanisé". "Il est important de se voir régulièrement physiquement pour faire vivre l’esprit d’équipe", souligne-t-il. À chacun de conjuguer télétravail, coworking et déplacement au siège, à sa convenance.

Vice-président de l’association du domaine Melchior, Jean Pouly en est convaincu : "Avec le confinement, des freins ont sauté. Des espaces de coworking comme le nôtre vont bénéficier d’un regain d’intérêt. De grandes entreprises vont réfléchir à relocaliser des bureaux dans de tels espaces périurbains ou à la campagne." Dans une étude réalisée entre avril et juin par le Medef Auvergne-Rhône-Alpes, 93,5 % des salariés interrogés déclaraient vouloir poursuivre le télétravail après le confinement. Au Grand Lyon, l’idée d’un chèque coworking fait son chemin. Sur le modèle des chèques restaurant, il pourrait être utilisé par les salariés dans des structures référencées.



