Reportage

[En images] Au sud de Berlin, les recettes innovantes de l'Allemand Soex pour industrialiser le recyclage des vêtements usés

A deux heures de route de Berlin, l'usine Soex redonne vie aux vieilles chaussures, pulls usés et pantalons troués. Si une grande partie de ces produits peut retourner sur le marché de la seconde main, l'entreprise prend aussi en charge leur recyclage de ces vêtements. Et innove pour y parvenir.

Réservé aux abonnés
SOEX Wolfen  trie vêtements
Sur la totalité du textile reçu, plus de la moitié est envoyée dans des commerces de seconde main et le reste est recyclé par Soex.

Tout semble calme autour de ce grand bâtiment de 90 000 mètres carrés, planté au milieu de la campagne industrielle allemande. Des panneaux solaires brillent sur le toit tandis qu’au loin, le regard accroche quelques éoliennes plantées dans l’arrière-pays de Leipzig. C'est dans ce cadre presque bucolique de la « Solar Valley » germanique, qu'est installée l'usine de l'Allemand Soex, spécialisé dans la réutilisation et le recyclage de textile.

Une fois passées les portes, les claquements métalliques et l'odeur de la poussière accueillent visiteurs et travailleurs. Perchés à trois mètres au-dessus du sol, de grands sacs jaunes numérotés traversent la pièce, suspendus à un rail. À l'intérieur, des vêtements récupérés grâce à la filiale I:CO du groupe. Celle-ci possède 30 000 bacs de collecte, pour près de 115 000 tonnes de déchets récupérés chaque année par le groupe.

Des vêtements quasiment neufs

Dans ces chaussettes géantes, le résultat de la première étape de tri du textile pour Soex. « La majorité des vêtements proviennent de dépôts de magasins, mais certains bacs sont aussi en libre-service, raconte Paul Doertenbach, directeur des ventes d'I:CO. Dans ce dernier cas, il faut faire un premier tri, car on retrouve de tout, souvent des canettes vides. »

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices
SOEX Wolfen  trie vêtementsSimon Philippe
SOEX Wolfen trie vêtements SOEX Wolfen trie vêtements

Avec sa seconde usine située à Sharjah aux Emirats arabes unis, l'entreprise emploie plus de 1350personnes. Crédit : Simon Philippe

Une fois cette présélection faite, la ligne de sacs suspendus entre dans la plus grande pièce de l'usine. C’est alors que commence réellement le tri. Il faut différencier les types de vêtements : chaussures, tee-shirts, pantalons, vestes… Tous rejoignent leurs homologues et remplissent de nouveaux sacs jaunes. Ils sont ensuite dirigés vers des stands où une autre sélection se poursuit.

Une ouvrière, la quarantaine, passe en revue une pile de pulls. Un par un, elle les examine, regarde l'état général, du col au bout des manches. L’ensemble du vêtement est scruté par son œil expert. Après une vingtaine de secondes, un pull rose entre ses mains, elle se retourne et place le tissu dans l'un des bacs qui l'entourent. « C'est un 'cream' ! », lance Paul Doertenbach, employant le terme utilisé chez Soex pour qualifier les vêtements quasiment neufs qui leur parviennent.

SOEX Wolfen  trie vêtementsSimon Philippe
SOEX Wolfen trie vêtements SOEX Wolfen trie vêtements

« Chaque sac possède un numéro unique qui permet de suivre informatiquement son cheminement dans l'usine », décrit Paul Doertenbach. Crédit : Simon Philippe

Au milieu des stands, certains employés se faufilent et fouillent dans les différents bacs. « Ils font partie de l'équipe fripe, détaille Paul Doertenbach. Des habits que l'on pourrait croire bon pour la poubelle, sont parfois de véritables trésors pour le monde du vintage. » Environ 60% des vêtements repartent dans des boutiques de 70 pays où se trouvent les clients de Soex.

Scanner infrarouge

Reste encore à gérer les 40% de matière destinée au recyclage. Sur ce point, Soex pousse l'innovation. L'entreprise développe une machine capable de trier les textiles usagés en fonction de leur composition, grâce à un scanner infrarouge. « Un des grands problèmes du recyclage repose sur les assemblages de textile. Certains comportent jusqu'à sept fibres différentes ! », explique Cécile Martin responsable innovation chez Refashion, l'éco-organisme de la filière du textile. L'identification des différents matériaux qui composent un vêtement est essentielle pour envisager un système de recyclage efficace à échelle industrielle.

SOEX Wolfen  trie vêtementsSimon Philippe
SOEX Wolfen trie vêtements SOEX Wolfen trie vêtements

« Le recyclage en fil demande de la matière pure, c'est le Graal de l'industrie du textile », explique Cécile Martin.Crédit : Simon Philippe

Plus loin, les claquements métalliques laissent place au brouhaha constant d'énormes machineries. Il faut crier pour se faire entendre. « Ici, on transforme une partie des textiles qui ne sont plus utilisables en fibres recyclées. Ils serviront, entre autres, aux équipementiers automobiles », annonce Paul Doertenbach devant un broyeur. La matière issue de cet effilochage est utilisée comme isolant ou rembourrage dans le bâtiment ou l'automobile.

Recyclage de chaussures

C’est alors que le guide présente la fierté de l'usine : la première installation de recyclage de chaussures de ce genre. Alimentée par des baskets comme des talons hauts, elle permet de transformer les chaussures non-réutilisables en matière première, comme le cuir ou le caoutchouc. Des matières secondaires utilisées par exemple par le Français Ector, spécialiste de la basket recyclée.

SOEX Wolfen  trie vêtementsSimon Philippe
SOEX Wolfen trie vêtements SOEX Wolfen trie vêtements

Les volumes de vêtements à recycler devraient croître dans les années à venir. Crédit : Simon Philippe

Pour ce dernier domaine, comme pour le résultat de l'effilochage, « le problème reste de trouver des acheteurs », confie Paul Doertenbach, même s'il se dit confiant quant à l'avenir de ces produits. Leur aspect, parfois inesthétique, peut rebuter. Mais un pas doit être fait pour donner une nouvelle vie à des vêtements usagés de plus en plus nombreux.

En cause, la fast-fashion. D'après l’Ademe, la production de vêtements dans le monde a doublé entre 2000 et 2014. Et les chiffres continuent de grimper. « Dans le monde, l'équivalent d'un camion de vêtements est incinéré ou enterré chaque seconde », souligne Cécile Martin. Des volumes colossaux, dont une partie passera par l’usine Soex.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.