[L'instant tech] L'infrarouge, une piste pour trier les textiles usagés à l'échelle industrielle

Pour faire face au besoin pressant de recycler plus de textile, SOEX développe un trieur automatisé utilisant la spectroscopie infrarouge. Une stratégie qui devrait permettre à l'entreprise de trier jusqu'à 600 kilos de vêtements par heure d'ici à 2023.

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SOEX Wolfen scan infrarouge trie vêtements
SOEX et Refashion estiment que le prototype industriel sera capable de trier jusqu'à 600 kg de vêtements par heure en 2023.

« Aujourd'hui, parmi les déchets textiles, 60% sont réutilisables en seconde main, décrit Cécile Martin, responsable innovation chez Refashion. Mais la tendance risque de s'inverser d'ici à 2030, abaissant les réutilisations à 40% et augmentant les besoins de recyclage. » En cause, la baisse de qualité des vêtements mis sur le marché - une tendance liée à la fast-fashion -, le développement des ventes entre particuliers (comme Vinted) ou encore l'augmentation des systèmes de collecte. Pour Cécile Martin, le recyclage des textiles est donc l'un des grands enjeux des prochaines années. Mais encore faut-il pouvoir les trier efficacement.

Les différentes matières utilisées dans l'industrie vestimentaire restent problématiques. On ne recycle pas le coton comme on recycle les polyamides. L'identification des produits est donc essentielle. Si le tri manuel reste indispensable pour juger si un habit est réemployable, ce système n'est pas performant pour les processus de recyclage. « Les personnes ont tendance à couper les étiquettes », précise Cécile Martin. Connaître la composition d'un produit est donc complexe et quasiment impossible à la main.

Scanner à infrarouge

Pour cette raison, l'opérateur allemand de tri des textiles SOEX, et l'éco-organisme Refashion, ont décidé d'investir dans le développement d'un trieur automatisé de textiles utilisant la spectroscopie infrarouge. Développé par LLA Instruments sur le site de recyclage de SOEX à Wolfen (Allemagne), il est composé d'un tapis roulant de 5 mètres de long pour 1,4 mètre de large. Après avoir parcouru un mètre, les habits passent sous une bande lumineuse infrarouge qui sert de scanner.

La lumière est absorbée par l'habit, puis renvoyée de manière spécifique en fonction de la matière qui le compose. « Le signal renvoyé est propre à chaque élément, explique le docteur Carsten Steckert, cerveau de cette machine. Le rayon balaie cinquante fois par seconde l'élément qu'on lui présente, ce qui permet de dresser le profil du textile en continu. »

Il suffit ensuite à la machine de comparer le spectre de l'habit à une base de données pour identifier le type de textile qui compose le vêtement. Au bout du tapis roulant, un écran affiche « 100% coton », « 100% PA », « 75% laine, 25% PA », en fonction des habits qui défilent. Cette techno permet aussi de détecter la couleur du vêtement.

SOEX Wolfen scan infrarouge trie vêtementsSimon Philippe
SOEX Wolfen scan infrarouge trie vêtements SOEX Wolfen scan infrarouge trie vêtements

Grâce à la réflexion du rayon infrarouge, la machine dresse le profil du textile et le compare à une base de donnée pour l'identifier. Crédit : Simon Philippe

Détection des matières « pures »

L'utilisation de l'infrarouge n'est pas nouvelle dans le recyclage. Cette stratégie était notamment utilisée pour différencier les plastiques, cartons, papiers… A l'image de la machine Mistral+ développée par Pellenc ST. D'autres approches sont aussi déjà utilisées en optique, notamment avec des batteries de caméra accompagnées de logiciels d'analyse de couleurs. Si comme eux, l'infrarouge permet d'effectuer un tri avec la couleur, son avantage principal repose sur sa capacité à détecter la composition d'un élément avec précision et sur l'ensemble du vêtement. 

La machine a cependant quelques inconvénients. La détection des matières « pures », comme la laine, est très fiable, contrairement à la variété des mélanges qui demande une base de données énorme pour les comparaisons. Mais l'absence de celle-ci n'est pas rédhibitoire. Il suffit à l'appareil de séparer les matières inconnues de celles recherchées afin de ne pas compromettre les lignes de recyclage.

Besoins croissants

Aujourd'hui, la machine n'est encore qu'un prototype. Les habits sont placés et enlevés à la main, ce qui réduit grandement la vitesse d'exécution. « Le prototype permet de faire passer et de trier 50 kilos de vêtements par heure, détaille le chercheur. Mais d'ici deux ans, on espère arriver à 600 kilos de matière, avec une alimentation et une sortie automatisées. » Une évolution estimée à 500 000 euros par Refashion. À plus long terme, l'éco-organisme estime que l'instrument pourrait être capable de traiter jusqu'à quatre tonnes de vêtements par heure, notamment en multipliant les voies d'arrivée et de sortie pour un seul scanner.

Avec le temps, cette technologie risque de prendre de plus en plus de valeur. « En janvier 2022, la loi sur l'interdiction de destruction des invendus entrera en vigueur pour les produits couverts par une responsabilité élargie du producteur, dont le textile », rappelle Cécile Martin. La séparation des matières textiles lors de la collecte des ordures ménagères devrait également être effective en 2025. Les stocks de textiles destinés au recyclage iront donc en augmentant. Le développement d'un outil de tri à l'échelle industrielle semble indispensable pour gérer la première étape d'un système de recyclage bien plus performant.

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