En France, la filière masques chirurgicaux et FFP2 en surcapacité

La production de masques sanitaires (chirurgicaux et FFP2) a été multipliée par 30 entre début 2020 et début 2021 en France, rendant le pays autonome. Mais entre les importations massives, les tensions sur la chaîne d’approvisionnement et des relâchements des gestes barrières à l'été 2021, la filière masques made in France a souffert. Des décisions politiques et la reprise épidémique pourraient changer la donne.

Réservé aux abonnés
Michelin Combaude masque
La France recense actuellement des capacités installées de 100 millions de masques sanitaires (chirurgicaux et FFP2) par semaine, la plupart actives depuis moins de deux ans, comme l'unité de Michelin à la Combaude près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

Les signaux sont enfin positifs pour la filière masques française. Le Haut conseil de la Santé publique (HSCP) pourrait recommander dans les prochains jours des obligations de port d’un masque FFP2 dans certains lieux, comme les transports. Le 15 décembre 2021, le ministère des Solidarités et de la Santé a, de son côté, adressé une circulaire aux Agences régionales de santé pour demander une adaptation des processus d’achat des équipements de protection individuelle (EPI) par les établissements sanitaires en France. Avec pour mot d’ordre de valoriser les productions françaises et européennes, en premier lieu pour les gants nitriles et les masques sanitaires chirurgicaux et FFP2, en cessant d’arbitrer essentiellement sur les prix pour prendre aussi en compte les critères de logistique, environnementaux et de qualité. En parallèle, le taux réduit de TVA à 5,5% sur les masques sanitaires made in France, applicable jusqu’au 31 décembre 2021, a été prolongé jusqu’à fin 2022.

Jeanne Lemoine, vice-présidente du syndicat des fabricants français de masques (F2M) évoque une « évolution extrêmement positive en fin d’année », illustrant « la volonté du gouvernement d’aider la filière, de reconnaître ses efforts », à l’issue de mois de discussions avec la Direction générale des entreprises ou encore le ministère en charge de l’Industrie.

La France autonome pour sa production

Cette filière française de production de masques sanitaires (chirurgicaux et FFP2) est partie de très loin mais a progressé de façon fulgurante. Entre le premier trimestre 2020, à l'arrivée de la pandémie, et début 2021, les capacités installées made in France sont passées de 3,5 millions de masques par semaine à 100 millions d’unités par semaine, soit une multiplication par 30 en moins d’un an, avec désormais une trentaine de producteurs. Une filière de production de meltblown - le textile non tissé en polypropylène fondu et soufflé qui en constitue la matière première filtrante - s’est même constituée en aval. Cet effort industriel a permis à la France de s’assurer une entière autonomie, un fait rare à l’ère du Covid-19, qui a plutôt souligné le déficit de souveraineté industrielle dans plusieurs filière.

Importations massives sur le critère prix

Pour autant, les importations massives de masques sanitaires produits ailleurs, principalement en Chine, ont perduré. Elles n’ont même jamais cessé. Selon les chiffres de la Direction générale des Douanes, les importations mensuelles de masques FFP (pas seulement de FFP2) ont varié, de janvier à octobre 2021, entre 8,7 millions d’unités en juillet et plus de 135 millions en février ! En octobre 2021, elles s’élevaient encore à plus de 18 millions d'unités, alors que la France est autonome…

Ces importations résultent principalement du critère prix, privilégié jusque-là par les donneurs d’ordre pour les commandes. Les productions françaises peuvent se montrer compétitives, mais moins que celles venues de Chine, sans compter les suspicions récurrentes de dumping pour ces productions chinoises. Les fabricants français fustigent le manque de prise en compte d’autres critères, comme celui des émissions carbone liées au transport alors qu'il existe des solutions locales, ou celui de la qualité, avec des normes plus strictes en France. Le syndicat F2M souligne aussi l’importance des retombées économiques, assurant qu’un masque 100% français restitue 70% de la valeur en France contre seulement 15% pour un masque importé.

Tensions d'approvisionnement et relâche des gestes barrières

En plus des importations, la filière fait aussi face, régulièrement, à des tensions sur ses chaînes d’approvisionnement ou sur les prix de ses matières premières. Un autre facteur, aujourd’hui gommé par l’effroyable progression du variant Omicron et les taux de contamination exponentiels observés, est venu plomber les chiffres d'affaires de la filière française: à la fin de l’été 2021, avec la très forte montée en puissance de la campagne vaccinale et une épidémie ralentie, la relâche des gestes barrières a réduit l'usage de masques. « La production est redescendue à un peu moins de 70 millions d’unités par semaine à la fin de l’été », témoigne Jeanne Lemoine. Avec pour conséquence l’arrêt d’activité de certains nouveaux entrants sur le marché de la production de masques sanitaires en France.

C’est le cas de Coverguard, qui a jeté l’éponge dans son usine de Miribel, dans l’Ain. « C’est avec un grand enthousiasme et un certain succès industriel que nous nous sommes lancés dès mai 2020 dans la production de masques chirurgicaux et de masques FFP2, mais c’est avec une certaine tristesse que nous avons dû mettre fin à notre expérience le mois dernier », relate Brice de La Morandière, le président de l'entreprise. Regrettant que « les clients distributeurs et les autorités publiques [aient] continué leurs achats massifs de produits d’importation » et que « les prix de vente ne [soient] pas suffisants pour absorber les produits made in France ». A Mouvaux, dans le Nord, l’usine de Maco Pharma a mis « en sommeil » ses capacités de 120 millions de masques FFP2 par an en attendant une possible reprise, selon un porte-parole.

La reprise en vue

Entre le regain épidémique actuel et les mesures gouvernementales qui devraient mieux soutenir la filière, la demande pourrait toutefois se revigorer rapidement. Indiquant d’ailleurs que « les carnets de commande sont plein jusqu’à fin février », avec un niveau de production qui revient autour de 100 millions d’unités par semaine, Jeanne Lemoine souligne que, si un sursaut se fait ressentir, les producteurs en France demeurent inquiets pour l’avenir car ils « redoutent que ce soit un soufflé qui retombe ».

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Ils recrutent des talents
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs