Les dépôts de brevets français accusent le coup. Dans son palmarès 2022, publié vendredi 17 mars, l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi) note une diminution globale du nombre de dépôts, principalement causée par le Covid. Les 10 premiers déposants ont ainsi accumulé 4 879 brevets en 2022, contre 5 399 l’année précédente. Soit une baisse de 9,6%. Les deux premiers au classement, Safran et Stellantis, conservent leur place au coude-à-coude, avec moins de 1 000 brevets chacun (931 contre 924). Le CEA, à contre-courant, connaît une année de hausse et prend la troisième place du podium. Une première depuis 2014 pour l’institut public.
«Ce palmarès 2022 correspond aux publications de demandes de brevets déposées entre le 1er juillet 2020 et le 30 juin 2021, soit au plein cœur de la crise Covid, situe Pascal Faure, directeur général de l’Inpi, dans un communiqué. Malgré ce contexte, le palmarès démontre que les grands acteurs de l’économie continuent d’investir dans l’innovation. Le classement est relativement stable, à l’image des tendances observées par les autres offices de propriété industrielle dans le monde.» Malgré ces perturbations, le top 10 des déposants reste ainsi inchangé.
La recherche publique se prend au jeu
Parmi les 10 premiers acteurs du classement, seuls le CEA et L’Oréal affichent un nombre de dépôts supérieur à l’année précédente. Le géant de la beauté ne le fait pas à moitié : en passant de 263 à 475 dépôts. Et prenant dans le même temps la 5e place. L'entreprise explique ce bond par le fait qu'elle ait poursuivi ses investissements en recherche et innovation malgré la crise, en France comme à l'international. «Au-delà du nombre de dépôts, c’est la nature même de nos innovations qui évolue, avec de plus en plus d’innovations dans le domaine de la tech et du digital, ou en lien avec les green sciences ou les biotechnologies», fait savoir le groupe à L'Usine Nouvelle, précisant que la majorité (55%) de ses inventeurs de l'année était des femmes.
Côté CEA, «la hausse s’explique par un nombre plus réduit de dépôts au nom de tiers et des objectifs brevets plus ambitieux, accompagnés d’une campagne de sensibilisation, dans plusieurs directions du CEA, explique par écrit à L’Usine Nouvelle Julie Galland, directrice de la recherche technologique au CEA. Le Covid n’a pas eu d’impact sur cet exercice puisque certains inventeurs ont mis à profit le confinement pour initier la protection d’idées qu’ils avaient en tête ou finaliser les dépôts en cours. L’impact sera plus visible sur l’exercice suivant.»
«Les dépôts de brevets du CEA reflètent ses principaux axes de R&D, autour de la transition numérique, de la transition énergétique et des technologies pour la médecine du futur», ajoute Julie Galland. Qui estime à 50% la part du numérique, en particulier de la microélectronique, dans les dépôts de 2022. «Les nouvelles technologies de l’énergie et le nucléaire sont également bien positionnés, avec près de 40% des dépôts de brevets du CEA pour la période», ajoute-t-elle.
Le Commissariat est l’un des 12 organismes de recherche publique et des 15 établissements de recherche, d’enseignement supérieur et établissements de l’Etat (RESE), du top 50. Parmi eux, trois font leur entrée dans le palmarès : l’institut polytechnique de Grenoble (40e), Aix-Marseille université (43e) et l’université de Montpellier (49e). «Le nombre d’organismes publics et leurs rangs se consolident au fil des années, félicite Pascal Faure. Nous ne pouvons que les encourager à poursuivre cette dynamique et à protéger et valoriser leurs travaux de recherche.» Une dynamique favorisée par la place de plus en plus importante des partenariats privés dans la recherche publique.
INPI 


