Enquête

En Allemagne, les entreprises se préparent à un hiver difficile

Plans de sobriété énergétique, remplacement du gaz par l’électricité ou le charbon… À l’appel du gouvernement, l’industrie allemande est en ordre de marche pour limiter à tout prix les arrêts de production.

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Heinz Glas, dont la production exige beaucoup de gaz, a installé un réservoir de propane en prévision des pénuries.

Niché en plein cœur de l’Allemagne, dans la petite ville de Kleintettau (Bavière), le verrier Heinz Glas fait partie des « champions cachés » typiques. Cette entreprise familiale au chiffre d’affaires de 300 millions d’euros fabrique depuis 1622 des flacons en verre pour la parfumerie, qu’elle exporte dans le monde entier. Ses installations, qui fonctionnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, consomment une énorme quantité de gaz et d’électricité, dans des volumes que la société se refuse à divulguer.

« En un an, les prix du gaz et de l’électricité ont été multipliés par dix, décrit Carlotta Heinz, sa dirigeante. Nous avons pu répercuter une petite partie des hausses sur nos clients, qui se sont montrés compréhensifs. Mais si cela continue, nous craignons pour la survie de nos sites en Allemagne. » Ce qu’elle redoute aussi, ce sont les éventuelles pénuries de gaz cet hiver en cas de grand froid, qui obligeraient à interrompre la production. Sur ses sites, ce sont surtout les feeders – les canaux conduisant le verre liquéfié entre les cuves de fusion et les machines de formage des flacons – qui sont alimentés par gaz. C’est pourquoi l’entreprise a installé un réservoir de propane (LPG), pour une dépense de 1 million d’euros.

Nous avons pu répercuter une partie des hausses des prix de l’énergie sur nos clients. Mais nous craignons pour la survie de nos sites en Allemagne

—  Carlotta Heinz, dirigeante de Heinz Glas

Comme Heinz Glas, de nombreuses entreprises se préparent outre-Rhin à un hiver difficile. Selon un sondage de la Fédération de l’industrie allemande (BDI), la hausse des prix aurait déjà conduit une société sur dix à réduire, voire à interrompre, sa production, en particulier dans les secteurs de la métallurgie, de la chimie, du verre et du papier. Sur le port de Hambourg, le sidérurgiste ArcelorMittal produit d’ordinaire 700 000 tonnes de fil machine par an. Mais depuis fin septembre, l’entreprise a décidé de placer ses 530 salariés au chômage partiel suite à une réduction de la production et à l’arrêt de l’un de ses deux hauts-fourneaux à Brème. « Les coûts élevés du gaz et de l’électricité pèsent fortement sur notre compétitivité », a justifié Reiner Blaschek, le PDG d’ArcelorMittal Germany.

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Volkswagen reste au charbon

Face à cette menace qui pèse sur l’économie allemande, le gouvernement a mis en place le 29 septembre un bouclier de 200 milliards d’euros pour protéger les entreprises de la flambée des prix de l’énergie. En parallèle, elles sont appelées à faire des économies d’énergie partout où elles le peuvent. Étudier les alternatives au gaz, c’est la mission de la « task force » de Volkswagen. Parmi les premières mesures mises en œuvre, le constructeur a décidé de reporter de quelques mois la modification du combustible de la centrale électrique de son site principal de Wolfsburg, qui devait passer de la houille au gaz naturel, pour réduire les émissions de CO2. De nouveaux contrats de livraison auraient été conclus avec des fournisseurs de charbon en dehors de la Russie.

Dès le début de la guerre en Ukraine, le chimiste BASF a lui aussi créé une cellule de crise sur son site de Schwarzheide (Brandebourg). Le groupe s’est préparé à différents scénarios et, selon une porte-parole, il sera possible, en cas de pénurie de gaz, d’alimenter temporairement les turbines à gaz et à vapeur via d’autres sources d’énergie. Des tests ont permis de les faire fonctionner au fioul et, en cas de besoin, BASF pourra également acheter de l’électricité sur le réseau national. Hasard bienvenu du calendrier, le site a aussi mis en service en août une centrale photovoltaïque au sol de 24 mégawatts, réalisée avec l’énergéticien Enviam. Grâce à cet investissement de 13 millions d’euros, l’installation couvre désormais 10 % de la consommation de l’usine, augmentant son autosuffisance.

DB motive ses salariés à économiser

De son côté, l’entreprise ferroviaire Deutsche Bahn a décidé de lancer un « bonus énergétique », pour inciter ses 200 000 salariés à économiser sur leur lieu de travail : éteindre la lumière et l’ordinateur, régler avec parcimonie le chauffage, utiliser les escaliers plutôt que les ascenseurs… En décembre, une prime de 100 euros leur sera versée et si ces petits gestes aboutissent à une économie substantielle, ce montant pourrait être porté à 150 euros.

« Chaque kilowattheure compte », martèle le ministre de l’Économie et du Climat, Robert Habeck. Particuliers, entreprises et institutions publiques seront mis à contribution : limitation de la température à 19 °C dans les bâtiments publics, pas de chauffage dans les parties communes (couloirs, cages d’escalier...), fin de l’éclairage des monuments historiques la nuit. Les entreprises dont la consommation dépasse 10 gigawattheures par an sont obligées par décret, depuis le 1er octobre, d’instaurer un plan de sobriété énergétique : remplacement des éclairages par des LED, vérification des systèmes d’air comprimé et des pompes à chaleur, optimisation des process de production… Pour passer l’hiver, il n’y aura pas de petites économies.

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