Mardi 20 septembre, le port de Lubmin sur la mer Baltique a donné le coup d’envoi des travaux en vue d’accueillir un premier terminal flottant d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL). Les délais sont ambitieux : l’unité de stockage et de regazéification (FSRU) de TotalEnergies, exploitée par la société allemande Deutsche ReGas, devrait entrer en service dès le 1er décembre. Avant cela, il faut draguer le chenal d’accès pour augmenter le tirant d’eau et permettre le passage du gigantesque navire, construire un bras de chargement pour transférer le GNL jusqu’à la berge et prolonger de 450 mètres le gazoduc pour le connecter au réseau de gaz naturel.
A 300 kilomètres de là, à Wilhelmshaven sur la mer du Nord, les travaux sont également menés tambour battant pour préparer l’arrivée d’un deuxième FSRU de 7,5 milliards de m3 par an, exploité par Uniper. Grâce à la loi d'accélération sur le GNL, votée en mai qui prévoit des procédures simplifiées pour les permis de construire, les autorisations ont été délivrées dès la mi-août pour un début d’exploitation espéré fin décembre.
Au total, le gouvernement allemand a approuvé la location sur dix ans de cinq terminaux méthaniers flottants qui devraient être progressivement mis en service jusqu’en 2024. Deux d’entre eux appartiennent à la société grecque Dynagas (Transgas Fora et Transgas Power) et sont exploités par RWE. Les deux autres proviennent de l'armateur norvégien Höegh LNG (Höegh Esperanza et Höegh Galleon) et sont utilisés par Uniper, société d’importation de gaz qui fait actuellement l’objet d’un plan de nationalisation pour la sauver de la faillite. Enfin, le cinquième FSRU, de la société américaine Excelerate, sera exploité par un consortium composé du français Engie, de l’Allemand E.On et de l’importateur d’hydrogène vert belge TES. A ces projets publics, d’un montant de trois milliards d’euros, s’ajoutent deux projets 100% privés, dont celui mené à Lubmin.
Ces sept unités porteront rapidement à 30 milliards de mètres cube par an les importations allemandes de GNL, de quoi couvrir un tiers de la consommation en gaz du pays. A plus longue échéance, il est également prévu que deux ou trois d’entre elles soient converties en terminaux terrestres permanents à partir de 2026. Un véritable revirement de stratégie dans ce pays qui avait jusqu’ici privilégié le gaz de pipeline, bien moins cher que le GNL qu’il faut liquéfier, transporter par bateau puis regazéifier. D’ailleurs, plusieurs des projets réactivés à la hâte ces dernières semaines étaient en réalité dans les cartons depuis plusieurs années et avaient été mis en sommeil faute de viabilité économique.

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Réduire la dépendance au gaz russe
Depuis la guerre en Ukraine, la donne a toutefois changé. La construction des terminaux GNL entre en effet dans le cadre de la réduction de la dépendance au gaz russe, engagée à marche forcée : tandis qu’il représentait 55 % des importations début 2022, cette part est désormais tombée à 10 %. Grace à une compensation via une augmentation des apports en provenance de Norvège et des Pays-Bas notamment, le pays est parvenu à renflouer ses réserves de gaz pour éviter les pénuries cet hiver. Le 20 septembre, selon le rapport quotidien édité par le ministère de l’Economie et de la protection du climat, les réservoirs étaient remplis à 90 %, soit davantage que les années précédentes.
De fait, cette nouvelle focalisation sur le GNL fait grincer des dents parmi les ONG écologistes. « Avec la loi sur l'accélération du GNL, le gouvernement fédéral a lancé une planification surdimensionnée et qui va à l’encontre des objectifs climatiques », critique Olaf Bandt, président de l’association BUND. Mais derrière les infrastructures de gaz, ce que vise surtout le gouvernement allemand, c’est la concrétisation de ses plans pour développer un réseau de transport d’hydrogène vert, élément central dans la décarbonation de l’industrie. Une perspective à plus long terme qui a aussi permis d’attirer les investisseurs. Par exemple, en parallèle du transfert de GNL, le contrat avec TES prévoit le début de l'importation d'hydrogène vert au cours des 12 mois suivant la mise en service de son FSRU qui sera situé à Wilhelmshaven.
C’est également pour cette raison que l’Allemagne pousse la France, aux côtés de l’Espagne, pour relancer le gazoduc MidCat, long de 235 km entre la Catalogne et Barbaira (Aude) en France à travers les Pyrénées. Pour l’heure refusé par Paris, il est vu par Berlin comme un moyen de renforcer non seulement les interconnections depuis l’Afrique du Nord dans le gaz naturel, mais aussi comme une pièce du projet de dorsale européenne de l'hydrogène (European Hydrogen Backbone) auquel il serait rattaché.



