En Allemagne, l’industrie et le chancelier en profond désaccord sur l’état réel de l’économie

En marge du salon de Hanovre qui se tient cette semaine, Siegfried Russwurm, patron de la puissante fédération des industriels, a reproché à Olaf Scholz d’enjoliver son bilan. De l'autre côté, le chef de l’Etat préfère rassurer ses partenaires économiques et les investisseurs étrangers.

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la raffinerie PCK Schwedt en Allemagne
Le monde de l'industrie et le chancelier Olaf Scholz n'ont pas la même vision sur l'état de santé de l'industrie allemande.

Faut-il dresser un portrait réaliste de la situation de l’industrie allemande, au risque d’inquiéter les partenaires et investisseurs étrangers ? C’est la différence de point de vue qui oppose depuis plusieurs jours le chancelier Olaf Scholz au patron de la fédération des industries (BDI), Siegfried Russwurm. A tel point que la presse nationale se demande si les deux hommes ne vivent pas dans «des mondes parallèles». En marge du salon de Hanovre, le premier a en effet vanté son bilan depuis le début de la guerre en Ukraine, qui a entraîné une série de bouleversements pour l’économie allemande, l’obligeant à revoir son modèle. «Certes, le chemin parcouru a été fatigant et exigeant. Mais nous avons entrepris la transformation de notre approvisionnement énergétique», a indiqué Olaf Scholz lors de la conférence inaugurale.

Selon le chef de l’Etat, l’indicateur principal à suivre est «la valeur ajoutée brute réelle de l'industrie, qui est restée stable malgré l'inflation et la baisse de la production». «Bien sûr que d'autres peuvent construire des voitures et des machines. Mais peu le font aussi bien que nous : faisons de l'Allemagne un site économique fort et ne parlons pas de faiblesse», a-t-il conclu, assumant pleinement son rôle de VRP du Made in Germany.

Surrèglementation et prix de l'énergie

Un discours qui a fait réagir le porte-parole de l’industrie, Siegfried Russwurm, qui a rappelé que le pays, en tant que nation exportatrice, reste très exposé. «Ce que le gouvernement fédéral fait ne suffit pas, a-t-il critiqué. Ce n'est pas du pessimisme. Les faits sont ce qu'ils sont». Et concernant ces faits, il a rappelé que la BDI prévoit un nouveau recul de la production industrielle de 1,5 % en 2024 par rapport à 2023, après un recul de 0,5 % l’année dernière. «Les exportations devraient stagner, après avoir baissé de 1,5 % en 2023. Ce n'est qu'en 2025 que la production industrielle et les exportations pourraient se raffermir un peu», a indiqué Siegfried Russwurm. Outre la surrèglementation, il a aussi pointé du doigt les prix de l’électricité, qui restent jusqu’à quatre fois supérieurs à ceux d’autres pays européens. «Le gouvernement a supprimé la taxe sur les sources d'énergies renouvelables mais cette suppression est annulée par la hausse continue des tarifs d'utilisation des réseaux. Résultat, l’Allemagne perd en attractivité au plan mondial et le manque de visibilité sur le coût de l’énergie empêche les entreprises d’investir dans des process décarbonés.»

Aux premières loges pour observer la conjoncture mondiale, Karl Haeusgen, président de la Fédération des fabricants de machines-outils (VDMA), a confirmé le manque de dynamisme des investissements outre-Rhin. «Actuellement, les nouveaux projets ont surtout lieu à l'étranger, par exemple aux États-Unis. Si nous ne nous y opposons pas, cela conduira à un affaiblissement durable de notre économie», a-t-il averti. Rappelant à quel point l’activité dans les machines-outils est cyclique, la VDMA prédit que ses membres devraient réaliser 250 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, soit un recul de 4 % par rapport à 2023. La reprise se fait donc attendre.

Lueur d'espoir dans les affaires avec la Chine

Au milieu de ce débat, Gunther Kegel, patron de la fédération des fabricants de produits électriques et électroniques (ZVEI), tente plutôt de voir le verre à moitié plein. «Les entrées de commandes restent faibles en ce début d'année et nous prévoyons une stagnation de la croissance, a-t-il estimé. Toutefois, nous voyons une lueur d'espoir dans les affaires avec la Chine, notre plus grand marché». En effet, au cours des deux premiers mois de 2024, les exportations allemandes y ont augmenté de 14 %.

Par ailleurs, revenant sur les investissements croissants des entreprises allemandes à l’étranger, Gunther Kegel fait état d’une tendance inverse. Selon lui, les sociétés allemandes prévoient d’investir près de 30 milliards d’euros cette année et 80 % d’entre elles planifient d’investir dans leur pays d’origine. «Nous ne voyons pas de désindustrialisation, ce qui s’explique par le fait que nos entreprises ne sont pas électro-intensives», contrairement à la chimie ou à la métallurgie, justifie le président. Autre explication : le secteur, qui englobe les semi-conducteurs et les systèmes numériques, profite aussi de la tendance à l’électrification, qui concerne à la fois les biens de consommation et l’automatisation des process.

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