EDF enregistre 5,8 milliards d'euros de bénéfice au premier semestre, mais de nombreux défis l'attendent

Avec 5,8 milliards d’euros de bénéfice au premier semestre 2023, EDF chasse les mauvais souvenirs de 2022. Nationalisation achevée, meilleure gestion du parc nucléaire… Reste à trouver un terrain d’entente avec l’Etat sur les prix de l’énergie.

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EDF a réalisé un chiffre d'affaire de 75,5 milliards d’euros de janvier à juin 2023.

EDF retrouve la forme après une période mouvementée, avec des bénéfices de 5,8 milliards d’euros au premier semestre 2023. Son chiffre d’affaires de 75,5 milliards d’euros augmente quant à lui de 14,4% sur un an. Le groupe salue « une bonne performance opérationnelle dans un contexte de prix favorable », dans un communiqué de presse publié jeudi 27 juillet 2023.

En 2022, l'énergéticien avait accusé une perte record de 5,3 milliards d’euros au premier semestre, et totalisait 17,9 milliards d’euros de perte à la fin de l’année, avec une dette de 64,5 milliards d’euros. La crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, le bouclier tarifaire imposé par l’Etat et les problèmes de corrosion sur certains réacteurs qui avaient limité la disponibilité du parc nucléaire font partie des facteurs qui expliquaient cette débâcle.

Le parc nucléaire en meilleure santé

Depuis, de nettes améliorations sur le plan du nucléaire ont permis de produire 158 térawatts/heure (TWh) au premier semestre 2023, soit 4 TWh de plus que sur les six premiers mois de 2022. Sur les 16 réacteurs concernés par la corrosion sous contrainte, « onze ont été réparés, deux sont en cours de réparation, deux seront traités d’ici fin 2023 et un lors de sa prochaine visite décennale » en décembre 2023, précise le communiqué. Après une chute à 279 térawattheures (TWh) en 2022, son plus bas niveau depuis 30 ans en 2022, l’énergéticien confirme son objectif pour 2023 d’une production totale de 300 à 330 TWh. Il vise entre 335 et 365 TWh pour 2025, alors que les EPR ne seront pas encore mis en activité.

Lors d’une conférence de presse organisée ce 27 juillet 2023, Luc Rémont, PDG d’EDF depuis novembre 2022, a par ailleurs indiqué que la possibilité d'implanter des réacteurs nucléaires sur le bassin de Marseille-Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), évoquée par Emmanuel Macron lors d'un déplacement fin juin, serait étudiée. « Je pense qu'il est souhaitable d'étudier d'autres sites que les sites existants [la France a prévu d'installer deux paires d'EPR2 à Penly (Seine-Maritime), puis deux à Gravelines (Nord) et deux à Bugey (Ain), ndlr], pas forcément pour du très court terme et, j'ajouterai, pas forcement pour des EPR », a-t-il expliqué.

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Mais l’état du parc nucléaire est loin d’être le seul défi à relever pour EDF. Sa dette, à hauteur de 64,5 milliards d’euros fin 2022, a encore légèrement augmenté, pour atteindre les 64,8 milliards. Le groupe ne s’en inquiète pas, « l’endettement financier du premier semestre 2023 est parfaitement en ligne avec l’objectif de stabilisation de la dette », souligne le dirigeant. 

Bras de fer sur le futur des prix de l'énergie

Dans ce contexte, la question du prix de l’énergie est au cœur de toutes les préoccupations. Après 2025, la régulation actuelle, l’Arenh, va disparaître alors qu’elle assure des quotas d’électricité nucléaire à prix cassés (42 euros le MWh). Pressés par les industriels et les autres fournisseurs d’énergie, l’Etat et EDF sont toujours en discussion pour s’accorder sur un remplacement.

Bras de fer d’autant plus tendu que l’Etat est redevenu en juin 2023 le seul actionnaire de l’énergéticien, et que Luc Rémont, a récemment assuré que les investissements d'EDF devraient passer à 25 milliards d'euros par an pour relever les nombreux défis qui l'attendent. Selon lui, « pour soutenir cet effort, il faut être capable de dégager des revenus du même ordre de grandeur ». Le PDG aimerait qu’EDF puisse fixer plus librement ses prix, mais n’est pas contre un plafond. Mais tout dépend du montant. « On peut se satisfaire à court terme de prix plus bas, mais ce secteur nécessite des investissements à long terme. S’en priver reviendrait à se priver d’électricité en quantité suffisante dans plusieurs années, et donc revenir à des prix plus élevés », a-t-il développé.

Malgré la bataille en coulisse, l’énergéticien tient à rassurer ses partenaires et les industriels en émettant dès septembre 2023 des contrats de marché à cinq ans. Ils ont pour but « d’augmenter le degré de visibilité et de stabilité sur les prix pour les clients, et sur les revenus pour EDF, pour soutenir le très fort degré d’investissement pour réussir la transition énergétique », appuie Luc Rémont.

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