Et de cinq. Après un plan solaire « historique » de 30 GW lancé en 2017, un plan mobilité électrique et un autre dédié au stockage électrique de 10 GW en 2018, puis celui de reconquête de la confiance dans la filière nucléaire Excell de 100 millions d’euros de 2019, EDF dégaine un plan hydrogène pour renforcer son rôle de chef de file de la transition énergétique. L’électricien annonce viser 3 gigawatts (GW) de capacité de production d'hydrogène décarboné d’ici à 2030 dans le monde, avec deux à trois milliards d’euros d’investissement.
C’est moins qu’Engie, qui veut installer 4 GW de capacités de production d’hydrogène renouvelable, 700 kilomètres de réseau hydrogène, 1 TWh de capacité de stockage et gérer plus de 100 stations de recharge. Le plan hydrogène d’EDF est surtout beaucoup plus resserré en termes de modèle économique. Pour l’instant, l'électricien national ne vise que la production locale d’hydrogène bas carbone pour la mobilité lourde (bus, trains) et l’industrie.
Production locale uniquement
Pas question de travailler sur les réseaux, le stockage et la liquéfaction. « On ne prévoit pas d’investir dans le transport d’hydrogène. On vise la production locale », explique Alexandre Perra, le directeur exécutif RSE, innovation et stratégie d’EDF. Pas question non plus de produire de l'hydrogène en mer, au pied des éoliennes. « Mais on pourrait produire à terre à partir d’électricité des éoliennes en mer », précise Christelle Rouillé, directrice générale d'Hynamics, la filiale hydrogène du groupe créée en avril 2019.
Hormis en Italie, où de l’hydrogène commence à être mélangé à du gaz naturel dans une centrale à cycle combiné gaz, EDF ne s’intéresse pas au potentiel de l’hydrogène pour décarboner la production d’électricité ou stocker les énergies renouvelables. À peine Jean-Bernard Levy reconnaît-il que « là où il y a un intérêt pour le stockage » hydrogène dans les zones non interconnectées, c'est-à-dire les Outre-mer, "la piste est regardée ».

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Mobilité lourde et industrie
EDF se concentre sur la production d’hydrogène, la gestion des stations d'avitaillement et l'utilisation de l'hydrogène pour produire des carburants et gaz de synthèse. « On ne va pas fabriquer des électrolyseurs ou des batteries. Mais on veut avoir une connaissance intime de l'électrolyseur, qui est une composante clé. C’est pourquoi on a investi dans McPhy », explique Jean-Bernard Levy. Un électrolyseur est installé pour test dans son centre de R&D des Renardières, en Seine-et-Marne. Mais EDF veut rester agnostique en termes de technologie.
Visant 3 GW en 2030, le plan d’EDF est en revanche ambitieux en volume. Car si le groupe ne part pas totalement de rien, la filiale Hynamics n’a pour l’instant qu’une seule installation en service, à Auxerre, pour l’avitaillement de 5 bus de Transdev. D’une capacité de 1 mégawatt (MW) d’électrolyse, l’unité pourrait être étendue à 3MW, pour alimenter des trains hydrogène d’Alstom, avec lequel EDF travaille sur l’approvisionnement en hydrogène décarboné des trains à pile à combustible pour la France. Pour le fret, en revanche, Alstom a choisi Engie comme partenaire.
A destination de l'industrie, EDF va investir à 50% dans le projet Hynovi de production d’e-méthanol, avec 330 MW d’électrolyse sur la cimenterie de Vicat de Montalieu-Vercieu (Isère), qui doit entrer en service vers 2025. Un projet équivalent est en développement pour une autre cimenterie en Allemagne.
Déjà 1 GW de projets en Europe
Au total, EDF revendique aujourd’hui une soixantaine de projets, principalement en France et en Europe de l’Ouest, représentant environ 1 GW d’électrolyse. Installer 3 GW d'ici à 2030 reste néanmoins un défi. Engie est loin d'être le seul concurrent sur la place.



