Des millions de tonnes de déchets par an, la pollution des océans, l’utilisation des ressources fossiles… Les emballages sont souvent les premiers à être pointés du doigt pour leur impact sur l’environnement. Que ce soit dans le cadre du Pacte vert européen ou dans la loi française anti-gaspillage économie circulaire (Agec), le législateur appelle la filière à revoir son modèle de conception en rationalisant l’usage des plastiques et en favorisant le recyclage. « Certains objectifs peuvent paraître lointains, mais c’est dès aujourd’hui que les fabricants d’emballage doivent agir, assène Valentin Fournel, le responsable de l’éco-conception chez Citeo, l’éco-organisme qui gère la fin de vie des emballages. Trois grands leviers d’action au niveau de la conception ont été identifiés. »
Des films moins complexes
Un premier moyen consiste à réduire la complexité des emballages. «Plus un emballage comporte de matériaux différents, plus son traitement en fin de vie est difficile», poursuit Valentin Fournel. À l’image des emballages multicouches et multimatériaux. Très répandus, ils associent, grâce à un procédé de co-extrusion ou de lamination, plusieurs couches de polymères différents (comme un polyéthylène avec un polyamide) afin de renforcer certaines propriétés mécaniques. « Ces films multimatériaux sont tout simplement impossibles à recycler avec les techniques mécaniques, déplore Sylvie Charrel, chargée des projets innovation plastiques souples et emballage pour le pôle de compétitivité Plastipolis. Nous essayons de trouver d’autres voies de valorisation pour ces films complexes. »
Des plasturgistes travaillent sur des films multicouches monomatériaux qui pourraient conserver des caractéristiques semblables aux films multimatériaux et être intégrés dans les flux de matières classiques. Leygatech et Plastipolis ont lancé en avril le projet Stretch pour développer un film associant plusieurs couches co-extrudées de matériaux formulées sur une base polyéthylène. Certaines couches possèdent des propriétés mécaniques renforcées grâce à un procédé d’étirage directionnel qui oriente la structure polymérique du film. Une autre technique, explorée par l’IMT de Saint-Étienne (Loire), consiste à associer des nanocouches d’un même polymère. En ajoutant des additifs dans certaines couches, on obtient des films dotés d’un gradient de propriétés, ce qui permet de s’affranchir de la structure en couches. Cette réduction du nombre de matériaux utilisés est une stratégie de conception globale dans l’emballage. Selon PlasticsEurope, la filière devrait prochainement se concentrer sur cinq à six types de polymères différents, contre une quinzaine actuellement.
Le PET recyclé, nouvel or blanc
L’usage de matières plastiques recyclées (MPR) représente le deuxième levier d’action. Un décret attendu début 2021 devrait fixer à 25 % le taux d’incorporation de matière recyclée dans les bouteilles à l’horizon 2025 et à 30 % en 2030. La filière du packaging s’est engagée à intégrer 440 000 tonnes de plastique recyclé par an à partir de 2025. Mais des verrous techniques persistent. « Le principal frein aux plastiques recyclés issus des flux post-consommation, c’est qu’ils ne sont pas, pour la plupart, aptes au contact alimentaire, souligne Valentin Fournel. Ils ne peuvent pas être utilisés de la même manière qu’un polymère vierge. » D’autant que les caractéristiques mécaniques des MPR sont souvent inférieures au matériau vierge. Citeo estime ainsi que leur utilisation implique une augmentation de 10 % des épaisseurs des emballages pour obtenir les mêmes performances.
Certaines matières sont cependant bien valorisées et conservent de très bonnes performances. C’est le cas du polyéthylène téréphtalate (PET) issu du traitement des bouteilles en plastique. Ce gisement est bien collecté, grâce aux poubelles jaunes notamment, et le polymère est peu contaminé. La qualité de cette MPR suscite une forte demande de la part de la filière de l’emballage qui veut l’intégrer dans de plus en plus de produits. Le PET recyclé (r-PET) est devenu un véritable « or blanc » dont les prix flambent et sont actuellement plus élevés que la matière vierge.
Miser sur le biosourcé
Dernier levier pour réduire l’impact environnemental des emballages : intégrer une part croissante de matériaux biosourcés. Produits à partir de la biomasse, ces polymères s’affranchissent de la pétrochimie et réduisent ainsi une grande partie de l’impact carbone. « Les végétaux utilisés pour produire ces polymères absorbent même une partie du CO2 généré lors du processus industriel », s’enthousiasme Jean-Marc Nony, le directeur développement durable du fabricant de sacs en plastique Sphere. L’intégration de ces matériaux est en forte progression. Elipso, le syndicat de l’emballage plastique et souple, estime que leur utilisation dans les emballages a augmenté de 80 % entre 2018 et 2019. Cependant, biosourcé n’est pas synonyme de biodégradable. Le plastique « vert » le plus utilisé actuellement est un polyéthylène (PE) produit à partir de la canne à sucre par le pétrochimiste brésilien Braskem. Ce PE est en tous points identique à son homologue pétrosourcé et obéit aux mêmes contraintes de recyclage. Les matériaux biodégradables quant à eux affichent des propriétés mécaniques faibles, les cantonnant à des applications spécifiques, comme les sacs compostables de fruits et légumes. Et les plus performants ne peuvent être dégradés que sous certaines conditions.
D’une manière un peu ironique, c’est le papier-carton qui apparaît aujourd’hui comme l’une des matières biosourcées les plus intéressantes. Le Centre technique du papier (CTP), travaille sur certaines « greffes moléculaires » sur les fibres afin que leurs propriétés se rapprochent de celles des plastiques. Le géant de la cosmétique L’Oréal a collaboré avec le plasturgiste Albéa pour mettre au point un tube intégrant 35 % de carton. « Il s’agit d’une étape importante pour atteindre notre objectif de 100 % de plastique recyclé ou de matériaux biosourcés d’ici à 2030, explique Philippe Bonningue, le responsable global de l’emballage durable et du développement chez L’Oréal. Et nous allons poursuivre nos efforts. Avec Albéa, nous visons un tube intégrant 50 % de carton dans les prochaines années. »
Les biodégradables en quête de retraitement
Longtemps considérés comme la solution miracle, les plastiques biodégradables posent un problème quand ils arrivent en fin de vie. Ils ne peuvent pas suivre la même valorisation que les plastiques traditionnels dont ils risquent de contaminer les flux. Le compostage est la forme de valorisation privilégiée, mais il nécessite pour certains plastiques biodégradables une température et une hygrométrie contrôlées, donc un procédé industriel. La loi Agec interdit aux emballages utilisant ces plastiques de mettre en avant le compostage sur leur étiquette. Seuls les plastiques aptes au compostage domestique y sont autorisés, mais ils représentent un faible volume. Une filière de compostage industriel pourrait voir le jour en 2025. L’Ademe travaille sur une évaluation de ces biomatériaux et rendra ses conclusions en 2021.



