La start-up Remedy développe une nouvelle méthode de filtration et d’extraction de terres rares (notamment le néodyme-praséodyme, le dysprosium et le terbium) d’aimants permanents ou de production minières. Des éléments chimiques aujourd'hui présents dans la quasi-totalité des appareils électroniques, batteries, panneaux photovoltaïques et autres turbines d'éoliennes. Au coeur de cette start-up issue en 2024 de l’Université de Strasbourg (Bas-Rhin) et du Trinity College à Dublin (Irlande), un procédé basé sur les propriétés magnétiques de ces éléments et comportant 20 fois moins d’étapes de purification que les méthodes classiques de recyclage de terres rares.
Une empreinte carbone 100 fois plus faible
« Heureusement pour nous, les éléments les plus attirés par un champ magnétique sont ceux utilisés dans les aimants à très haute performance, comme le néodyme-praséodyme ou le dysprosium », explique Peter Dunne, PDG et cofondateur de Remedy. Le procédé développé par la start-up débute, comme les méthodes traditionnelles, par la dissolution de matière – des aimants permanents en fin de vie, des chutes de production d’aimants ou des productions minières de terres rares impures – dans une solution acide.
« Nous imposons ensuite un champ magnétique autour d’une électrode électrochimique placée dans la solution et, en même temps, nous faisons passer un courant électrique pour changer le pH aux alentours de l’électrode. Ce procédé permet la précipitation d’hydroxydes de terres rares. Et après cette première étape, nous récupérons déjà une majorité des éléments ciblés », détaille le PDG, à l’origine d’une thèse sur le sujet à l’université dublinoise.
« La séparation significative par champ magnétique n’avais jamais été démontrée avant les travaux menés dans le cadre de ma thèse, entre 2005 et 2011 », ajoute-t-il. Les enjeux environnementaux et géopolitiques liées aux terres rares et à la suprématie chinoise dans ce domaine ont, d’après lui, poussé la recherche à développer de nouvelles méthodes de production de terres rares, comme celle que présente Remedy.
D’après Peter Dunne, avec la technique de Remedy, un total de 3 à 5 cycles seulement est nécessaire pour atteindre un taux de pureté de terres rares de 99,5 %, contre 50 à 100 par extraction liquide-liquide, la méthode aujourd’hui largement utilisée. Cette grande efficacité permettrait une large réduction de l’impact environnemental du recyclage de ces éléments. En comparaison avec les géants chinois de l’extraction de terres rares, Peter Dunne affirme que le procédé de Remedy possède une empreinte carbone 100 fois moindre.
L’objectif TRL 6 en ligne de mire pour 2026
Actuellement, Remedy dispose d’un premier prototype automatisé de cellule de purification se situant à l’échelle TRL 4 et démontrant le fonctionnement de la méthode avec une capacité de traitement de 10 à 20 kg d’aimants par an. « Nous souhaitons avancer étape par étape pour valider à chaque palier que notre technologie conserve son rendement et ses performances, indépendamment du nombre de cellules de purification », décrit Peter Dunne. « Nous assemblons aujourd’hui un nouveau prototype qui serait capable de traiter 5 cellules en série, pouvant traiter jusqu’à 100 kg d’aimants par an. Et fin 2026, nous souhaitons avoir un prototype TRL 6 pouvant traiter entre 1 et 1,5 tonnes d’aimants et de déchets par an » espère-t-il.



