L'Usine Nouvelle. - Comment avance votre projet [de construction d'une usine de recyclage en France, ndlr] ?
Mark Costa - Il est sur les rails pour un démarrage en 2026. Nous avons soumis les demandes de permis en juillet, et nous envisageons de porter les capacités de 100 000 à 200 000 tonnes par an, en deux phases de 100 000 chacune.
Le projet était au départ d’environ 875 millions d’euros. Qu’en est-il désormais ?
Ce sera un investissement de 1 milliard d’euros pour la première phase. Nous n’avons pas encore évoqué le budget de la phase 2, mais il sera bien moindre que la première, car les infrastructures et l’usine seront déjà construites. Les coûts ont augmenté car nous avons augmenté l’échelle du projet. Il sera ainsi plus efficace à terme, mais plus coûteux au début.

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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Quel est le calendrier de cette deuxième phase ?
Nous visons un horizon entre 2028 et 2030 en fonction du développement de la demande. Ce n’est pas encore confirmé, mais c’est une option très solide. Nous avons acquis suffisamment de terrain à Port-Jérôme pour ce projet et éventuellement d’autres unités chimiques à long terme. Dans notre secteur, l’économie d’échelle joue.
N’avez-vous pas de regrets d’investir en France malgré vos sites actifs en Allemagne ou en Belgique ?
Aucun regret. Les coûts énergétiques ont augmenté en Europe mais notre usine en France est quelque part protégée de par son design initial. Elle utilisera de l’électricité issue du nucléaire, de l’éolien et du solaire. La France bénéficie d’un avantage unique dans l’Union européenne grâce à son industrie nucléaire. C’est très attractif car il s’agit d’électricité décarbonée. Pour nos besoins en vapeur, utilisée pour la fonte des plastiques, nous utiliserons de la biomasse et des combustibles solides de récupération (CSR). D’un point de vue de l’efficacité des procédés, l’empreinte carbone sera de 50% à 80% inférieure à une usine de ce type produisant ces plastiques.
Serez-vous directement émetteur de CO2 ?
Seulement à travers nos besoins énergétiques. Il n’y a pas d’émissions directes de CO2 dans notre procédé chimique, ce n’est pas de la combustion comme dans un vapocraqueur. La vapeur chauffe des tuyaux qui fondent le plastique avec du méthanol et un catalyseur pour décomposer le plastique à son état d’origine. Et le rendement est très élevé : plus de 85% des volumes entrants sortiront de notre usine comme polymères.
Quels plastiques recyclerez-vous ?
Ce ne sera que du PET issu d’emballages et de textiles.
Qu’est-ce qui rend votre procédé de recyclage chimique si intéressant ?
On recense chaque année 7,2 millions de tonnes de déchets polyester en Europe. Or, seulement 2,4 millions de tonnes de ce total, en l’occurrence des bouteilles, intègrent les filières recyclables, et seulement 63% de ces bouteilles sont réellement recyclées, 37% sont enfouis. Au total, seulement 21% de tous ces déchets polyester sont recyclés, c’est très faible. Pire, seulement 9% est recyclé avec le grade alimentaire. Notre but est que le recyclage mécanique se charge de recycler autant que possible les bouteilles transparentes, car c’est moins énergivore que le recyclage chimique, et nous nous chargerons du reste.
Vous pourrez recycler tous les déchets polyester ?
Oui, l’intégralité. Et tout ce que nous produirons en sortie sera de grade alimentaire. Le recyclage chimique doit recycler ce qui ne l’est pas aujourd’hui et finaliser la boucle sur la qualité alimentaire, sinon nous n’atteindrons pas l’économie circulaire. Le recyclage mécanique ne peut pas faire de purification. Or vous avez besoin de plastiques recyclés et sains. Vous ne voulez pas de BPA ou de PFAS, ni aucun contaminant dans votre bouteille. Si les bouteilles recyclées mécaniquement ne sont pas super propres, il peut y avoir des risques sanitaires. Notre procédé de dépolymérisation par méthanolyse ramène le plastique à son état original avec d’intenses étapes de purification, ce qui permet d’obtenir un PET recyclé de même qualité que le vierge. Sans risque sanitaire. Par ailleurs, au bout de 5 passages, les polymères recyclés mécaniquement ne peuvent plus être utilisés. Avec le recyclage chimique c’est infini.
Qu’en sera-t-il du prix ?
Ce sera supérieur au PET vierge, mais dans un emballage on parle de deux centimes supplémentaires. Les prix ont considérablement augmenté l’an dernier pour le PET recyclé car il y a une offre relativement limitée par rapport à la demande. Tant que vous n’atteignez pas une échelle suffisante, cela restera plus coûteux.
Aurez-vous suffisamment de flux à recycler ?
Oui. Nous avons sécurisé environ 70% des flux nécessaires par contrats à long terme, et nous négocions 10% supplémentaires. Nous achèterons ensuite les 20% restants sur le marché.
D’où serez-vous approvisionné ?
Depuis l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et la France. Nous voulons acheter autant que possible en France, toutefois le système de tri et de collecte n’est pas encore suffisamment développé. Mais cela va venir. D’ailleurs, le soutien du gouvernement français est lié au fait que notre projet apportera des revenus pour le développement du tri et de la collecte. C’est difficile d’inciter les gens à investir si personne n’achète.
Côté clients, vous avez déjà les accords ?
Oui, mais nous avons besoin de contrats formels. Nous espérons les finaliser au cours de l’automne. Les réglementations sont assez claires sur le fait que les marques devront atteindre certains objectifs de contenu recyclé, sous peine de taxes. La clé c’est la conversion de résolutions en réglementations pour être sûr que les marques constituent une boucle fermée en Europe. La directive des plastiques à usage unique devrait être finalisée avant la fin du premier trimestre 2024. Tant que ce calendrier est respecté, nous pouvons poursuivre sur notre calendrier annoncé.
Vous avez des projets similaires aux Etats-Unis ?
Nous finalisons une unité de 100 000 tonnes par an (t/an) sur notre complexe de Kingsport, qui devrait démarrer avant la fin de l’année. Et nous avons aussi un second projet américain avec Pepsi, de 100 000 t/an également. D’ici à 2026, avec l’usine française, nous atteindrons ainsi des capacités totales de 300 000 t/an avec le même procédé.
N’est-ce pas un problème que la demande mondiale en plastiques continue de croître ?
Les ONG qui veulent faire disparaître le plastique de la planète n’ont aucune solution. La production d’aluminium nécessite deux fois plus d’énergie que celle de PET, le verre c’est quatre fois plus. La solution est celle des 3R. D’abord réduire ce dont nous avons besoin, réduire les emballages plastiques, voire les supprimer quand c’est possible. Ensuite réutiliser tout ce qu’on peut. Mais il y a beaucoup de choses que nous ne pouvons ni réduire ni réutiliser. Il faut aussi recycler. Nous avons besoin d’un système pour recycler l’ensemble des emballages car c’est très économique. Il ne faut pas beaucoup d’énergie pour produire du PET, et le plastique est un matériau super léger, un emballage plastique permet de transporter plus de choses que n’importe quel autre matériau. Nous avons juste été mauvais pour le recycler. Si le taux de recyclage était de 70% aujourd’hui, nous n’aurions pas cette conversation. Recycler est possible, il faut juste s’en donner les moyens.



