Recyclage chimique du PET : le projet d’Eastman relevé à 1 milliard d’euros entre en débat public

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549 enquête Port-Jérôme Normandie
Plateforme chimique de Port-Jérôme, en Normandie.

C’est un mécanisme légal dont on entend peu parler dans l’industrie chimique : la saisine de la Commission nationale du débat public ou CNDP pour l’organisation de concertations préalables dans le cadre de projets industriels. Et pour cause. Seuls les programmes de plus de 600 millions d’euros sont concernés, ce qui n’était plus arrivé dans le secteur depuis plusieurs décennies. Avec l’annonce d’un investissement maintenant réévalué à un milliard d’euros, contre 850 M€ initialement, et la création de 300 emplois directs, l’installation d’une usine de recyclage chimique de PET à Saint-Jean-de-Folleville, en Normandie, au sein de la zone industrielle de Port-Jérôme, par le groupe américain Eastman, entre bien dans cette case. Annoncé en janvier dans le cadre du programme Choose France, le projet est totalement disruptif. Il promet de traiter 160 000 t/an de déchets de polyester, non recyclables mécaniquement - des bouteilles colorées, des textiles, des barquettes …- pour produire in fine 150 000 t/an de PET recyclé, avec un procédé qui entre dans la catégorie du recyclage moléculaire, contrairement à la pyrolyse ou à la dissolution. « Une production française pour le marché français », souligne Cédric Perben, Circular Solutions Technical Lead, Europe, et instigateur du projet. A noter que ce PET recyclé pourra même être upcyclé, c’est-à-dire utilisé pour des applications encore plus exigeantes dans le secteur médical ou pharmaceutique.

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Un impact sur l'environnement minimisé

En dépit du caractère vertueux du procédé qui intègre de nombreuses mesures pour le respect de l’environnement et des riverains – réduction de potentielles nuisances olfactives et sonores, prise en compte de la biodiversité avec la création de zones de compensation, captage de fumées… -, l’installation n’en demeure pas moins une usine chimique qui sera classée Seveso seuil bas, en raison de l’utilisation de grands volumes de méthanol. Dans le cadre de cette concertation, organisée du 27 septembre au 24 novembre 2022, ouverte à tous mais ciblant plus particulièrement 50 communes de la Communauté d’agglomération Caux Seine Agglo et ses 80 000 habitants, des réunions publiques prendront la forme d’ateliers thématiques, de rencontres de proximité, d’échanges avec les jeunes, etc. L’industriel sera ainsi challengé par le plus grand nombre sur le bien-fondé du projet, alors que toutes les étapes du procédé seront décortiquées. Au terme de ce processus, un rapport sera rédigé et versé au dossier de l’enquête publique qui se déroulera ultérieurement. À ce stade, dans 60 % des cas, les dossiers sont modifiés dans leur conception et leurs grandes caractéristiques, note la CNDP qui a récemment fêté ses 25 ans d’existence.

Mais le groupe Eastman est prêt à cette discussion qu’il accueille positivement. « Nous espérons enrichir notre projet, notamment sur la partie logistique. Notre objectif est de nous intégrer plus facilement sur le territoire », souligne Godefroy Motte, qui après 31 ans d’activité chez Eastman, a été rappelé en tant que Senior Advisor.

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Car il y a urgence. En 2025, les bouteilles de boisson en PET utilisées en Europe devront contenir 25 % de matière recyclée, rappelle Cédric Perben. Or aujourd’hui, avec le recyclage mécanique, le compte n’y serait pas. D’une part, parce qu’il est difficile d’excéder sept cycles de recyclage en moyenne. D’autre part, parce que le recyclage mécanique écarte les plastiques colorés ou les textiles.

Un procédé éprouvé

Développé il y a une trentaine d’années pour le recyclage de films photographiques, le procédé d’Eastman, qui passe par une solvolyse dans le méthanol régénérant les monomères (monoéthylène glycol et diméthyl téréphtalate), est au point. Il a déjà été testé en pilote et une usine consacrée aux deux premières phases du procédé est en construction aux Etats-Unis, à Kingsport dans le Tennessee où est installé le siège du groupe. Mais sur la plateforme de Port-Jérôme, le géant américain ira plus loin. Il propose une usine totalement intégrée, comprenant une étape de nettoyage/broyage du déchet, une dépolymérisation qui élimine en même temps tous les additifs et colorants, une repolymérisation et une chaufferie de 150 MW pour la production de l’énergie. Cette dernière fonctionnera à la biomasse et au CSR et sera opérée par Veolia (son intégration explique au passage la révision du budget). L’usine occupera une superficie de 40 hectares sur un terrain en bordure de Seine qui n’a jamais été industrialisé, mais qui est la propriété de l’agglomération de Caux Seine Agglo. D’autres  projets devraient voir le jour à proximité sur la plateforme, comme Normand'Hy, porté par Air Liquide, pour la production d’hydrogène vert. La construction d'une autre unité de recyclage chimique du PET par Loop Industries reste à confirmer.

Une aide publique au financement en attente

Le projet d’Eastman est donc sur de bons rails, même s’il lui reste à réussir cette concertation, puis à obtenir toutes les autorisations administratives nécessaires ainsi qu’une aide publique de l’Ademe et de la région pour couvrir près de 10 % du montant de l’investissement. Le calendrier est donc maintenu avec un début de construction en 2024 pour un démarrage en 2025, en espérant qu’aucun protagoniste ne cherchera à gripper les rouages.  

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