L'Usine Nouvelle - Eastman dispose de plusieurs sites en Europe, en particulier en Allemagne et en Belgique. Pourquoi choisir la France pour ce projet de recyclage moléculaire?
Mark Costa - Nous sommes très focalisés mondialement sur les matériaux durables et l’économie circulaire, qui est devenue très importante pour les polymères, du point de vue de la gestion des déchets et du changement climatique. L’Europe est un leader dans ces domaines, c’est pourquoi nous investissons ici. Le choix de la France résulte, lui, de trois raisons. La première est que le gouvernement est particulièrement résolu à prendre le leadership sur l’économie circulaire. Le Président Emmanuel Macron est très engagé, aussi, pour ramener de l’industrie en France, et tous les ministres, comme ceux de l’Industrie ou de l’Ecologie, ont formé une équipe incroyablement intégrée pour nous aider à implanter en France une telle infrastructure. Deuxièmement, la France héberge de nombreuses grandes entreprises mondiales, notamment dans la mode, les cosmétiques et l’emballage, qui sont de plus en plus engagées sur ces problématiques de changement climatique et de réduction des déchets. L’Oréal, Procter & Gamble et bien d’autres de nos clients se sont montrés très enthousiastes pour ce projet. Enfin, il y a l’accès crucial aux matières premières. Or la France bénéficie de gisements significatifs de déchets plastiques à recycler, donc nous aurons accès à une vraie source d’approvisionnement.
Pourquoi partir sur un projet greenfield, et non partir d’un site industriel existant, ce qui est parfois plus simple ?
C’est généralement le cas oui. Mais pour ce projet nous avions besoin d’un site bien plus grand que notre première unité en construction aux Etats-Unis, avec de l’espace disponible pour ajouter à terme des unités. En France, nous pouvons trouver un tel site. Et nous trouvons aussi un accès à de l’énergie verte et de l’énergie décarbonée avec le nucléaire, ainsi qu’à de la biomasse pour nos besoins en chaleur. Comme notre procédé de recyclage et de production de polymères est bien plus efficace que des unités employant des matières premières fossiles, nous pouvons ainsi nous lancer sur un projet particulièrement vert à tous les niveaux.

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Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
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Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Vous n’avez pas de site industriel en France. Est-ce une première étape pour une base industrielle plus importante ici ?
C’est un premier pas très significatif, avec l’ambition de monter en charge et de saisir des opportunités d’investir davantage, d’ajouter des capacités. Sur le site, nous allons aussi implanter un centre de R&D et d’innovation centré sur l’économie circulaire et les procédés de recyclage. Ce qui pourrait déboucher sur d’autres investissements dans les polymères et la repolymérisation. L’important, c'est l'échelle, pour pouvoir définir l’intégration la plus compétitive.
Où en êtes-vous du choix du site d’implantation?
Nous travaillons sur trois sites différents, qui ont tous les capacités suffisantes pour accueillir notre projet.
S’agit-il du plus gros investissement d’Eastman ?
Il s’agit de notre plus gros investissement depuis une dizaine d’années. Mais nous engageons entre 500 et 700 millions de dollars (entre 440 et 615 millions d’euros environ, ndlr) par an pour nos dépenses d’investissement.
Vous investissez d’ailleurs 250 millions de dollars pour un projet similaire de recyclage moléculaire, mais de moindre capacité, sur votre complexe américain de Kingsport. Où en êtes-vous ?
Il progresse comme envisagé. Sauf que la demande est si forte pour ce projet que nous avons dû construire une ligne additionnelle de production de polymères et le montant de l’investissement atteint aujourd’hui 425 millions de dollars (plus de 372 millions d’euros, ndlr). Il sera finalisé avant la fin de l’année.
Vous construisez en Amérique du Nord, vous avez désormais ce projet en Europe, est-ce qu’un site Eastman de recyclage moléculaire est aussi envisageable en Asie ?
Il existe certainement des opportunités d’investissement pour l’économie circulaire en Asie. Je pense au Japon, qui est un marché très attractif. Mais la priorité est ce projet en France et nous construirons probablement un second site similaire aux Etats-Unis. En réalité, l’économie circulaire permet de relancer des projets industriels aux Etats-Unis et en Europe. Réexpédier nos plastiques en Asie pour du recyclage ne serait pas non plus très efficace pour l’empreinte carbone. Donc pour le moment, non. Nous avons une opportunité unique, aujourd’hui, pour créer de l’innovation et de la croissance sur ce segment en Europe et aux Etats-Unis.



