Chronique

[Drinks stories] La Tonnellerie Baron met le turbo sur l'upcycling des fûts

Aux Gonds, en Charente-Maritime, la Tonnellerie Baron structure son offre de reconditionnements de fûts. L’enjeu : s’adapter à la demande croissante des producteurs. Drinks stories, la chronique de Franck Stassi.

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Fûts de la tonnellerie Baron
La tonnellerie exporte 70% de sa production neuve.

Les vieux fûts sortent du bois. Aux Gonds (Charente-Maritime), la Tonnellerie Baron (67 personnes), produit 15 000 fûts par an, à destination de l’industrie du vin (90 %) et des spiritueux (10 %). Des produits dont la fin de vie ou le réemploi incombe à leur propriétaire. La PME travaillait déjà ponctuellement sur le sujet, lors des creux de production. Pour reprendre des fûts d’occasion, elle contactait ses clients qui auraient pu être vendeurs. « L’utilisation des fûts de seconde main progresse avec les micro-brasseries et l’essor des distilleries, mais aussi dans l’industrie du vin », indique Lionel Kreff, le directeur commercial et associé.

Désormais structurée sous le nom Vintage, cette offre de fûts passés par un process d’upcycling vise à mieux répondre à la demande. « Dans l’industrie des spiritueux, beaucoup de maisons de rhum et de whisky aiment bien utiliser des fûts ayant contenu du sauternes afin de réaliser des finishs. Pour le vin, un fût neuf apporte de la micro-oxygénation, mais aussi des arômes de brioche, de vanille… Un fût qui a déjà contenu du vin va aussi apporter de la micro-oxygénation, mais beaucoup moins d’arômes de bois », ajoute Lionel Kreff. L’enjeu écologique est également mis en avant.

Des fûts à plusieurs usages

Dans les faits, la tonnellerie rachète des fûts, en contactant ses clients et, désormais, en programmant parfois la reprise de ceux-ci dès la commande initiale. Les fûts déjà utilisés sont soit inspectés sur leur lieu de départ, ou lors de leur arrivée à la tonnellerie. La propriété qui les revend doit les nettoyer, et la Tonnellerie Baron charge de la logistique. S’ensuit une phase de préparation, selon l’âge du fût et son aspect visuel et olfactif. Les douelles et cercles endommagés ou cassés sont remplacés. Un travail dont les tonneliers sont coutumiers. « Dans les cas extrêmes, un vieux fût peut apporter aussi de l’acide acétique, qui peut donner des arômes de vinaigre, ce qu’il convient d’éviter. »

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Il n’y a plus de traces de vin rouge. Nous revendons ces fûts pour l’industrie des spiritueux. Ils apportent des notes boisées, toastées, grillées… selon la chauffe sélectionnée.

—  Lionel Kreff, directeur commercial et associé de la Tonnellerie Baron

Une fois reconditionnés, les fûts sont proposés à travers deux produits. Les fûts Origin se concentrent sur l’historique du fût (ayant contenu du xérès, du sauternes…), en proposant de conserver les spécificités de cette première utilisation. Les fûts Neo, eux, ont préalablement contenu du vin. Démontés et rabotés, ils passent de 27 à 23 millimètres d’épaisseur. Les traces de vin et de soufre sont effacées; les douelles de nouveau chauffées. « Il n’y a plus de traces de vin rouge. Nous revendons ces fûts pour l’industrie des spiritueux. Ils apportent des notes boisées, toastées, grillées… selon la chauffe sélectionnée », précise Lionel Kreff. Un fût reconditionné de 225 cl est vendu en moyenne 240 euros, contre environ 690 euros pour fût de chêne français centre France.

La tonnellerie, qui exporte 70 % de sa production, doit aussi faire face aux soubresauts des prix du bois, moindres que dans le bâtiment. « Nous transformons nos bois que l’on achète directement en forêt, ce qui constitue une grosse différence par rapport à la construction. Le chêne augmente depuis plusieurs années, mais il n’y a pas de croissances à deux chiffres par rapport à des bois de construction comme le pin douglas », explique Lionel Kreff. Les achats de bois s’effectuent aux enchères. La tonnellerie relève ses prix de 2 à 3 % par an.

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