Chronique

[Drinks stories] Dans les Alpes, Distilleries et Domaines de Provence privilégie les approvisionnements régionaux

Armoise, basilic ou thym : autant d’ingrédients utilisés par le producteur de spiritueux Distilleries et Domaines de Provence, qui mise sur des approvisionnements régionaux... Mais le réchauffement climatique pourrait jouer les trouble-fêtes.

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Hélène Rogeon
Hélène Rogeon, maître-distillatrice, prépare sa succession depuis trois ans.

A Forcalquier (Alpes de Haute-Provence), Distilleries et Domaines de Provence trouve ses sources dans une usine située au pied de la montagne de Lure. Le lieu est «un hot-spot [point chaud] de biodiversité» avec plus de 1 800 espèces végétales selon Hélène Rogeon, la responsable R&D et maître œnologue-liquoriste de l'entreprise (40 personnes, 1 million de bouteilles produites par an) qui produit des apéritifs à base de vin, de liqueurs, d’absinthe et de spiritueux. Problème, ce havre floral pourrait être menacé par le réchauffement climatique. 

Un lieu et une région privilégiés pour la fourniture en matières premières : «nous essayons de nous fournir le plus possible en plantes d’origine provençale, mais leur disponibilité est limitée», relate la responsable. La menthe, la mélisse, l’absinthe, le basilic, l’eucalyptus et le thym proviennent de la région. Des plantes autochtones ont été introduites dans la recette en 1990. Thym, sarriette, ou sauge poussent sur des roches calcaires.

Le premier poste d’achats de la distillerie réside dans l’armoise, utilisée dans son pastis Henri Bardouin (65 ingrédients), dont elle produit 600 000 bouteilles par an. La plante, produite dans la Drôme et en Isère, fait l’objet d’un suivi spécifique par les herboristes fournisseurs. «Il est plus facile de maîtriser les approvisionnements, puisque nous connaissons les herboristes, explique Hélène Rogeon. Cette plante est difficile à travailler : elle doit être effeuillée et séchée, notamment. Nous contrôlons toutes les matières premières avant d’incorporer les produits. Cela ne serait pas plus simple de s’approvisionner ailleurs.»

Les approvisionnements sourcés hors de ce champ régional le sont pour des raisons de disponibilités (cardamome, maniguette, clou de girofle…) ou de coûts. Le vétiver, un ingrédient aussi utilisé dans la parfumerie, provient d’Inde. Utilisé dans le pastis Prestige. Il apporte des notes «fleuries et épicées».

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L’absinthe face à la sécheresse

Le réchauffement climatique figure parmi les sujets de préoccupation de la distillerie. «Les herboristes doivent davantage arroser. Certaines plantes risquent de disparaître, ou de souffrir.L’an dernier, nous avons planté de l’absinthe dans un champ, en plus de nos achats, mais nous avons été obligés d’arroser, alors que, normalement, on se contente de la pluviométrie habituelle», illustre Hélène Rogeon, qui cite également le cas du génépi, produit dans les Alpes. Certains producteurs doivent décaler leurs cultures de 1 500 mètres d'altitude à 2 000, voire 2 500 mètres, pour gagner en fraîcheur.

Au printemps dernier, Distilleries et Domaines de Provence a réalisé une forte inflexion à sa politique d’approvisionnements régionaux avec le lancement d’un gin bénéficiant d’un distillat de grains de café torréfiés, avec un ajout de vanille et de cacao. Les grains de café sont broyés, distillés et macérés. Une recette qui a nécessité un an et demi de travail.

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