Chronique

[Drinks stories] Comment la maison de calvados Christian Drouin améliore son bilan carbone

À Pont-l'Évêque (Calvados), la maison de calvados Christian Drouin a fait réaliser un bilan carbone. L’approvisionnement local en matières premières et la large place accordée aux vergers en constituent des points forts.

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Vergers avec des pommes
Les pommes utilisées pour la production du calvados proviennent de vergers à hautes tiges.

Et si déguster (avec modération) du calvados pouvait faire du bien à la planète ? « Il s’agit d’un des spiritueux les plus “verts” en termes de bilan carbone », assure Guillaume Drouin, le président de la maison Christian Drouin. Chaque bouteille produite permet de capter 2,90 kg de CO2. Un satisfecit pour cette entreprise (20 salariés) de Pont-l'Évêque (Calvados), qui produit l’équivalent de 180 000 bouteilles de calvados par an et 60 000 de gin.

« Jusqu’à présent, pour les ventes, cette attention environnementale était en marge. De plus en plus, on nous pose des questions sur les questions de production. Nous devions avoir des chiffres », constate le dirigeant. Un travail confié au printemps dernier au cabinet Actizlog, à Rouen (Seine-Maritime). Avec le gaz utilisé pour la distillation, l’électricité consommée, le verre, les cartons utilisés et les transports, 190 tonnes de CO2 sont émises chaque année par l’entreprise.

Un mode extensif de production agricole

Premier point de différenciation, le recours à des vergers à hautes tiges. « Un modèle très extensif, avec des pommiers plantés tous les dix mètres », illustre Guillaume Drouin. De l’élevage est réalisé sur les parcelles, où sont produites de 8 à 10 tonnes de pommes par hectare, contre 30 à 35 tonnes en vergers à basses tiges. Une centaine d’arbres est plantée par hectare, contre 600 en vergers à basses tiges. D’après le bilan réalisé, un verger à hautes tiges capte 5 tonnes de CO2 par hectare, contre 2 tonnes pour un hectare de céréales. Mais un hectare de verger hautes tiges permet de produire 3,5 hectolitres d’alcool pur de calvados, contre 13 hectolitres d’alcool pur pour un hectare de vigne à Cognac, estime Guillaume Drouin.

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Pour produire du calvados, des pommes sont récoltées et pressées afin d'en recueillir le jus. Celui-ci est fermenté pour obtenir un cidre. Ce cidre est distillé, puis le produit est vieilli en fût de chêne. Les pommes sont livrées par tracteur, en provenance de l’exploitation (20 hectares) et de fermes auprès desquelles sont réalisés des achats (pour l’équivalent de 130 hectares), à 20 kilomètres au maximum autour de l’usine, un périmètre « assez classique » dans la profession.

Au niveau de la production, contrairement à un spiritueux tel que le whisky, dont la fabrication requiert « beaucoup d’eau » (à l’instar de la bière), l’eau est seulement utilisée pour le lavage des cuves et des fruits (1 mètre cube par tonne de fruits transformés). « On peut réduire ce poste à travers des réglages, mais la marge de manœuvre est limitée », indique Guillaume Drouin.

Un alambic moins consommateur de gaz

La maison Christian Drouin a changé d’alambic il y a quelques semaines, avec des brûleurs qui consomment moins de gaz. « Il en existe aussi qui peuvent fonctionner à la vapeur, mais c’est très rarement utilisé en Normandie. Le gaz permet d’avoir une chauffe très précise. Ces technologies sont devenues accessibles. Nous utilisons une chauffe qui permet de récupérer des calories issues de la distillation », explique le chef d’entreprise. Les économies sur le gaz représentent 25 à 30% par rapport à l’ancien matériel, installé dans les années 1990. L’isolation a été repensée autour du foyer. Pour l’heure, le contrat en cours a permis de couvrir la hausse du prix de l’énergie, mais des répercussions sont attendues en 2022.

Côté matières sèches, l’entreprise se procure ses cartons dans un périmètre de moins de 100 kilomètres. Au Havre (Seine-Maritime), à 35 kilomètres, Saverglass rapatrie progressivement une partie de la production de bouteilles les plus vendues dans la région. « D’une façon générale, les gens sont sensibles à l’environnement, notamment les nouvelles générations. Nous avons toujours eu cette volonté d’être vertueux, mais cela s’est fait de manière très naturelle, puisque nous avons travaillé à conserver des modes de production qui sont devenus cohérents », observe Guillaume Drouin. Prochaine étape pour l’entreprise, qui exporte 75% de sa production : travailler, avec ses prestataires, sur le transport.

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